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Incidents au Stade de France : la fraude massive aux faux billets, une explication plausible ?

Pour les autorités, l'afflux massif de supporters de Liverpool munis de faux billets est le point central dans l'explication des incidents observés aux abords de l'enceinte dionysienne. Mais l'ampleur du phénomène est difficile à mesurer.

Les fans de Liverpool sont restés coincés de longues heures aux portes du Stade de France avant la finale de la Ligue des champions le 28 mai 2022
Les fans de Liverpool sont restés coincés de longues heures aux portes du Stade de France avant la finale de la Ligue des champions le 28 mai 2022
Crédit : AFP
Incidents au Stade de France : la fraude massive aux faux billets, une explication plausible ?
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Incidents au Stade de France : retour sur un fiasco
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Benjamin Hue & Alice Moreno & Nicolas Burnens

Les autorités persistent et signent. Depuis samedi, la préfecture de police et le gouvernement rejettent la responsabilité du chaos observé en marge de la finale de la Ligue des champions de football sur le nombre de fans de Liverpool sans billet ou munis de faux tickets à l'entrée du Stade de France. "Il y a eu d'abord cet afflux de supporters britanniques du club de Liverpool sans billets ou avec des billets falsifiés", ce qui a a créé "un amas de 30 à 40.000 personnes", a déploré lundi matin la nouvelle ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra sur l'antenne de RTL. À l'issue d'une réunion avec les organisateurs du match et les autorités locales, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a campé sur cette position à la mi-journée, dénonçant "une fraude massive, industrielle et organisée de faux billets" et "une désorganisation dans l'accueil des supporters anglais".

Selon Gérald Darmanin, "30.000 à 40.000 supporters anglais se sont retrouvés au Stade de France, soit sans billet soit avec des billets falsifiés", en plus des 22.000 personnes munies des billets officiellement dévolus aux Reds, provoquant une congestion des zones d'accès au stade avant le coup d'envoi et perturbant tout le dispositif. "70% des billets papiers étaient faux lors des pré-filtrages" et "plus de 15%" l'étaient toujours à l'issue des suivants, a-t-il souligné. Le ministre a aussi mis en cause la décision du club de Liverpool de recourir à des billets en papier au lieu de la billetterie électronique utilisée par la majorité des supporters espagnols. Choix qui a "sans doute contribué à la possibilité de cette fraude massive organisée", selon lui.

Un billet sur quatre était faux samedi en zone de pré-filtrage

Lors de cette finale de la Ligue des champions, il y avait deux types de billets. D'abord, les places imprimées par l'UEFA, l'organisateur, ou via les réseaux de distributions officiels, les fameux billets en papier. Samedi soir, 22.000 exemplaires étaient réservés aux supporters anglais. Ils sont difficilement falsifiables grâce à l'utilisation d'hologrammes ou de techniques proches de celles utilisées pour les billets de banque, même si cela reste possible. La majeure partie des spectateurs était en possession de billets numériques, scannés directement sur le téléphone portable ou imprimés à la maison. Il n'existe aucun moyen d'empêcher de les imprimer plusieurs fois, pour les revendre au marché noir, par exemple. Mais chaque place a un numéro unique. Une fois scanné, le billet ne permet pas d'autre entrée. 

Samedi soir, à la sortie du RER D, en zone de pré-filtrage, un billet sur quatre était faux, selon les informations recueillies par RTL. Un chiffre moins important que celui évoqué par le gouvernement. Mais il est difficile de déterminer avec précision le nombre de supporters anglais concernés par une fraude au Stade de France pour l'heure. D'ailleurs, les autorités délivrent des estimations à 10.000 unités près. Les 30.000 à 40.000 faux billets évoqués par le préfet de police de Paris et le ministre de l'Intérieur sont calculés sur la base de l'affluence dans les transports en commun en direction du Stade de France et de l'analyse des images de vidéosurveillance aux abords du site. Mais cette évaluation laisse sceptiques les observateurs. 

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Pour l'association de supporters européens Football Supporters Europe, les chiffres avancés par le gouvernement sont tout simplement "délirants". "40.000, ce serait la moitié du stade. Cela voudrait dire que vous avez vu un flux contraire de la moitié du stade repartir dans l'autre sens et personne n'a constaté ça sur place", a affirmé sur BFMTV l'avocat Pierre Barthélémy, observateur de la finale pour l'association. "Il n'y avait pas 40.000 maillots rouges sur le parvis du Stade de France", estime encore le directeur du service des sports de RTL, Christian Ollivier. "Si on les compte, ça veut dire qu'on les a refoulés. On aurait donc refusé 30.000 ou 40.000 personnes avec des faux billets ? Mais le delta entre ces deux chiffres est énorme. Comment le calcule-t-on, au doigt mouillé ?", s'interroge-t-il. 

Les observateurs pointent aussi des défaillances dans l'organisation

La version des faits avancée par les autorités est globalement contestée par de nombreux témoins présents sur place samedi soir. Interrogé par RTL, le député de Liverpool West Derby, Ian Byrne, met plutôt les troubles sur le compte de problèmes d'organisation. "En me basant sur ma propre expérience sur place, la version des autorités françaises n'est absolument pas vraie. Ce que j'ai vu, ce sont des centaines voire des milliers de locaux prendre les portails d'assaut et essayer de rentrer dans le stade. C'était horrible, la sécurité était très mal organisée. Il y avait une atmosphère hostile, on était traité comme des animaux".

Arrivé au Stade de France peu après 20 heures, le chef de la rubrique Football de RTL, Philippe Sanfourche, habitué des lieux, déplore lui aussi "une absence totale de personnel". "C'était totalement sous-staffé. On rentrait dans ce stade sans aucune fouille, sans aucune vérification. L'entrée en tribune se faisait sans rien. Je n'avais jamais vu ça au Stade de France. Et c'était la continuité de ce que j'avais vu à l'entrée du stade, à savoir une absence totale de signalétique quand vous arrivez par voiture ou via les transports en commun. J'ai vu des scènes assez surréalistes, des policiers et des CRS contraints de vérifier des billets", explique-t-il.

Plusieurs témoignages rapportés par la presse britann