3 min de lecture Coronavirus

Effets de la nicotine sur le coronavirus : pourquoi il faut être prudent

L'hôpital de la Pitié-Salpêtrière a constaté une faible part de fumeurs chez les patients admis pour coronavirus. Une étude clinique doit désormais être lancée pour mesurer les effets protecteurs de la nicotine sur le Covid-19. Mais les médecins mettent en garde contre toute conclusion hâtive.

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26. Pourquoi la vente des substituts nicotiniques a été limitée Crédit Image : LODI FRANCK/SIPA | Crédit Média : RTL Originals | Durée : | Date :
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Y aurait-il quelque chose dans la cigarette qui protège contre le nouveau coronavirus ? Peu de données sont encore disponibles sur le sujet et il convient d'être très prudent sur les conclusions de cette hypothèse, mais le faible taux de malades parmi les fumeurs, relevé par plusieurs études ces dernières semaines, intrigue la communauté scientifique. 

Fin mars, une étude chinoise publiée dans le New England Journal of Medicine portant sur plus d'un millier de personnes infectées rapportait une proportion de fumeurs de seulement 12,6%, très inférieure à celle des fumeurs dans la population chinoise (28%). 

En France, les données de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), issues de plus de 11.000 patients hospitalisés pour coronavirus depuis le début de l'épidémie, faisaient état début avril de 8,5% de fumeurs, rapporte Le Monde, un chiffre, là encore, bien en deçà de la photographie générale du pays (25,4%).

Le professeur Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique qui éclaire le pouvoir dans la lutte contre l'épidémie, affirmait le 8 avril sur France Info que "l'immense majorité des cas graves ne sont pas des fumeurs (...) comme si le tabac protégeait contre ce virus, via la nicotine".

Des vertus protectrices qui restent à confirmer

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Partant de ces constats, dont l'interprétation est rendue impossible par un certain nombre de biais méthodologiques, des chercheurs du CNRS, de l'Inserm, de l'AP-HP, de l'université de la Sorbonne, du Collège de France et de l'Institut Pasteur ont suscité une étude de terrain française dont les résultats disponibles en prépublication depuis le 21 avril postulent un rôle central de la nicotine dans la propagation de l'infection au Covid-19.

Les chercheurs ont comparé la proportion de fumeurs quotidiens et occasionnels parmi 343 patients testés positifs au coronavirus hospitalisés à la Pitié Salpêtrière avec des symptômes graves (hors soins intensifs) entre le 23 mars et le 9 avril et 139 patients plus légers accueillis en ambulatoire entre le 28 février et le 30 mars. Les résultats ont été mis en parallèle avec des données de la population générale datant de 2018. 

Les données ont montré la présence de seulement 5,3% de fumeurs parmi les patients en ambulatoire et 4,4% chez les malades hospitalisés. La conclusion est sans appel :  "L'étude suggère fortement que les fumeurs quotidiens ont une probabilité beaucoup plus faible de développer une infection symptomatique ou grave par le SARS-Cov-2 par rapport à la population générale", écrivent les auteurs. Le risque est divisé par 5 pour les patients légers et par 4 pour les patients hospitalisés.

Absents de l'étude, les patients en réanimation afficheraient la même proportion inhabituelle de fumeurs, selon un réanimateur médical de la Pitié Salpêtrière interrogé par Le Monde, alors qu'elle est d'habitude très importante dans les pathologies respiratoires.
 
Une hypothèse avancée par les auteurs de l'étude pour expliquer ces résultats est que la nicotine pourrait empêcher le virus de se fixer et de pénétrer dans les cellules, empêchant le développement de la maladie. 

"Le SRAS-Cov-2 est connu pour utiliser le récepteur ACE2 pour l'entrée dans les cellules et il existe des preuves que la nicotine module l'expression de l'ACE2 qui pourrait à son tour moduler le récepteur nicotinique de l'acéthylcholine. Nous émettons l'hypothèse que le SRAS-CoV2 pourrait altérer le contrôle du récepteur de la nicotine par l'acétylcholine", écrivent les auteurs.

Ne pas répéter l'emballement autour de la chloroquine

Des essais thérapeutiques et une étude clinique doivent désormais être menés pour évaluer rigoureusement ces pistes avec le concours des autorités sanitaires. Des patchs à la nicotine à des dosages différents vont être administrés à des soignants et des malades hospitalisés avec des symptômes graves et légers pour vérifier s'ils protègent le personnel hospitalier d'une éventuelle infection et s'ils font diminuer les symptômes des patients. 

Mais les scientifiques restent prudents et préviennent que leurs résultats doivent être interprétés avec précaution car leur étude est purement observationnelle et comporte des limites. Ils mettent en garde contre un éventuel emballement médiatique pour les patchs à la nicotine, comme ce fut le cas pour le traitement à l'hydroxychloroquine préconisé par le professeur Raoult à Marseille, et plus largement pour le tabac, qui reste la première cause de mortalité "évitable" en France. 

Beaucoup de zones d'ombre restent encore à éclaircir. Outre des risques d'effets secondaires pour les non-fumeurs, la nicotine pourrait aussi, selon une autre hypothèse, amoindrir la réponse immunitaire excessive observée dans les cas de coronavirus les plus sévères. Et même s'ils semblent moins touchés, les fumeurs qui sont atteints par la maladie seraient plus susceptibles de développer des infections graves que les non fumeurs. 

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