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Grenelle des violences conjugales : à quoi l'événement organisé va-t-il servir ?

ÉCLAIRAGE - Le Grenelle s'ouvre ce mardi 3 septembre. Il s'agit d'une grande concertation destinée à mettre en oeuvre des politiques efficaces contre les violences conjugales et les féminicides.

Nicole Belloubet et Marlène Schiappa, en mars 2019
Nicole Belloubet et Marlène Schiappa, en mars 2019 Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Tout mettre sur la table sans tabou." C'est ainsi qu'en juillet Marlène Schiappa avait annoncé la tenue du Grenelle des violences conjugales dans les colonnes du Journal du Dimanche. Sur le modèle du Grenelle de l'environnement de 2007, il s'agit d'une grande concertation qui a pour objectif d'établir des politiques permettant d'endiguer l'explosion du nombre de féminicides : depuis le 1er janvier 2019, cent femmes sont mortes sous les coups de leur mari ou de leur ex-conjoint. Elles étaient 121 sur toute l'année 2018.


Le Grenelle, qui s'ouvre ce mardi 3 septembre, en référence au numéro de téléphone destiné aux femmes victimes de violences, se terminera le 25 novembre, date de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. 

Pendant ces trois mois, acteurs et actrices de la société civile côtoieront personnes expertes et professionnelles de la lutte contre les violences conjugales, dans le but de mettre un terme à ce fléau. 

Prendre des mesures efficaces

Marlène Schiappa a d'ores-et-déjà annoncé quelques mesures pour améliorer la prise en charge des victimes de violences conjugales. Un "fonds Catherine" de 1 million d'euros a notamment été créé - même si plusieurs associations jugent son montant insuffisant face à l'ampleur du phénomène. Nicole Belloubet a elle prévu la généralisation du bracelet électronique pour les hommes connus pour des faits de violences. 

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La ministre de la Justice souhaite également une meilleure application de l'arsenal législatif déjà en vigueur, à savoir : les ordonnances de protection destinées à tenir les hommes violents loin de leur (ex-)compagne, et l'utilisation des "téléphones grave danger". Ces derniers devraient être distribuées aux femmes victimes de violences pour qu'elles puissent alerter à la moindre menace, mais deux tiers d'entre eux dorment dans des placards.

Les discussions du Grenelle s'inscriront dans la lignée de ces annonces préalables, et s'organiseront autour de trois axes : la prévention des violences conjugales, la prise en charge des victimes et l'arsenal des sanctions contre leurs auteurs. Seront abordés par exemples les questions des places d'hébergement d'urgence pour les victimes, et la formation des forces de l'ordre. À l'issue des débats, Marlène Schiappa a promis que le nécessaire serait fait pour assurer une meilleure législation. "S’il y a besoin de circulaires ou de lois, nous les mettrons en oeuvre", a-t-elle assuré dans son interview au Journal du Dimanche.

Discuter au niveaux national et local

Le Grenelle se déroulera principalement à l'Hôtel Matignon, à Paris. Il sera lancé mardi 3 septembre par le Premier ministre Édouard Philippe. Près de 80 personnes seront conviées aux discussions. Le but est de coordonner tous les acteurs et actrices de terrain pour identifier et pallier les dysfonctionnements dans la prise en charge des victimes de violences conjugales.

Pour être au plus près du terrain, Marlène Schiappa a également annoncé que 91 grenelles locaux auraient lieu sur toute la période. Professionnels et professionnelles de la lutte contre les violences conjugales et associations locales discuteront de solutions à plus petite échelle. Ces grenelles locaux seront présidés par les préfets. La secrétaire d'État a annoncé dans Corse-Matin, qu'elle se rendrait personnellement à quelques-uns. 

Témoigner et sensibiliser

Responsables associatifs, policiers, gendarmes, magistrats, avocats : toutes les professions concernées par la question des violences conjugales sont invitées à participer, notamment au niveau local. Pour ce faire, le gouvernement appelle à envoyer un mail à l'adresse dédiée : grenelle@pm.gouv.fr. Celle-ci peut également être utilisée afin d'envoyer des suggestions comme des mesures à mettre en oeuvre, des pistes d'améliorations, ou partager un témoignage.

Estimant qu'elles avaient été laissées pour compte, certaines familles et certains proches de victimes de violences conjugales ont fait part de leur mécontentement au gouvernement. C'est pour cette raison que Marlène Schiappa a décidé d'organiser une journée portes ouvertes à Matignon le jeudi 5 septembre. Là aussi, il est nécessaire de faire une demande officielle via l'adresse de messagerie ci-dessus.

Une grande campagne de communication a par ailleurs été lancée autour du numéro 3919, destiné à assister les femmes victimes de violences conjugales et leurs proches. Il est possible de relayer les hashtags #Stopfeminicides et #Reagir3919 sur les réseaux sociaux pour faire connaître cette ligne téléphonique encore trop inconnue. Une campagne et des annonces nécessaire, mais jugées insuffisantes par quelques associations : dès l'annonce du Grenelle en juillet, certaines dénonçaient déjà une "fausse bonne idée" de la part du gouvernement.

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