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Euro 2016 : un premier tour fait d'émotions mais plein d'incertitudes pour les Bleus

DÉCRYPTAGE - L'équipe de France est qualifiée pour le 8es de finale de l'Euro 2016 en terminant première de son groupe. Elle n'a toutefois pas balayé de nombreux doutes à propos de sa capacité à aller loin.

Paul Pogba face à la Suisse le 20 juin 2016
Paul Pogba face à la Suisse le 20 juin 2016 Crédit : Sipa
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
Journaliste RTL

Le 10 juin 2016, 89e minute du match d'ouverture de l'Euro, Dimitri Payet déchire la lucarne du gardien de but roumain d'un frappe lumineuse. La France explose de joie et le joueur de West Ham devient un héros. Le 15 juin face à l'Albanie, Antoine Griezmann libère les fans des Bleus d'un but à la 90e minute crucifiant les Albanais. Payet double la mise à la 96e. Encore une fois, un match ennuyeux se termine sur une belle note et une émotion collective. Une excitation qui n'arrive néanmoins pas à cacher la morosité globale du jeu des Bleus depuis le début de l'Euro 2016.

Si Didier Deschamps semble avancer un peu dans certains secteurs de jeu où, à défaut de trouver de la solidité, il apparaît sûr de certains de ses choix, il pianote encore afin de trouver les bonnes combinaisons dans des secteurs clés comme l'attaque et le milieu de terrain. La seule bonne nouvelle du troisième match de poule, Suisse-France (0-0), pourrait bien être la fiabilité de certains remplaçants

La France ne peut pas avoir une meilleure défense

Les bonnes surprises de cette première phase ne sont certes pas très nombreuses mais néanmoins importantes. À tout seigneur tout honneur, le capitaine Hugo Lloris fait un Euro propre. Il l'a commencé à la 4e minute de jeu du tournoi avec un arrêt déterminant sur un corner de la Roumanie. Depuis, le capitaine n'a pas été énormément sollicité mais a fait ce qu'il avait à faire avec assurance et sérénité. Une confiance qu'il transmet peu à peu à sa défense. Celle-ci, expérimentale au début de la préparation, voit sa charnière centrale devenir de plus en plus sûre. Rami est plus dans la maîtrise, moins dans l'émotion, et Koscielny dégage des airs de patron. Sur les côtés, les supporters ont fait le deuil de latéraux virevoltants et se contentent d'un Evra couverts par ses coéquipiers et d'un Sagna propre et sobre. 

Difficile de savoir si ce "back four" passera le test d'une grosse équipe mais on est sûr aujourd'hui que la France n'a pas mieux. Tout comme on sait que N'Golo Kanté est le meilleur en position en "sentinelle" et que Cabaye est capable de venir le relayer si besoin. Le match face à la Suisse a également permis de confirmer la fiabilité du soldat Moussa Sissoko, qui, sans être Andres Iniesta, offre une abnégation et une activité incessantes. Le joueur de Newcastle a même régalé sur des rushs incisifs. Il est en forme et peut être considéré comme une alternative à Blaise Matuidice qui mettrait Pogba dans des conditions préférentielles. Il faut bien l'avouer : les titulaires présumés de ce milieu de terrain ne sont pas complètement rassurants.  

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Matuidi plus gênant qu'utile aujourd'hui ?

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Il convient de laisser le "cas Pogba" de côté. On a parlé plusieurs fois du milieu de la Juventus pour dire qu'il devait encore mûrir en tant qu'homme et joueur afin d'atteindre sa plénitude. La plus grosse erreur serait d'en faire un leader des Bleus, il n'est pas prêt et doit digérer son ambition pour reprendre sa marche en avant. Le plus inquiétant aujourd'hui est sans doute Blaise Matuidi, qui traîne des performances moyennes depuis plusieurs mois avec le PSG. Si la domination de Paris en Ligue 1 masque ses performances, son absence lorsque les débats s'élèvent en Coupe d'Europe est un peu la même avec les Bleus en ce moment. "Blaisou" a pris l'habitude de jouer très haut et son volume physique lui permettait de venir assurer son rôle défensif

Mais Matuidi semble avoir moins de jus mais essaye quand même de faire le même travail. S'ensuit alors un déséquilibre et des insuffisances dans ses performances. Moins en jambes, le milieu voit ses lacunes techniques mises en exergue. Il n'y a plus de projection vers l'avant et de surnombre et l'attaque en pâtit. On l'a vu avec l'apport dans la verticalité de Sissoko, qui a cassé les lignes adverses et provoqué le déséquilibre. Face à des défenses regroupées, il faut que les milieux arrivent lancés (à défaut d'avoir des latéraux pour le faire). Paul Pogba a également réussi à le faire contre la Suisse. 

Un jeu trop ambitieux avec ces joueurs-là ?

Les Bleus n'ont pas la maîtrise collective pour mettre en difficulté les défenses adverses par un jeu de passes rapide et des déplacements sans ballon. Il n'y a pas d'Iniesta, de Modric ou de Kroos chez les Bleus, ni la capacité de percussion éventuelle pour faire des exploits répétés. Seul Dimitri Payet est arrivé à faire la différence seul. Didier Deschamps se trouve face à un dilemme : faire confiance à ses cadres ou aux hommes en forme, les deux n'étant pas synonymes en ce moment. Antoine Griezmann en est un symbole, avec une saison harassante, des performances XXL et un logique contre-coup physique et psychologique. Son entrée en jeu face à l'Albanie pourrait même accréditer son statut de super joker en cas de forme physique toujours moyenne. Ce serait un moyen de lui permettre de retrouver de la fraîcheur et pour Didier Deschamps d'en faire un joueur décisif.

Le sélectionneur français se retrouve avec des joueurs qui ont prouvé auparavant qu'ils étaient des incontournables mais qui sont en méforme. Néanmoins, dans une phase finale, il n'est pas rare de bousculer les hiérarchies pour le bien du groupe. Les saisons longues et les schémas de jeu différents entre clubs et sélection peuvent avoir un impact sur le rendement d'un joueur, alors que les matches s'enchaînent et que le niveau s'élève au fur et à mesure. Si son plan de départ s'avère impossible à appliquer du fait de joueurs loin de leur top niveau, Didier Deschamps ne doit-il pas revenir à ce qu'il aime le plus, à savoir bâtir une assise solide et opérer en contre ? Il reste une semaine pour remettre les hommes d'aplomb ou revenir à des fondamentaux moins risqués.

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