5 min de lecture Féminisme

Pénispliquer, Manspreading... Le lexique des féministes dernière génération

Le métro de Madrid vient d'interdire le "manspreading" à ses usagers. Girls vous explique, parmi d'autres, ce que veut dire ce mot anglo-saxon qui donne un nom à un comportement misogyne auquel les femmes doivent quotidiennement faire face.

La nouvelle tendance du #womanspreading sur Instagram
La nouvelle tendance du #womanspreading sur Instagram Crédit : Instagram
benjamin pierret
Benjamin Pierret
et Arièle Bonte

En septembre 1968, des féministes du mouvement New York Radical Women ont jeté leurs soutien-gorges dans des poubelles d'Atlantic City. Une manifestation pour protester contre l'élection de Miss America qui a marqué les annales du féminisme contemporain, immortalisée par des photographies vintage en noir et blanc. 48 ans plus tard, les choses ont bien changé. 

Depuis quelques années maintenant, les moyens de communication ont subi la révolution que l'on connaît. Les clichés argentiques ont été remplacés par les photos Twitter prises au smartphone et les coups de gueules peuvent être diffusés à travers le monde en un tour d'index sur un clavier. Place à l'anglais, langage universel, et aux néologismes.

Exemple avec le "manspreading", cette petite manie qu'ont certains hommes à écarter leurs jambes dans les transports au commun, de telle sorte qu'ils prennent deux fois plus de place que la normale. Cette habitude est loin d'être une exception. Il suffit de prendre plusieurs fois par jour le métro de Paris à New York pour se rendre compte de l'étendue du fléau. 

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Pratique dénoncée dans plusieurs blogs sur Tumblr ("Your Balls Are Not That Big""Men Taking Up Too Much Space On The Train"), le manspreading vient d'être pris très au sérieux par la ville de Madrid. Cette dernière a instauré dans son métro un pictogramme visant à très clairement bannir le manspreading de cet espace public. 

"Le pictogramme n'est pas la solution miracle", a réagi Raphaëlle Rémy-Leleu, vice-présidente de l'association Osez le féminisme sur BFMTV, avant d'ajouter que "tout ce qui aide à conscientiser et à faire réaliser des problèmes", est "toujours ça de pris".

La militante féminisme explique ensuite : "Ceux qui s'étalent ne s'en rendent pas compte, ce sont celles qui n'ont plus de place à cause de ça qui réalisent. Et qui, du coup, essaient de s'organiser".

Le manspreading est une habitude masculine parmi tant d'autres autour desquelles les femmes doivent justement "s'organiser". Girls vous propose une sélection de nouveaux mots anglo-saxons intraduisibles et qui rythment les conversations de la féministe connectée

Interrompre, berner, bousculer : un mot pour tout

Bropropriating [Contraction de "bro" (pote) et "appropriation"] : désigne la tendance qu'ont certains hommes à reprendre les idées et propos émis par une femme pour se les approprier. Une technique à laquelle de nombreuses représentantes de la gent féminine se retrouvent confrontées sur leur lieu de travail, indissociable du Manterrupting (à venir plus loin). 

Male gaze : Traduisible par "regard masculin", ce terme désigne la propension des œuvres visuelles (films, animation, jeux vidéo) à présenter un décor (ou le corps d'un personnage) du point de vue d'un homme hétérosexuel, même lorsque la caméra est omnisciente et externe à l'intrigue. En outre, lorsque l'image s'attarde sur les fesses d'une femme alors qu'elle s'éloigne ou sur son décolleté alors qu'elle se présente. Ou quand l'art adopte un point de vue masculin (et lubrique), que cela serve l'intrigue ou non. De nombreuses sources désignent Laura Mulvey, féministe et critique cinéma, comme la première à avoir nommé ce concept dans l'article Visual Pleasure and Narrative Cinema paru... en 1975. 

Manterrupting [De "man" (homme) et "interrumpting" (interrompre)] : Lorsqu'un homme interrompt inutilement une femme parce qu'elle est une femme. Un réflexe probablement inconscient que l'on peut retrouver dans tous les corps de métiers... jusqu'à la Maison Blanche. Comme le rapporte le Washington Post, les membres féminins de l'équipe de Barack Obama ont mis au point une technique pour se faire entendre lors de réunions : l'amplification. Lorsqu'une femme prend la parole, une autre rebondit en répétant ses propos et le nom de sa collègue, avant qu'un homme n'aie eu le temps de se "bropropriater" l'idée. On souhaite bonne chance aux employées de Donald Trump

Nice guy : Le "syndrome du gentil garçon", c'est le terme qu'Internet a trouvé pour désigner le mal dont souffrent ces hommes qui suent sang et eau pour montrer aux femmes qu'ils les ont comprises. Qu'eux les respecteront et qu'ils savent quelles difficultés elles rencontrent. Le tout, principalement dans le but de se donner bonne conscience. Ou de coucher avec son interlocutrice. Le "nice guy" ne se positionne pas comme un être humain décent fasse à un autre : il est un super-héros face à une femme qui a bien de la chance d'avoir rencontré pareil gentleman.

