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Féminicides : "Il avait un regard froid, il a tiré", raconte Isabelle, rescapée d'une agression

DOCUMENT RTL - La professeure des écoles a été touchée par deux tirs au bas ventre de son ex-compagnon le 22 février à Clermont-Ferrand. Gravement blessée et convalescente elle témoigne sur RTL.

Les femmes victimes de violence conjugale. Photo illustration DR
Les femmes victimes de violence conjugale. Photo illustration DR
"Il avait ce regard froid", Isabelle, victime d'une tentative de féminicide témoigne
05:54
Thomas Prouteau
Journaliste

C’est un témoignage rare, poignant, et qui jette une lumière crue sur la mécanique des féminicides. Le 22 février dernier à Clermont-Ferrand, Isabelle, 48 ans et mère de trois filles, se retrouve bloquée dans le hall de son nouvel appartement par son ex-compagnon muni d’un fusil à canon scié. Sa fille est derrière la porte, bloquée par la clef qui est restée dans le serrure. L’homme tire deux fois sur Isabelle à bout portant, dans les fesses puis le bas-ventre et s’enfuit. Quelques heures plus tard le moniteur de tir sportif se suicide sur le plateau de Gergovie. Isabelle survit, gravement blessée.

"Il me dit qu'une seule chose : 'Ne crie pas'. Je crie, je hurle. Je ne sais pas comment ça se passe. Je me retrouve à quatre pattes vers les escaliers et il me tire une première fois dans les fesses", raconte la professeure des écoles.

"Il n'avait même pas de larmes aux yeux. Il avait ce regard déterminé et froid. Il tire une deuxième fois", poursuit-elle. Elle ne perd pas connaissance, et sa fille finit par pouvoir rentrer après l'intervention des voisins. "Elle m'a tenu les mains de force en me disant 'Tu vas y arriver, interdiction de dormir'". 

Les secours interviennent ensuite. "Lorsque je me retrouve après en service réanimation, la première des choses, c'est la peur. C'était le réflexe. Et puis, plus tard, j'ai eu mes enfants qui sont arrivés. Ma grande fille m'a annoncé la mort de mon ex-conjoint et là, c'est le soulagement, parce que j'ai l'impression que la traque est finie, que je peux relâcher la pression."

"J'ai fait les choses bien comme il faut"

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Aujourd'hui Isabelle prend la parole pour lancer un cri d’alarme sur les violences faites aux femmes et interpeller les pouvoirs publics. "Je suis une survivante, je suis là pour qu'on prenne conscience de l'ampleur de cette impression d'être tout seul dans ce combat. [...] J'ai fait les choses bien comme il faut et au final, ça ne m'a pas servi", dénonce-t-elle.

Dans cette affaire en effet, Isabelle n’était pas restée inerte face aux menaces de son ex-compagnon. Au contraire, elle a tout fait pour se protéger dans les cinq semaines qui ont conduit au drame, sans succès. 

Le 16 janvier, elle décide de mettre fin à 28 ans de vie commune par désamour et part habiter dans un nouveau logement avec ses trois filles. Son ex n’a jamais été violent jusque là, mais il la cherche, la trouve et se met à la harceler. Fin janvier, Isabelle dépose successivement trois plaintes, pour harcèlement et menaces de mort. Les armes de son ex sont saisies début février et il est entendu en garde à vue. Mais la procédure est classée aussi sec, "pas de preuve matérielle", estime le parquet de Clermont-Ferrand. Et comme la procédure est classée, les armes sont rendues

Une ordonnance transmise trop tard

Isabelle n’en reste pas là. Lorsqu’elle a porté plainte, les policiers l’ont mise en contact avec l’association d’aide aux victimes AVEC 63. Elle est terrorisée. On lui explique comment demander une ordonnance de protection. L’avocate Maud Vian la reçoit et l’assiste en urgence. 

Le 5 février elle dépose une demande d’ordonnance de protection auprès d’un juge civil. Ordonnance accordée le 11 février. L’ex-compagnon a l’interdiction de s’approcher d’Isabelle, il doit aussi restituer ses armes au commissariat. Dans cette procédure la restitution est volontaire. 

L’ordonnance suit son chemin au sein du tribunal, transmise de bannettes en bannettes au lieu d’être envoyée par mail, ce qui est désormais le cas depuis le drame. Résultat : elle est reçue huit jours plus tard au courrier par le commissariat voisin du domicile d’Isabelle le vendredi 19 février au soir, d’après le procureur de Clermont-Ferrand. Lorsque les policiers en prennent connaissance après le week-end, l’homme est déjà dans le hall d’Isabelle avec une des armes, celle-là même qui devait être confisquée. Dernier aspect de cette course contre la montre : le 22 février c’est aussi le jour ou la victime devait être dotée d’un téléphone grave danger

Le féminicide, une mécanique "inexorable"

Isabelle n'enseigne plus, elle ne sait pas quand elle pourra retourner à l'école. Rencontré par RTL, le procureur de Clermont-Ferrand Eric Maillaud reconnait des lenteurs qui auraient pu être évitées, mais il renvoie aussi à la responsabilité de l’assassin. "Arrêter un assassin déterminé n'est pas toujours possible", regrette-t-il.

Des arguments qui ne convainquant pas l’avocat d’Isabelle Maud Vian. Sa cliente envisage d’assigner l’Etat en justice pour faute lourde. "On sait aujourd’hui que dès qu’elle se met en place, la mécanique du féminicide est inexorable, on va vers un drame", tempête Maud Vian.

"On ne peut pas régler ces dossiers avec chaque acteur de son côté, les policiers, le parquet l’association. Cela demande du temps, de l’humain, pas seulement un téléphone grave danger. Je m’interroge notamment sur la garde à vue et le classement très rapide des plaintes, on aurait sans doute pu attendre avant de restituer les armes."

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