6 min de lecture Portrait

Meuf : elle a créé une collection de fringues qui dit non au harcèlement de rue

GIRL CRUSH - Claire est la fondatrice de Meuf, une marque de vêtements qui, via des messages positifs ou dénonçant des problèmes de société, donne du pouvoir aux femmes. Portrait d'une entrepreneuse à la vie loin d'être toute tracée.

Claire est la fondatrice de Meuf, marque de vêtement lancée il y a 9 mois
Claire est la fondatrice de Meuf, marque de vêtement lancée il y a 9 mois Crédit : Arièle Bonte pour RTL.fr
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Arièle Bonte
Journaliste

"Mon corps n'a pas besoin de ton opinion". "Le harcèlement, c'est tellement 2017". "J'ai mis un short, ça ne veut rien dire de particulier à part que j'ai envie de mettre un short". "Non c'est non". Ces phrases, ce ne sont pas les slogans d'une manifestation contre le harcèlement de rue mais des messages que l'on peut lire sur des t-shirts et des sweat-shirts estampillés Meuf. 

À l'occasion de la rentrée, la nouvelle collection de cette marque de vêtements aide les femmes à affronter le sexisme ordinaire qui sévit (encore et toujours) dans l'espace public. Une manière de faire passer la pilule de la fin de l'été (et de sa tranquillité) un peu plus facilement, de reprendre le pouvoir et d'avoir confiance en soi dans un lieu où, parfois, être une femme n'est pas de tout repos.  

Derrière cette idée, il y a Claire, entrepreneuse de 27 ans et fondatrice de Meuf, une marque qu'elle a lancée toute seule il y a neuf mois et qui s'impose déjà comme un incontournable des garde-robes de celles qui revendiquent leur féminisme. Rencontre avec une femme à la vie pas toute tracée. 

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Faire passer un message super puissant

"Quand j'ai créé Meuf, l'idée de départ était de diffuser des messages plus positifs que ceux que je pouvais voir habituellement tels que 'chiante' ou 'râleuse' et qui, pour moi, sont très dépréciatifs et montrent un énorme problème de société", explique à RTL Girls Claire, installée dans un joli café du IIème arrondissement de Paris, à quelques rues des bureaux de Meuf.

Après avoir féminisé des noms de métier ("cheffe", "écrivaine", "footballeuse"...), prôné la sororité ou dénoncé les critiques (contradictoires) que l'on fait aux femmes, Claire a voulu s'attaquer au problème du harcèlement de rue. "Pour créer cette collection, je suis allée dans la rue, exprès, habillées en short très court", explique l'entrepreneuse. "Je voulais me prendre ce qui n'est pas normal qu'on se prenne".

À chaque regard, chaque sifflement, chaque interaction, Claire trouve des idées de messages à inscrire sur des t-shirts et qui lui permettraient de répondre, à sa place, à une interpellation sexiste. Par la suite, Claire a testé ses t-shirts dans la vraie vie, pour constater du changement.

"C'est un sentiment un peu bizarre", confie-t-elle. "Tu te sens un peu plus vulnérable, parce que tu exprimes clairement le problème du harcèlement de rue mais, en même temps, tu as l'impression de faire passer un message super puissant". 

Une prise de conscience très jeune

L'envie de faire passer ces messages n'est pas récente pour Claire. Déjà, très jeune, l’entrepreneuse raconte qu'elle a toujours été "assez remontée" contre le sexisme, les différences de traitements entre les femmes et les hommes, sans forcément mettre les mots justes dessus.

Adolescente, elle pratique le basket en sport études et constate que, dans ce milieu masculin, les filles n'étaient pas considérées avec autant de valeur que les garçons. Logique pourrait-on dire, quand on sait que les hommes gagnent plus que les femmes sur le terrain et obtiennent de meilleurs contrats publicitaires. 

À cause de la pression subie dans ce programme, notamment par rapport à son poids, Claire décide de laisser tomber ce sport qu'elle avait finalement toujours aimé pratiquer entre amies mais pas au point d'en faire une carrière.

Le totbag "Espace Public" de la marque Meuf, imaginé par Claire, sa fondatrice
Le totbag "Espace Public" de la marque Meuf, imaginé par Claire, sa fondatrice Crédit : Arièle Bonte pour RTL.fr

"À 17 ans, j'étais au lycée en option cinéma et, avec une copine, on est partie dans la rue avec une caméra habillées en short, pour demander aux gens ce qu'ils pensaient du harcèlement". C'était il y a dix ans mais les discours immortalisés, de femmes comme d'hommes, par les deux jeunes filles n'ont pas vraiment changé aujourd'hui.

"Un garçon m'avait choquée, il nous avait répondu ce qu'on entend encore trop souvent : que les filles qui se faisaient violer l'avaient bien cherché parce qu'il suffisait de crier dans la rue pour que les gens interviennent". Claire s'est alors mise à crier, dans la rue principale de Lyon, pour lui prouver que cela ne sert à rien. "Ça l'avait finalement interpellé". 

Du cinéma à... l'entrepreneuriat

En grandissant, Claire continue, comme de nombreuses femmes, de faire face au sexisme ordinaire. Après le bac, celle qui a toujours écrit des histoires décide de se lancer dans le cinéma. Elle arrive à Paris, ne connaît personne mais, en y allant au culot, fait sa place dans cette industrie en jonglant en parallèle avec de nombreux petits boulots alimentaires. 

