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Budget 2020 : le déficit public se réduit... seulement en apparence

En apparence, le déficit budgétaire prévu à 2,1 % en 2020, s'améliore. Mais le déficit structurel, qui exclut les revenus et dépenses exceptionnels, peine lui à se résorber.

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Budget 2020 : le déficit public se réduit... seulement en apparence Crédit Image : ERIC PIERMONT / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Paul Turban

Les premières informations sur le budget 2020 commencent à filtrer, et en particulier les éléments sur le déficit budgétaire français. En apparence, il s’améliore, puisqu’il devrait être de 2,1 % du PIB l’année prochaine. Cela fait environ cinquante milliards d’euros. C’est une lente amélioration depuis 2017, où on était à 2,8 % du PIB. 

Et pourtant, lorsque l’on regarde le déficit structurel, on n’a pas du tout la même photo. C’est le véritable indicateur de la santé budgétaire d’un pays. C’est le solde des comptes, mais débarrassé de tous les éléments exceptionnels, les dépenses inhabituelles, mais aussi les recettes qui ne se reproduisent pas, comme les cadeaux de la conjoncture, qui font rentrer l’argent dans les caisses de l’État. 

C’est comme si, pour un ménage, on s’intéressait seulement aux salaires et aux dépenses courantes, et pas aux primes. C’est d’ailleurs comme ça que font les banquiers quand vous demandez un crédit, ils ne prennent pas en compte vos revenus exceptionnels. 

Lorsque l’on regarde ce critère-là, pour l’État français, on voit qu’il est passé de - 2,4 % du PIB en 2017, à - 2,2 % en 2020. En quatre ans, on ne voit qu'un tout petit effort, de 0,2% seulement. Soit 5 milliards d’euros d’économies, sur un total de mille milliards de dépenses publiques : c’est l’épaisseur du trait. 

Des efforts reportés... pour la période électorale

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Le gouvernement a reporté tous les efforts à faire en 2021 et 2022, des années où, très probablement, on va au contraire dépenser plus. Parce que la présidentielle approchera, et que le Président va préparer sa nouvelle candidature, qui ne fait plus de doutes, selon ses proches. Lorsqu’il faut plaire, en général, on desserre plutôt les cordons de la bourse. 

Et ce sera d’autant plus facile que les incitations financières à réduire le déficit ont complètement disparu. L’argent ne coûte plus rien. La semaine dernière, l’État a emprunté dix milliards à des taux incroyables. - 0,4 % pour des emprunts à 10 ans, et 0,5 % pour des emprunts à trente ans. Du jamais vu.

Cela veut dire que les charges d’intérêts de ces dettes ne pèseront quasiment pas sur le budget. Et les taux devraient encore baisser, après la réunion de la Banque centrale européenne (BCE), ce jeudi 12 septembre. C’est elle en effet qui fixe les taux de référence pour les emprunts. 

Une capacité d'emprunter illimitée

Cela veut dire qu’on peut désormais emprunter sans limite. Le sujet des déficits publics va disparaître du radar, en France, mais probablement aussi dans la plupart des pays du monde. Ceux qui alerteront sur les dangers de l’endettement ne seront pas plus écoutés que le professeur Hypolyte Calys, dans Tintin et l’Etoile Mystérieuse, qui annonce la fin du monde. 

Alors, bien sûr, on peut s’en réjouir, puisque ça fait sauter une contrainte qui nous a coûté cher, quand on craignait la crise financière, la perte du triple A... Mais il faut se souvenir que ce sont des dettes qui arriveront à échéance, et qu’il faudra alors soit les rembourser, soit s’endetter à nouveau pour les prolonger. Et que se passera-t-il si, alors, les taux d’intérêt sont bien plus élevés qu’aujourd’hui ?

Il va falloir bien de la lucidité et de la détermination pour garder présents à l’esprit les dangers futurs et éventuels d’une situation présente, bien réelle et fort plaisante, la disparition de la contrainte financière. Comment nos politiques vont-ils se comporter, face à cela ? "La question est la mère de la réponse", dit un proverbe arabe. 

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