1. Accueil
  2. Actu
  3. Société
  4. De la bonne femme à la bonne chère
2 min de lecture

De la bonne femme à la bonne chère

Doit-on écrire "remèdes de bonne fame" ou "remèdes de bonne femme" ? Petit voyage linguistique dans le temps avec Muriel Gilbert.

Un dictionnaire (illustration)
Un dictionnaire (illustration)
Crédit : Pixnio/pics_pd
Un bonbon sur la langue du 04 juillet 2021
03:14
Muriel Gilbert

Pour ce dernier Bonbon sur la langue de la saison, je voulais répondre à Michelle, de Toulouse, qui m’écrit : "Bonjour madame, je viens de découvrir avec bonheur votre livre Un bonbon sur la langue. Je vais continuer avec le suivant, des livres à garder toujours près de soi !". Michelle, à qui vous comprendrez que je ne puisse plus rien refuser désormais, de me demander si l’on écrit "remède de bonne fame" ou "remède de bonne femme".

Mais pourquoi l’écrirait-on fame ? Eh bien, c’est une information erronée qui circule un peu partout (au fait, deux "r" à erronée, comme dans erreur, et un seul n, comme dans...nez). Il semblerait qu’un "habile latiniste", pour reprendre les mots de l’Académie française sur la question, se soit un jour "avisé qu’en latin fama signifiait renommée". Il en aurait déduit que les "remèdes de bonne fame" étaient à l’origine des remèdes qui avaient "bonne réputation", et que donc on devrait l’écrire fame.

Mais il se trompait. Bona fama, c’est bien la "bonne réputation" en latin, et d’ailleurs on retrouve ce fame-là quand on parle de quelque chose de fameux ou d’un lieu malfamé, qui est un lieu de mauvaise réputation. Mais la femme du "remède de bonne femme" est bien une femme. Ce qui a changé, et c’est un changement notable, c’est que "bonne femme" désignait à l’origine une femme bonne, une personne pleine de bonté, littéralement. Plus tard, l’expression s’est mise à désigner une femme âgée, et ce n’est qu’au début du XXe siècle qu’il est devenu, selon le Dictionnaire historique de la langue française, un "équivalent familier et plutôt péjoratif de femme" ou d’épouse.

"Bonne chère" ou "bonne chair" ?

Et c’est à cause de ce glissement de sens qu’aujourd’hui les "remèdes de bonne femme" ont plutôt mauvaise réputation. En effet, la définition moderne du Larousse est "remède populaire d’une efficacité douteuse", alors qu’il s’agissait bien à l’origine de remèdes populaires, mais sans le moindre caractère péjoratif. À noter que c’est quand même un usage remarquable de misogynie qui est allé transformer une femme pleine de bonté en rombière basse de plafond, mais c’est ainsi.

À lire aussi

Michelle, avait une deuxième question, sans doute inspirée par la saison des mariages qui bat son plein dans une météo peu câline. Alors je vous le confirme, Michelle : c’est bien de météo et non d’âge qu’il est question dans le dicton "Mariage pluvieux, mariage heureux". Evidemment, rien n’interdit de s’amuser à l’écrire "mariage plus vieux", surtout si l’on n’est plus de première jeunesse, mais c’est un jeu de mots qui est apparu au XXe siècle seulement.

Ah, et j’en profite pour tordre le cou à une autre confusion qui cause pas mal d’erreurs d’orthographe : dans la vieille expression "faire bonne chère", chère s’écrit bien comme dans "chère amie", et non comme "chair à saucisse". Pourtant, il s’agit bien de manger, me direz-vous. En effet, mais cette chère-là, nom féminin, vient du latin cara, qui désigne le "visage". "Faire bonne chère" signifiait à l’origine faire bon visage, faire bon accueil. Evidemment, en France, faire bon accueil, c’est forcément donner de bonnes choses à manger, d’où l’évolution vers le sens actuel de "se régaler" ! Sur ce, je vous souhaite de faire bonne chère tout l’été, amis des mots, et on se retrouve à la rentrée pour se régaler avec de nouveaux Bonbons sur la langue !

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/