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4 min de lecture
Un couple (illustration)
Crédit : Nathan Dumlao / Unsplash
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En ce début d'année le constat ressemble à un retournement historique. Les plateformes comme Meetic, Bumble ou Tinder, qui avaient connu une croissance fulgurante ces dernières années, ont vu leur popularité décliner. Tinder a annoncé au mois de janvier une baisse du nombre de ses utilisateurs pour le huitième trimestre consécutif et aurait perdu près d’un tiers de ses membres depuis son pic de 2020.
"J'installais et je désinstallais Hinge et Tinder constamment", raconte à RTL, une trentenaire, épuisée des applications. "Les mecs, je les ajoutais dans mon panier, j’avais l'impression de faire mon shopping. En fait l'application était devenue un espèce de jeu virtuel qui n'avait rien d'engageant puisque je n'allais pas toujours jusqu'à dater les personnes à qui je parlais, aussi par peur de gaspiller mon temps dans un truc qui n’en vaut pas le coup." Avant de poursuivre : "Le choix faisait que je n'avais pas peur de perdre contact avec les gens, je me disais toujours que j'en rencontrerais d'autres."
La "dating fatigue" revient ainsi souvent dans la bouche des célibataires. La créatrice de contenus "Dealeuse.dart", suivie par plus de 20.000 abonnés, témoigne des mêmes mécanismes dans une vidéo sur son compte TikTok : "Collectivement, on se plaint des applications de rencontre mais on continue de les utiliser parce qu’en théorie c’est super. On a envie d’y croire."
Elle évoque des expériences marquées par une "violence" constante : notamment via le 'ghosting' - ne plus donner signe de vie soudainement -, le 'lovebombing' - technique de manipulation qui consiste à bombarder d'amour très tôt pour obtenir l'attachement de la personne désirée -, l’'orbiting' - ignorer une personne tout en continuant de suivre assidûment sa vie sur les réseaux sociaux -, les 'micro-agressions'. Et surtout, une impression de se sentir "consommée".
Et le phénomène touche toutes les générations. Gen Z, millennials, quinquagénaires : tous témoignent d’un sentiment "d’être projetés sur une autre planète", estime Anissa Ali, thérapeute conjugale et familiale sollicitée par RTL.
Dans les commentaires sous la publication, les utilisateurs en sont arrivés aux mêmes conclusions. "Les applis m’ont fait beaucoup de mal", écrit une internautes. Un autre créateur de contenus résume : "On finit par croire que le problème, c’est l’autre sexe. Alors que le problème, ce sont les applications qui fonctionnent comme un modèle de consommation. Leur modèle n’est pas de maximiser les compatibilités mais de maximiser les swipes. L’abondance te fait croire qu’il y aura toujours mieux."
En définitive, d'autres confiént vouloir arrêter les applications au profit des rencontres "en vrai", tout en admettant combien cela semble devenu difficile... C’est dans ce contexte qu’a émergé la tendance du "retromancing". On vous explique.
Le terme est apparu dans la presse anglo-saxonne et américaine à la fin de l’année 2025. Pour Anissa Ali, autrice du livre Dating - la grande illusion, il s’agit d’un "revirement" face à un "dating contemporain devenu logique de catalogue et un processus commercial et industriel".
Interrogée par RTL, la spécialiste, suivie sous le nom de Freudzone par 22.000 abonnés sur Instagram, dit observer un rejet progressif des applications qui s'est accéléré depuis deux ans. "Les gens se disent : ça suffit, il faut revenir à des codes plus humains", a-t-elle précisé.
Le "retromancing", selon elle, n’a rien de folklorique. "C’est réhabiliter le fait de prendre le temps : voir une seule personne à la fois, remettre de l’intention, développer de la curiosité et surtout du rythme dans la rencontre. Soigner la personne qu’on veut séduire et approfondir le lien." Concrètement, cela passe par des rendez-vous préparés, des appels plutôt que des messages noyés parmi d’autres conversations, des attentions. En bref, un véritable investissement et une lenteur assumée.
C'est un rétropédalage au bon sens relationnel et la considération de l’autre. Une volonté de se tourner vers le romantisme old school.
Anissa Ali, thérapeute conjugale
Pour la thérapeute, le cœur de l'échec de nos relations réside dans la logique de "l’hyperchoix" et la "mise en concurrence constante" qu’instaurent les applications - et par extension les réseaux sociaux qui s'inscrivent également dans une logique de "scénarisation", et de façonnement superficiel de son image. Ce système crée du "stress", altère "l’estime de soi" et empêche de profiter du moment présent.
Les utilisateurs ont aussi leur part de responsabilité pour le bon déroulé d'un processus de rencontre. "Pour que ça marche, il faut entre autres se concentrer sur une personne à la fois". Et le tout est rendu possible à condition qu'il y ait de l'engagement, souvent perçu aujourd'hui comme un "acte d'emprisonnement".
Il faut être sûr d'être disponible mentalement et émotionnellement. Une rencontre mérite du temps et de l’exclusivité.
Anissa Ali
Dans ce sens, Anissa Ali livre quelques conseils pour s'ancrer dans le réel : cela passe par les loisirs, les associations, les espaces de coworking ou encore les soirées de célibataires.
Pour elle, le retromancing n’est peut-être qu’un "rebranding du minimum syndical". Autrement dit, un retour aux bases : ralentir, s’engager et faire preuve de considération. Un mouvement qui s’inscrit dans une critique plus large des logiques de "marché" et de "dopamine rapide".
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