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"Ils se sont souri" ou "ils se sont souris" ?

Faut-il un S à "ils se sont souri/s" ? Coup de projecteur sur un mystère du participe passé, avec Muriel Gilbert.

Un dictionnaire (illustration)
Un dictionnaire (illustration)
Crédit : Pixnio/pics_pd

Ce dimanche, c’est le rerereretour du participe passé, amis des mots. La règle de l’accord du participe passé est celle qui cause le plus d’arrachage de cheveux orthographiques aux Français, et à nos auditeurs en particulier.

Tenez, je vous propose à tous de prendre un stylo. Petite dictée : le coup de foudre en quatre participes : "Ils se sont vu/s, ils se sont souri/s, ils se sont parlé/s, ils se sont aimé/s." … Pas aussi facile que ça n’en a l’air ! A la fin de cette chronique, vous saurez comment les écrire.

Je reçois en effet des dizaines de questions sur le participe passé. Par exemple sur le site RTL.fr, celle de Tym25, de Besançon, qui écrit : "Bonjour Muriel, dans un article du Monde je lis 'Les deux hommes ne se sont pas parlé depuis janvier'. Pourquoi pas de 's' à 'parlé' ?" De son côté Joseph a lu dans un article : "plus d’une vingtaine de personnes se sont succédé". "Selon moi, dit-il, le participe passé devrait être au féminin pluriel, accordé avec 'personnes'."

Les verbes pronominaux

Mes deux correspondants ont-ils raison ? Eh non. Dans les deux cas les participes sont bien accordés. On est souvent surpris parce que l’on a retenu que le participe passé construit avec le verbe être s’accorde comme les autres verbes : "Les voitures sont lavées", "les carottes sont cuites". Oui mais, il y a ces verbes que l’on qualifie de "pronominaux", ceux qui sont construits avec un pronom (se laver, se voir, se sourire, se parler, se succéder…). Nous avons déjà parlé de ces sales bêtes, mais ça fait un petit moment… donc on y retourne !

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Attachez vos ceintures. Le participe passé des verbes pronominaux, même s’ils sont construits avec le verbe être, ne s’accorde pas toujours. Il ne s’accorde pas quand le verbe est suivi d’un complément d’objet direct (COD, pour les intimes, celui qui répond à la question "qui ?" ou "quoi ?", à ne pas confondre avec son cousin, complément d’objet indirect, qui répond à la question "à qui ?" ou "à quoi ?").

Quelques exemples : "Elles se sont lavé les cheveux" (elles ont lavé quoi ? les cheveux, COD, donc on n’accorde pas. En revanche, "Elles se sont lavées" tout court : pas de COD. On accorde bien avec le sujet elles, féminin pluriel.

"Ils se sont parlé" mais "ils se sont vus"

Mais les deux exemples qui troublent nos correspondants concernent un cas particulier : celui des participes passés qui ne peuvent jamais avoir de COD, et qui sont invariables eux aussi. C’est le cas des participes passés de se convenir, se mentir, se nuire, se parler, se plaire, se ressembler, se sourire, se succéder, se suffire, se survivre. Pourquoi ? Parce qu’on ment, on parle, on plaît, on succède à quelqu’un : ces verbes ne peuvent pas avoir de COD.

Si je dis : "Ils se sont parlé", comme dans l’exemple de Tym25… Ils ont parlé qui ? ça ne marche pas. On dit : "ils ont parlé à qui ?". Se succéder, c’est pareil. On ne succède pas quelqu’un mais à quelqu’un. Ces verbes ne peuvent pas avoir de COD, donc pas d’accord.

Et voilà, vous êtes capables maintenant d’écrire correctement ma petite histoire d’amour : "Ils se sont vus, ils se sont souri, ils se sont parlé, ils se sont aimés." Interro la semaine prochaine !

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