4 min de lecture Portrait

Inna Modja : "Il y a eu mai 68 et il y aura 2017"

GIRL CRUSH - À l'occasion de la journée internationale contre les mutilations génitales, rencontre avec Inna Modja, une artiste engagée qui, malgré les tensions actuelles, positive pour l'avenir.

Inna Modja milite contre l'excision, les violences faites aux femmes et les discriminations
Inna Modja milite contre l'excision, les violences faites aux femmes et les discriminations Crédit : Presse
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

"Cela fait presque 12 ans que je travaille sur le sujet de l'excision". Privée de son clitoris à l'âge de 4 ans et à l'insu de ses parents, Inna Modja est une militante déterminée à faire changer les choses. Engagée à 100% dans sa cause - lutter contre les violences faites aux femmes, les discriminations, promouvoir le féminisme et la sororité - il nous paraissait naturel de rencontrer cette artiste à l'occasion de la journée internationale contre les mutilations génitales, qui a lieu ce lundi 6 février.  

L'année dernière, Inna Modja était conviée à New York - parmi d'autres personnalités - pour partager avec les représentants de l'ONU son histoire et son engagement. Une journée importante, précise la chanteuse, puisqu'elle a permis de lancer un programme pour que l'excision n'existe plus d'ici 2030. 

Il faut du temps pour faire changer les mentalités

Inna Modja
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"Cela peut paraître loin mais c'est en réalité très court pour faire changer les mentalités", nous explique Inna Modja dans un café situé sur la Place de la Bastille, à Paris. La chanteuse sait de quoi elle parle. Au Mali comme en France ou aux États-Unis, elle a vu les choses évoluer mais "cela prend du temps". "De plus en plus de pays doivent s'investir. Parce qu'il y a les lois mais il y aussi la prévention", précise-t-elle en se servant une tasse de thé, avant d'ajouter que le système des "big sisters" pèse également dans la balance du changement.

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Inna Modja est l'une de ces "grandes sœurs" depuis une dizaine d'années. D'abord sur le terrain et depuis 2015 dans sa musique, avec la sortie de Motel Bamako. Ce troisième album, chanté en bambara, l'emmènera bientôt en Nouvelle-Zélande, en Slovénie et en Amérique Latine, une région du monde où l'excision se pratique elle-aussi. Portrait d'une femme qui, malgré les tensions, positive sur l'année à venir. 

Féministe à 100%

"Il y a eu mai 68 mais il y aura 2017", assure Inna Modja, de sa voix calme et douce. Lorsqu'elle parle, la chanteuse malienne prend son temps mais ne manque pas de fermeté lorsqu'il s'agit de condamner les actions récentes de Donald Trumples inégalités salariales à travail égal, ou les haters qui pullulent sur Internet.

Malgré ce contexte parfois difficile, Inna Modja reste positive. Une qualité qui force l'admiration. Car pour la chanteuse malienne, 2017 sera "une année très importante". Les femmes se sont mobilisées en début d'année et vont continuer à le faire, prédit-elle dans un sourire rassurant.

Je veux juste que les femmes ne soient pas victimes de violences ou de discrimination

Inna Modja
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Mais pour bien le faire, Inna Modja n'a qu'un souhait : "Que le mot 'féministe' arrête d'être un mot moche, quelque chose dont on veut se séparer." Cela fait douze ans que la trentenaire "assume à 100%" son identité féministe, même si on lui a déjà reprochée, notamment dans sa musique.

"Il n'y a rien de mauvais à vouloir les mêmes droits que ceux des hommes", explique-t-elle. "Cela ne veut pas dire que j'ai envie que l'égalité soit renversée. Je veux juste que les femmes ne soient pas victimes de violences ou de discrimination", martèle Inna Modja, soucieuse de l'importance, pour les femmes, de se réapproprier ce "gros-mot" et de mettre en place une "sororité".

Un autre terme négligé, notamment en France, selon elle. "C'est tellement important que les femmes se soutiennent entre elles et qu'elles se voient comme des personnes sur qui elles peuvent compter."

"Motel Bamako", un album engagé

Sur ses deux premiers albums, Inna Modja n'était pourtant pas autant engagée. Elle y chantait l'amour ou parlait de ceux qui l'inspiraient. "Je n'avais pas les épaules pour parler de ces combats et supporter le retour du bâton qui va avec", explique la chanteuse. Le terrain, sur lequel elle se rend depuis plus de 10 ans, suffisait amplement. Pour sa musique, Inna Modja avait besoin d'autre chose, de plus de légèreté. Comme une sorte d'échappatoire, histoire de laisser du temps à la jeune femme de s'installer en tant qu'artiste pop. 

"Pour Motel Bamako, je pense que j'ai mûri et que je suis plus solide pour parler du terrorisme au Mali, des violences faites aux femmes en Afrique ou ailleurs", détaille-t-elle. Mettre sa musique au cœur de son engagement ne dérange plus Inna Modja. Au contraire même, voir que cela suscite de violentes réactions en ligne ne fait qu'accentuer son engagement. Encore et toujours.

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Inna Modja - Tombouctou (Clip officiel) Date :

"L'excision enlève du pouvoir aux femmes"

Alors pour diffuser au maximum son message, Inna Modja parcourt - entre autres - le monde depuis plus de deux ans pour jouer ses chansons. Cette tournée, c'est même elle qui la produit avec l'aide de son compagnon. Un travail prenant, loin de sa zone de confort mais qui permet à la chanteuse d'étendre son champ d'action et de prouver (aux autres et à elle-même) qu'elle sait tenir une entreprise. 

"J'ai toujours plein de doutes, tout le temps. Mais je sais que si je me bats, je peux accomplir ce que je veux", affirme Inna Modja. Une force d'esprit que la chanteuse doit notamment à son opération de reconstruction, qui a fait d'elle "une femme complète". 

Il faut que l'on se sépare de la honte - la honte de soi

Inna Modja
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D'après Inna Modja, "l'excision limite la femme à son rôle de reproductrice". Mais - malheureusement - il n'y a pas que cette pratique qui "enlève du pouvoir aux femmes", selon la chanteuse. "Pour d'autres, c'est le body shaming..." Pour reprendre le pouvoir, "Il faut que l'on se sépare de la honte - la honte de soi", assure Inna Modja.

Et alors, comme elle, vous n'aurez plus de limites, vous oserez prendre la parole et user de votre voix sur des thématiques qui vous tiennent à cœur. "Je crois profondément que chaque personne a le pouvoir de faire changer les choses. C'est ça, la démocratie", conclut la chanteuse, l'air malicieux. 2017, une année qui - finalement - nous réserve de bonnes surprises ?

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GIRL CRUSH - À l'occasion de la journée internationale contre les mutilations génitales, rencontre avec Inna Modja, une artiste engagée qui, malgré les tensions actuelles, positive pour l'avenir.
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2017-02-06 11:53:00
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