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Présidentielle 2017 : Philippe Poutou, son franc-parler, son usine et son utopie

PORTRAITS (9/11) - Le candidat NPA s'est fait remarquer en interpellant François Fillon et Marine Le Pen sur leurs affaires judiciaires, lors du débat des onze candidats.

Philippe Poutou, le 11 avril 2017
Philippe Poutou, le 11 avril 2017 Crédit : Lionel BONAVENTURE / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Il aura été la surprise du Grand Débat organisé par BFMTV et CNews avec les onze candidats à l'élection présidentielle. Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti anticapitaliste à l'élection présidentielle, avait attaqué François Fillon et Marine Le Pen sur les affaires judiciaires. "François Fillon, plus on fouille plus on sent la corruption, la triche, ce sont des bonhommes qui nous expliquent qu'il faut la rigueur, l'austérité alors qu'ils piquent dans les caisses (...) Il y a aussi Mme Le Pen qui pique dans les caisses publiques. Pour quelqu'un d'anti-européen, ça ne la gêne pas de piquer dans les caisses de l'Europe".

Tout au long de la campagne électorale, certains se sont interrogés sur un rapprochement entre Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, la candidate Lutte Ouvrière. Sur TF1, le candidat a déclaré : "C'est la question qui revient tout le temps, même nous, des fois, on est embarrassé avec ça. C'est vrai que ça paraîtrait logique qu'il y ait eu au moins une discussion pour voir si on pouvait faire ensemble ou pas... Cela fait 40 ans que c'est comme ça et, malheureusement, il y a des habitudes qui sont là, des routines".

Un franc-parler comme marque de fabrique

Finalement, Philippe Poutou s'est représenté à l'élection présidentielle. Pourtant, en 2012 il déclarait : "C'est ma première et ce sera ma dernière campagne présidentielle". Lors du précédent scrutin, il avait obtenu 1,15% des voix. Pour 2017, il décide finalement d'y retourner et et obtient ses parrainages de justesse. "Comme il y a cinq ans, il a pris un congé sans solde pour faire campagne. Et comme il y a cinq ans, sa première bataille a été celle des signatures", souligne TV5Monde. Lors du Grand Débat, il se définit comme étant "le seul, avec Nathalie Arthaud, à avoir un métier normal". Le candidat travaille chez Ford en tant qu'ouvrier, réparateur de machines-outils. Il est aussi responsable CGT à l'usine de Blanquefort, en Gironde. 

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Dans un reportage réalisé par BFMTV au sein de l'usine où il travaille, ses collègues estiment qu'il "représente le combat que l'on mène. C'est quelque chose qui lui tient vraiment à cœur". "Il est sympathique et il défend ses idées", explique un collègue. Durant la campagne, Philippe Poutou s'est démarqué des autres candidats par son franc-parler. D'ailleurs, ce dernier avait refusé d'apparaître sur la photo prise avant le début du débat, aux côtés des autres candidats. Pourquoi ? "Je trouve ça complètement naturel. Ce n'est pas ma famille, ce ne sont pas mes collègues et en plus, il y a des gens que je ne peux pas supporter idéologiquement. Il était hors de question que je m'affiche là-dedans", a-t-il expliqué. Le candidat poursuit : "Pendant des mois et des mois, on n'est pas traité de la même manière. Personne n'est fair-play. C'est d'une hypocrisie incroyable. Je ne vois pas pourquoi on serait obligé de faire la photo. Il faut faire comme on a envie de faire. Je ne reproche à personne de vouloir apparaître sur la photo. Il faut respecter". 

Un ouvrier devenu candidat

Philippe Poutou détonne par son parcours. Il ne possède aucun diplôme. Les petits boulots s'enchaînent. Il fait alors "un peu tout ce qui" lui "tombait sous la main", racontait-il au Parisien en 2012. "Il a multiplié les petits boulots avant d'atterrir chez Ford", raconte Le Parisien. Ghislaine Tormos, ouvrière à l’usine PSA de Poissy, raconte dans les colonnes du Monde que quand ils (les médias, ndlr) parlent du candidat à l'élection présidentielle, "ils disent toujours : 'Quoi ? Un ouvrier candidat, c’est pas possible !' Il faut leur montrer que non seulement c’est possible mais c’est aussi ce qu’il nous faut !". 

