4 min de lecture Violences conjugales

Contre les féminicides, Marie Albert marche 700 kilomètres sur la route de Compostelle

PORTRAIT - Le 4 septembre, Marie Albert a entamé une marche de 700 km de Bilbao à Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne). Chaque jour, elle dédie son parcours à une victime de violences conjugales.

À 24 ans, Marie Albert marche 700 kilomètres contre les féminicides.
À 24 ans, Marie Albert marche 700 kilomètres contre les féminicides. Crédit : Marie Albert
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Ni una menos". Depuis le 4 septembre, Marie Albert arbore le slogan argentin  contre les violences faites aux femmes - traduit en français par "Pas une de plus" - sur un t-shirt qu'elle porte le long du chemin menant à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne. "Voyageuse" originaire de région parisienne, elle est partie de Bilbao le lendemain du lancement du Grenelle des violences conjugales et a décidé de dédier sa marche de 700 kilomètres à la lutte contre le fléau des féminicides qui touche la France. 

"J'ai commencé le chemin de Compostelle en 2016 car c'est un bon sentier pour commencer à marcher sur des longues distances", explique Marie Albert à RTL.fr. Faute de temps, elle a choisi de découper son parcours en trois parties - une par an - jusqu'à la dernière ligne droite cette année. Ultime randonnée qu'elle a décidé de rendre politique. "Je ne voulais plus marcher sans but, et marcher contre les féminicides était comme une évidence", poursuit cette militante féministe.

114 féminicides depuis 2019

Depuis le 1er janvier 2019, 114 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou de leur ex-conjoint, selon le décompte du collectif "Féminicides par conjoint ou ex". Chaque jour, Marie marche en leur mémoire, postant des photos de son parcours sur les réseaux sociaux. "Le matin, je lis l'histoire d'une des femmes victime de féminicide et toute la journée, je pense à elle", raconte-t-elle. "Je fais une pause dans la journée, je m'assieds, je médite." Marie insiste : elle n'est pas croyante, même si elle avoue un "petit côté spirituel" à sa démarche.

Mais l'histoire la plus marquante, elle ne l'a pas lue dans la presse. Elle l'a reçue par message après avoir fait un appel à témoignages sur Facebook. Une femme lui a raconté avoir fui pour échapper aux coups de son conjoint. "Elle avait déposé quatre plaintes classées sans suite, elle avait peur pour sa vie. Qu'elle me l'écrive m'a fait réaliser que cette justice et cette police, ce n'est plus possible." Marie aimerait désormais que d'autres femmes lui livrent leurs témoignages. "Si vous avez une histoire, racontez-moi !", lance-t-elle.

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Sur son chemin, Marie discute aussi avec des randonneurs et des randonneuses qui l'interrogent sur son t-shirt. "Ce qui me frappe, c'est que la plupart des gens ne savent pas ce qu'est un féminicide." La plupart ne viennent ni de France ni d'Espagne, où les choix de politiques publiques ont permis de diviser le nombre de féminicides par deux, et sont surpris d'apprendre que des hommes tuent leur femme. "Je leur dis de se renseigner sur leur pays, d'aller voir les chiffres", explique Marie.

Ce qui me frappe, c'est que la plupart des gens ne savent pas ce qu'est un féminicide

Marie Albert
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Elle-même a réalisé sur le tard que le phénomène des féminicides la concernait directement. "Je n'ai jamais connu de femme morte pour l'instant, mais j'ai vu mes parents se taper dessus, et j'ai moi-même subi de la violence conjugale avec un de mes ex-copains." Des faits qui remontent à 2015, alors qu'elle avait 20 ans. "Quand il avait bu, il était très jaloux", se souvient-elle. "Il me tirait par le cou, il me faisait culpabiliser, il avait des mouvements brusques... Une fois il m'a jeté ma valise pleine de vêtements dessus !"

La marche comme symbole féministe

Lorsqu'elle n'est pas en voyage, Marie est journaliste indépendante. Après être passée par l'Agence France-Presse (AFP), elle s'est lancée dans un tour du monde en cargo avant d'écrire pour plusieurs médias. Son engagement féministe est venu avec le temps, sans qu'elle puisse le dater exactement. Mais une chose est sûre pour elle : "Je ne vois pas comment je pourrai revenir en arrière, tout me semble révoltant".

La marche est pour elle un moment d'introspection, de réflexion. "Je suis seule et solitaire, mais je trouve que cela donne un caractère encore plus féministe. Je me dis que je suis seule et que je peux le faire : je trouve ça hyper puissant."

Fonsagrada, sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne.
Fonsagrada, sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne. Crédit : RTL

La dernière fois que nous l'avons eue au téléphone, jeudi 3 octobre, Marie en était à son trentième jour de marche, après avoir parcouru 506 kilomètres. Posée dans un refuge à Fonsagrada à l'est de l'Espagne, "crevée" mais toujours aussi motivée. "Tous les jours, je reçois des messages de femmes qui me disent que ce que je fais est incroyable", s'émeut-elle. "Elles me poussent, et m'écrivent qu'elles pensent à moi."

Marie a prévu d'arriver à Saint-Jacques de Compostelle le 12 octobre, mais elle compte poursuivre sa route jusqu'à Finisterra, sur la côte est de l'Espagne. À une semaine de son arrivée, elle nourrit déjà d'autres projets de marches, comme "un tour de France à pied". Là encore, il sera dédié "à une cause féministe."

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