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Claire Duplan lutte contre le sexisme avec la dérision de son coup de crayon

GIRL CRUSH - Claire Duplan signe avec "Camel Joe", sa première bande-dessinée sortie le 6 septembre, une œuvre qui dénonce avec beaucoup d'humour et de dérision le sexisme du monde d'aujoud'hui.

Claire Duplan est l'auteure de "Camel Joe"
Claire Duplan est l'auteure de "Camel Joe" Crédit : Arièle Bonte pour RTL.fr
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

Du sang menstruel en couverture, des punchlines sur l'endométriose, un personnage féminin voluptueux aux formes généreuses, des scènes qui dénoncent, entre autres et avec beaucoup d'humour, le marketing genré ou les injonctions à la beauté... Camel Joe, la première bande-dessinée de Claire Duplan (1), née en 1992 à Paris, ne fait pas dans la demi-mesure.

Contactée par la maison d'édition Rue de l'échiquier en janvier dernier, Claire Duplan a bénéficié d'une carte blanche pour accoucher, en six mois seulement, de l'histoire de Constance, jeune dessinatrice un peu grognon qui invente les aventures de Camel Joe, une super-héroïne combattant le patriarcat et filant de vilaines corrections aux hommes qui harcèlent les femmes dans l'espace public.

Son nom est une référence à "camel toe", une expression anglaise utilisée pour désigner la forme du sexe féminin que l'on devine sous des vêtements moulants, tel que le legging léopard porté par la super-héroïne inventée par Claire Duplan. Rencontre avec une dessinatrice qui manie l'humour et le crayon "sans prétention".

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La BD, un médium "humble et rigolo"

"Quand j’étais petite, j’inventais toujours des personnages comme mes futures filles", raconte Claire Duplan, attablée à la terrasse d'un café parisien. "Elles étaient un peu des super-héroïnes avec des coupes de cheveux pas possibles, des costumes trop cool et des prénoms bizarres comme Trinity, l'héroïne de Matrix", poursuit la dessinatrice qui a toujours aimé fabriquer "des petits objets et des petits livres".

Au collège, Claire Duplan s'amuse à décorer les agendas de ses copines et songe un temps à "faire des mangas". Mais arrivée à L'École nationale supérieure des arts décoratifs (Arts-Déco), l'étudiante se tourne vers la sculpture, l'abstrait et l'art contemporain.

"La bande-dessinée m'est revenue comme une revendication de revenir à quelque chose d'humble et rigolo. C'est une façon rapide et directe de raconter des histoires qui ne prétendent pas être autre chose que ce qu'elles sont", assure Claire Duplan qui, pour son projet de fin d'études, décide de créer un fanzine féministe, None of my Jelly Roll.

"Je l'ai fait toute seule, imprimée toute seule et je l'ai vendu dans des festivals féministes, queer ou LGBTQ+", raconte la dessinatrice. "La plupart des personnages sont des copines à moi, même si leurs histoires sont un peu déguisées".

Pour Claire Duplan, tout est en fait partie des "girls' talk" (discussions de filles) qu'elle entretenait avec des camarades de classe dans une toute petite salles des Arts-Déco. "Quand j'étais en dernière année, on y travaillait nos projets de fin d'études. On appelait cette salle la pussy room parce que pendant quatre heures, on préparait notre diplôme tout en se racontant nos histoires". Sexe, rendez-vous, règles... tous les sujets y passaient.

"La parole était tellement libérée et bienveillante, cela nous faisait du bien de parler et le mettre en bande dessinée, c'était pour moi une manière de prolonger ce sentiment à plus grande échelle", raconte Claire Duplan.

Extrait de "Camel Joe", BD de Claire Duplan
Extrait de "Camel Joe", BD de Claire Duplan Crédit : Claire Duplan / éditions Rue de l'échiquier
Extrait de "Camel Joe" de Claire Duplan
Extrait de "Camel Joe" de Claire Duplan Crédit : Claire Duplan / éditions Rue de l'échiquier

La pop culture comme référence au féminisme

Cet engagement par le dessin, Claire Duplan l'explique par plusieurs facteurs. "Le fait de croire en l'égalité et de vouloir l'égalité est issu de mon éducation. J'ai grandi avec une mère très indépendante. Mais le fait de vouloir prendre la parole et de décider qu'il y a des choses que je ne veux plus accepter et de choisir comme 'arme' d'en parler beaucoup et de les tourner en dérision, cela vient surtout de discussions que j'ai eues avec mes amies, le tout agrémenté de lectures". 

Si Claire Duplan a lu ses classiques, elle raconte que sa première entrée en matière du féminisme est venue avec la pop culture, les bandes dessinées et les fanzines punk. "J'aime bien quand c'est fait avec humour". Pas étonnant que l'on retrouve cet esprit dans son coup de crayon de Camel Joe aux autres bandes dessinées publiées sur le site de MadmoizelleRetard ou son propre compte Instagram. "Le second degré et l’humour, sont une manière de faire passer des choses qui me protègent aussi d’une certaine manière", souligne Claire Duplan.

La dessinatrice cite d'emblée Les sentiments du prince Charles, de la Suédoise Liv Strömquist, comme sa grande révélation ainsi que California Dreamin' de Pénélope Bagieu, qui signe d'ailleurs la préface de Camel Joe.

Remettre le camel toe au goût du jour ?

Dans cette première BD, Claire Duplan s'est nourrie du scandale Weinstein "mais aussi de toutes les réactions abjectes" qui ont suivies. Certaines la "démoralisent" tellement que la dessinatrice avoue ne plus arriver à travailler tandis que, d'autres, au contraire, lui donnent "la légitimité de continuer à écrire et à dessiner".

L'auteur de Camel Joe ajoute rapidement qu'elle ne pense pas qu'elle va "sauver le féminisme et l'humanité" avec ses dessins. "Mais on a besoin de rigoler un peu", souligne Claire Duplan, tout en faisant passer des messages aussi bien sur le harcèlement que la sexualité et, pourquoi pas, remettre au goût du jour les leggings imprimés léopard pour ensuite pouvoir donner la force aux femmes d'assumer, grâce à Camel Joe, leur camel toe.

"Je ne dis pas que je revendique le camel toe comme quelque chose que j'ai envie d'arborer. Mais après, si tu es un peu moulée dans tes vêtements, ça arrive, et ce n'est pas grave !", conclut Claire Duplan avec légèreté et malice, à l'image de sa BD, une œuvre qui raconte sans fioriture les tribulations d'une fille face au monde (rigolo mais sexiste) d'aujourd'hui.

Camel Joe, de Claire Duplan, Rue de l'échiquier, disponible depuis le 6 septembre, 16 euros 50.

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Claire Duplan lutte contre le sexisme avec la dérision de son coup de crayon
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2018-09-10 14:35:00
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