C’est un leader qui a du répondant

Vincent, compagnon d’usine
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Comme tous les autres candidats, Philippe Poutou a publié sa déclaration de patrimoine. Il est moins fortuné que ses rivaux. Il possède une Peugeot 308, achetée en 2012 pour 20.000 euros. Aujourd'hui, sa valeur est de 9.000 euros. Il déclare avoir 7.243,72 euros sur son compte courant, 5.212,97 euros sur son livret de développement durable, 9.880,47 euros sur son livret fidélité et 327,94 euros sur son compte épargne logement. "Ça a toujours été notre ligne au NPA de présenter des candidats qui travaillent. Olivier Besancenot était facteur. Philippe Poutou est ouvrier", rappelle Jean-Marc Bourquin pour le journal. 

Le choix du candidat pour succéder à Olivier Besancenot s'est imposé de lui-même. En 2011, une grève a lieu au sein de l'usine Ford de Blanquefort. Il entame alors un bras de fer avec la direction et permet la sauvegarde de 955 postes. "C’est un leader qui a du répondant. Philippe a une très grosse culture générale", s’enthousiasme Vincent, compagnon d’usine de 36 ans dans Le Parisien. Et puis, il s’est frotté de près au combat syndical". Le principal concerné confie au journal : "Au début, je n’y ai pas cru ! Je leur ai dit que ce n’était pas sérieux. Avec des copains anars, on était en révolte contre la société".

L'anti-candidat en course pour l'Élysée

Son engagement en politique débute à ses 18 ans. En 1985, il intègre le parti Lutte Ouvrière. Mais il en sera exclu en 1997 "avec une grande partie des militants de Bordeaux et Rouen, à la suite d'une crise interne", rappelle LCI. Trois ans plus tard, il intègre la Ligue communiste révolutionnaire qui deviendra par la suite le Nouveau Parti anticapitaliste. Philippe Poutou cultive son côté "anti-candidat". Le représentant du NPA à la présidentielle a annoncé que sa première mesure s'il était élu serait de supprimer le défilé du 14 Juillet.

"On a réfléchi un peu avant (l'émission, ndlr) avec les camarades (...) et ce qu'on a décidé de dire, c'est qu'on pouvait supprimer le défilé militaire du 14 juillet", avec cette idée de "démilitariser la société". Il constate "un climat de résignation" parmi les ouvriers. "Les gens sont résignés, écœurés. La politique, ça fait partie des sujets souvent qui sont rejetés, confie-t-il au micro de RTL. Il y a de tout parmi les collègues : il y a ceux qui s'abstiennent, qui n'ont jamais voté, qui ne sont pas inscrits (...) Il y a des gens qui votent encore à gauche" et "il y a ceux attirés, ou qui l'ont déjà fait, ou qui se posent la question, de voter Le Pen", décrit-il.

Selon lui, une utopie révolutionnaire est "à contre-courant" car "ça ne marche en général qu'au moment des périodes révolutionnaires ou de contestations sociales profondes". Il dénonce ainsi "le climat de résignation, un sentiment d'impuissance (...) Le FN n'est pas du tout perçu comme redistribuant les richesses, il n'en parle pas. Il y a une forme de colère, de ras-le-bol qui s'exprime de cette manière-là (...) C'est les discours de haine, xénophobes, qui peuvent marcher (...) Cette idée simpliste que s'il y avait moins d'immigrés, ça irait mieux, ça marche". 

À quelques heures du premier tour, RTL.fr vous propose de découvrir une série de portraits des candidats à l'élection présidentielle. Derrière les partis et les programmes, qui sont-ils vraiment ?

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