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Coronavirus : le port du masque peut-il être dangereux ?

VU DANS LA PRESSE - Des croyances selon lesquelles le port du masque pourrait affaiblir le système immunitaire se répandent sur les réseaux sociaux. Le masque nous rendrait-il plus vulnérable ? Explications.

Une élève qui porte un masque de protection à l'école Françoise-Giroud, à Vincennes, le 1er septembre 2020.
Une élève qui porte un masque de protection à l'école Françoise-Giroud, à Vincennes, le 1er septembre 2020. Crédit : Martin BUREAU / AFP
Florise Vaubien
Florise Vaubien Journaliste

Si les réfractaires au port du masque ne se comptent plus, leur point de vue s’étofferait désormais d’un argument médical. Certains estiment que le port du masque, qu’il soit en tissu ou chirurgical, affaiblirait le système immunitaire. 

En cause : la baisse de l'apport en oxygène qui augmenterait l’inhalation de toxines et la baisse de l'efficacité du système immunitaire, moins habitué aux virus extérieurs. Vérité ou intox ? Explications. 

D’après Martin Blachier, médecin épidémiologiste, spécialiste en santé publique et chef de projet à la Haute autorité de santé, il s’agit d’un "argument fallacieux", rapporte Ouest-France. "Le port du masque ne provoque pas d’hypoxie (manque d’oxygène)", explique-t-il, ajoutant que "l’organisme arrive très bien à se fournir en oxygène et à oxygéner ses globules rouges".

Le masque, un "piège à microbes" ?

Martin Blachier précise que même lorsque le masque recouvre le visage, le corps arrive "à éliminer notre CO2 puisque l’air passe à travers les mailles". L'épidémiologiste rappelle que "le principe du masque est de filtrer les micro-organismes viraux" : il est conçu "pour laisser passer l’air dans un sens et le dioxyde de carbone dans l’autre".

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Un avis partagé par Guy Gorochov, chef du département d’Immunologie à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. "Les masques que l’on porte ne sont pas suffisamment occlusifs pour entraîner des conséquences respiratoires", détaille le chercheur. Il rappelle que "les masques chirurgicaux ou en tissu qui sont portés couramment" ne bénéficient pas de l’étanchéité suffisante "pour aller jusque-là". 

Quant au risque que le masque représente un piège à microbes et affaiblirait notre système immunitaire, Martin Blachier balaie d’un revers un argument qui lui semble farfelu. "C’est n’importe quoi. On ne se rend pas malade avec ses propres virus", estime-t-il. Et de renchérir : "vous pouvez vous infecter avec vos propres bactéries mais ça n’a strictement rien à voir avec le fait de porter un masque". 

Porter un masque ne consiste pas à "vivre dans un environnement stérile"

De même pour les idées reçues selon lesquelles le masque empêcherait d’inspirer des virus extérieurs, nécessaires pour constituer "un système immunitaire sain et robuste". Une croyance qui trouve ses origines dans une théorie hygiéniste des années 1980.

"La théorie hygiéniste, c’est de dire qu’à force de tout désinfecter, de ne pas être en contact avec l’extérieur et de supprimer tous les micro-organismes, on finit par avoir un système immunitaire qui va surréagir à d’autres éléments de notre environnement", explique Martin Blachier. Toutefois, comme le note Guy Gorochov, il y a "une très grande différence" entre porter un masque facial et vivre dans un environnement stérile de toute toxine. 

Pour illustrer son propos, le spécialiste s’appuie sur la culture du masque dans certains pays asiatiques. "Regardez en Asie, ils portent des masques en permanence à cause de la pollution et du climat, et ils n’ont pas pour autant de système immunitaire défectueux", développe-t-il.

Le port du masque et ses effets psychologiques

Enfin, de nombreux usagers se plaignent de maux de tête et de maux de gorge à cause du port du masque. Mais pour Guy Gorochov, il s’agit-là d’effets purement psychologiques, liés au fait que les Français ne sont pas habitués à se couvrir le visage. "On se dit : je vais mal respirer, je vais étouffer… et on commence à être angoissé. C’est tout à fait humain. On a du mal à s’y habituer, d’autant que, c’est vrai, porter un masque est désagréable", explique le chef du département d’Immunologie à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. 

De son côté Martin Blachier reconnaît que le port du masque peut générer une certaine fatigue, puisqu’il faut respirer plus fort. Toutefois, il rejoint son collègue et maintient que les idées reçues sur l’affaiblissement du système immunitaire n’ont aucune valeur scientifique. "Tout ça c’est dans la tête", conclut l’épidémiologiste. 

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