Mansplaining [De "man" (homme) et "explaining" [expliquer)]: Lorsqu'un homme entreprend d'expliquer à une femme, avec condescendance, des choses évidentes qu'elle connaît déjà. Cosmopolitan en rapporte un bel exemple : celui de la cycliste néerlandaise Annemiek van Vleuten. Lors des derniers jeux Olympiques, l'athlète de 34 ans a fait une chute impressionnante lors d'une course. Transportée à l'hôpital, elle rassure ses abonnés Twitter en leur expliquant que malgré quelques fractures, elle s'en remettra. Un homme utilise alors le réseau social pour lui expliquer l'erreur qui lui a fait perdre l'équilibre. À elle. Une championne de cyclisme. Qui concourrait aux jeux Olympiques.

Ce mot a été traduit au Québec par "pénispliquer" (ou "mecspliquer"). "Le mot 'pénis' a été inclus dans la traduction par humour, mais aussi parce que le symbole du phallus représente une certaine conception de la virilité", a expliqué la traductrice Audrey PM dans une chronique sur Radio Canada.

Manspreading [De "man" (homme) et "spread" (écarter)]: Les transports en commun. Leurs heures de pointe, leurs mauvaises odeurs... et leurs passagers masculins qui écartent les jambes : en 2013, un tumblr sobrement appelé "Des hommes prenant trop de place dans le train" a mis en lumière la propension de ces derniers à occuper plus de places que celle qui leur est allouée. Comment ? En écartant tout simplement les jambes quand les femmes sont tenues de croiser gracieusement les leurs. La Metropolitan Transportation Authority, la société qui gère les transports de l'État de New York, a bien reçu le message et en a fait l'objet d'une campagne d'affichage. D'autres ont pointé du doigt que les femmes aussi, en posant leurs sacs sur plusieurs fauteuils, peuvent occasionner un désagrément aux autres passagers. 

Manslamming [De "man" (homme) et "slam" (heurter)] : Tout a commencé avec une conversation entre copines. En novembre 2014, une Américaine du nom de Beth Breslaw décide de ne plus changer sa trajectoire sur le trottoir. Une décision motivée par une observation d'une de ses amies, selon laquelle les hommes seraient moins enclins à laisser passer les femmes que l'inverse. Les résultats de l'expérience sont éloquents : la jeune femme passe les mois de novembre et décembre à se cogner contre des passants. "Je pourrais sûrement compter sur mes doigts le nombre de femmes auxquelles je me suis heurtées et le nombre d'hommes contre lesquels je ne me suis pas cognée", affirme-t-elle au New York Times. Le terme de manslamming, ou le refus de la plupart des hommes de s'écarter pour laisser passer une passante, est né. 

Feminist cookie : C'est la récompense qu'espère obtenir le Nice Guy. Un "merci" admiratif, ou un "c'est bien, bravo" plein de gratitude, parce qu'il vous a dit qu'il n'irait jamais se frotter contre une femme dans le métro ou qu'il ne klaxonne pas lorsqu'il voit une fille en jupe

Male tears : Les "larmes d'hommes" ont droit à leur propre expression consacrée. Elles désignent les plaintes masculines qui accusent les féministes de misandrie et de suprématie féminine

Même combat, autre approche : la lutte pour l'égalité des sexes passe désormais par des termes nouveaux, pratiques et futés, qui prouvent encore une fois que l'agilité verbale et la verve restent la meilleure arme pour faire valoir ses revendications. 

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Le métro de Madrid vient d'interdire le "manspreading" à ses usagers. Girls vous explique, parmi d'autres, ce que veut dire ce mot anglo-saxon qui donne un nom à un comportement misogyne auquel les femmes doivent quotidiennement faire face.
https://www.rtl.fr/girls/identites/mansplaining-manspreading-nice-guy-le-lexique-de-la-feministe-2-0-7785767350
2017-04-07 07:15:00
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