6 min de lecture Violences conjugales

Grenelle des violences conjugales : quelle prise en charge pour les auteurs de violences ?

INTERVIEWS - Les centres d'accueil pour les hommes auteurs de violences conjugales permettent de diminuer la récidive. Mais ils peinent à exister, faute de budget.

Il faut faire une différence entre "hommes violents" et "auteurs de violence".
Il faut faire une différence entre "hommes violents" et "auteurs de violence". Crédit : Unsplash/Banter Snaps
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Depuis une vingtaine d'années, Alain Legrand, directeur de l'Association de Lutte contre les Violences (ALCV), accompagne les hommes auteurs de violences conjugales dans le but de prévenir leur récidive.

Un travail psychologique nécessaire pour compléter les éventuelles sanctions pénales dont ceux-ci font l'objet, mais qui peine à convaincre. "Il y a un manque de reconnaissance de l'État pour notre travail alors que son efficacité a été démontrée par plusieurs études." 

L'une d'elle menée aux États-Unis et publiée en 2004 montre que les auteurs de violences passés par un programme d'accompagnement complet, ne sont que 50% à récidiver. Un chiffre parfois encore plus bas si l'on en croit Benoît Durieux, directeur de l'association Solfa qui administre le centre d'accueil Clotaire à Arras (Pas-de-Calais). "Chaque année, nous accueillons entre 80 et 90 hommes auteurs de violences conjugales, et parmi eux environ 10% récidivent."

Thérapies et ateliers

Dans les centres d'accueil, les hommes auteurs de violences peuvent bénéficier de plusieurs services d'accompagnement psychologique. "Nous proposons des groupes de paroles, des stages de sensibilisation, des thérapies individuelles, et dans certains cas des thérapies de couple", explique Alain Legrand de la Fnacav.

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Dans son cabinet, il reçoit des hommes condamnés par la justice, mais aussi des hommes volontaires. "Souvent leur compagne leur a mis un ultimatum ou a décidé de les quitter", indique-t-il. Dès lors, l'objectif est de leur faire prendre conscience de la racine de leur comportement violent, d'identifier les déclencheurs pour engager un travail sur eux-mêmes.

"L'objectif est de créer une période de responsabilisation de l'auteur, et de lui faire prendre conscience de ses actes délictueux", confirme Benoît Durieux du Centre Clotaire. Au contraire des "hommes violents", "les auteurs de violences n'ont pas forcément de pathologie mentale, mais ils ont des traits en commun, comme la frustration, l'immaturité affective, et des représentations de genre vis-à-vis des femmes qui mènent à une volonté de domination".

Aujourd'hui, on ne donne aucun moyen pour créer des centres d'hébergements pour les auteurs de violences

Luc Frémiot, magistrat
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En vertu de la loi d'avril 2006, un procureur peut ordonner une procédure d'éviction du conjoint violent du domicile familial. Dans des structures comme le Home des Rosati à Arras, les hommes auteurs de violences peuvent alors bénéficier d'un hébergement. Une évidence pour Luc Frémiot, ancien procureur de Douai et magistrat engagé depuis longtemps dans la lutte contre les violences conjugales.

"Ce que je reproche aux pouvoirs publics aujourd'hui de ne donner aucun moyen pour créer des centres d'hébergements pour les auteurs, alors qu'ils doivent être pris en charge ! s'indigne-t-il. Ce n'est pas aux femmes avec des enfants de quitter la nuit n'importe comment leur domicile pour trouver un foyer d'urgence, c'est un non-sens !"

Très critique du Grenelle des violences conjugales, qu'il juge être "une foire aux idées", le magistrat a écrit une tribune et lancé une pétition avec la comédienne Darlan demandant d'une part une enquête pour identifier les dysfonctionnements qui ont mené à ce que 127 féminicides soient commis depuis le 1er janvier, et d'autre part une politique de véritable prise en charge des auteurs de violences.

La réponse pénale ne peut pas être la seule réponse

Caroline De Haas, militante féministe
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Le 8 octobre, Marlène Schiappa elle-même s'est rendue dans le Pas-de-Calais pour visiter le Centre Clotaire et le Home des Rosati où sont respectivement suivis et accueillis les hommes auteurs de violences. Signe qu'il y a une prise de conscience autour de la nécessité d'associer un volet psychologique aux réponses pénales pour lutter contre les violences conjugales. 

Luc Frémiot reconnaît que ses interlocuteurs, sont beaucoup plus sensibles à ce sujet. "Je pense que chacun arrive à l'évidence que si on ne traite pas les causes de la violence en s'occupant de ses auteurs et bien on n'arrivera pas à les éradiquer", observe-t-il.


Un postulat porté également par Caroline De Haas du collectif #NousToutes. "L'ampleur des violences conjugales est telle que la réponse pénale ne peut pas être la seule réponse", affirme-t-elle. "Les auteurs de violences ne vont pas arrêter d'être violents comme ça, d'un coup de baguette magique. Il faut à mon avis deux conditions réunies : une sanction sociale ou judiciaire et un accompagnement."

Un budget plus élevé est nécessaire

Le principal obstacle à la généralisation des centres d'accueil et d'hébergement des hommes auteurs de violences est la politique de lutte contre les violences conjugales elle-même.... et son budget. "L'expérience montre que l'ouverture d'un centre d'accueil pour hommes auteurs de violences, se fait souvent au détriment des moyens accordés à l'accueil des femmes", reconnaît Caroline De Haas. 

Aujourd'hui, si je ne payais pas le loyer de l'association de ma poche, on fermerait nos portes

Alain Legrand
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Les pouvoirs publics sont donc réticents à alloués une partie du budget dédié au droit des femmes, à des services directement destinés aux hommes. La solution : un budget plus élevé selon Caroline De Haas. "Le problème, c'est qu'on soit obligés de faire un choix, on devrait avoir les moyens aujourd'hui à la fois d'accueillir les femmes victimes, et de mener une politique de prévention de la récidive qui soit efficace." Le cabinet de Marlène Schiappa n'a pas répondu à nos sollicitations à ce sujet.

Aujourd'hui, les structures d'accueil et d'hébergement d'auteurs de violences peinent à subsister. "Si je ne payais pas le loyer de l'association de ma poche, on fermerait nos portes", explique Alain Legrand qui facture ses consultations à hauteur de 50-60 euros. En vingt ans, le montant des subventions alloués son association, organisation membre de la FNACAV qui administre son centre d'accueil pour hommes auteurs de violences à Paris, sont passées de 30.000 euros annuels à... zéro. 

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