Elle entre dans le monde du cinéma par la figuration, puis propose ses services (d'abord bénévolement) pour filer un coup de main sur les tournages. Pour son premier job, elle fait du ventousage, "le pire métier de la terre !", qui consiste à garder une place de parking pour le camion qui transporte tout le matériel. Petit à petit, Claire intègre la régie ("on gère tous les problèmes et on s'occupe de la nourriture"), puis remplace au pied levé un troisième assistant réalisateur.

En cinq ans dans le métier, Claire développe ses propres projets d'un côté et s'impose, dans ce milieu très masculin, jusqu'au poste de première assistante. "C'est une progression assez rapide, surtout à cet âge où être jeune et femme est compliqué", souligne-t-elle. "On a toujours cette idée qu'avec une fille, le tournage va moins bien se passer", déplore-t-elle.

Pour la première fois de ma vie j'étais perdue !

Claire, fondatrice de Meuf
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Un jour, alors que Claire est sur le point d'obtenir son statut d’intermittente du spectacle, un ami lui demande son avis sur un projet entrepreneurial qu'il développe pour un concours. "Petit à petit, je suis entrée sur le projet", raconte Claire. La jeune femme se rend compte qu'elle adore l'entrepreneuriat. "Pour la première fois de ma vie j'étais perdue ! J'avais toujours voulu faire du cinéma et là, j'avais un doute". 

Cet ami lui parle du programme entrepreneuriat de son école de commerce, l'ESCP Europe, ouvert aux candidats extérieurs. Claire se dit qu'elle n'a rien à perdre et concourt à la sélection. Elle est prise et quitte Paris pour six mois intensifs de cours à Madrid. 

Là-bas, l'apprentie entrepreneuse découvre l'ambiance école de commerce. "Je suis tombée dans un milieu très spécial, ce n'était pas évident, surtout quand tu viens du cinéma", confie-t-elle. Insultée par certains camarades pour son expérience professionnelle, Claire raconte que les débuts sont très difficiles ("je rentrais tous les soirs en pleurant") mais tient bon, et remporte tous les concours organisés par son école dont l'un avec son dernier projet, une box de produits naturels pour les règles douloureuses

À la fin de ce programme, Claire s'envole pour 8 mois en Argentine, tente de lancer cette box mais le projet n'aboutit pas. Pourtant, elle sait qu'elle ne reviendra pas tout de suite vers le cinéma. C'est décidé, elle veut créer sa propre entreprise.

Il y a beaucoup de point commun entre monter un film et monter une entreprise

Claire, fondatrice de Meuf
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"Quitter le cinéma n'a pas été facile, j'étais pleine de doute", raconte-t-elle. "Mais dans le cinéma, tu donnes énormément de ton temps, de ton énergie, tu fais beaucoup de bénévolat pour les films des autres. Moi, je voulais faire mes films", explique Claire qui voit cependant "beaucoup de points communs" entre monter un film et monter une entreprise. 

"Ce que j'aimais dans le cinéma c'est les problèmes ! Parce que tout ne se passe jamais comme prévu, il fait toujours trouver des solutions et j'adorais cela. Dans une entreprise, c'est ça tout le temps", explique-t-elle. 

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C’est la fashion week cette semaine à Paris. La mode, on a rien contre par contre on a hâte au jour où elle véhiculera moins d'injonctions. On a hâte de voir défiler des femmes de toutes tailles, toutes corpulences, toutes couleurs de peau, valides et non valides, bref, on aimerait voir de la diversité ! Il y a encore du boulot mais de plus en plus de marques s'y mettent et ça, c'est une avancée concrète ! Vous êtes nombreux.ses à nous remercier pour la diversité de nos modèles, mais nous, on a juste hâte au jour où vous ne nous direz plus merci, où ce sera normal ! ¿¿¿¿¿¿ . . . . . . . #meufparis #meufdemagazine #fashionweek #fashionweekparis #fashionweek2018 #bodypositive #toutesbelles #allbodiesarebeautiful #objectifbikinifermetagueule #womanpower #empoweringwomen

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Des femmes comme vous et moi

Si Claire assure qu'elle reviendra un jour dans cette voie cinématographique (elle se verrait bien écrire une série), l'entrepreneuse est aujourd’hui entièrement satisfaite de son travail effectué au sein de Meuf, une marque qui ne fait pas appel à des mannequins mais à des femmes comme vous et moi avec autant de diversité qu'il y a dans la société.

"Au début, on m'a dit de faire attention, que j'allais moins vendre si je faisais appel à des mannequins de toutes tailles et de toutes couleurs de peau", confie Claire qui avoue avoir eu peur de rester fidèle à ses convictions au dépend des ventes. "Mais quand je vois mes ventes, je peux dire que les gens s'en fichent complètement."

Au contraire, même, ajoute l'entrepreneuse. "Je reçois tous les jours des messages de femmes qui me remercient de faire appel à des filles normales pour porter mes vêtements et économiquement, c'est une réussite, j'ai un taux de retour historiquement bas tout simplement parce que les gens qui achètent sur Internet peuvent se projeter sur une personne qui leur ressemble", s'exclame-t-elle.

Preuve que la diversité dans la mode est source de rentabilité. Un argument qui pourrait faire, à terme, plier les grandes entreprises ? 

Pour découvrir l'ensemble des collections de Meuf, rendez-vous sur le site de la marque. Pour toute commande, 1 euro est reversé à la Maison des femmes.

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2018-09-26 08:38:00
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