3 min de lecture Décès

Anne Sylvestre : une chanteuse féministe aux textes toujours d'actualité

L'artiste décédée ce mardi 1er décembre s'est illustrée par ses nombreuses chansons féministes, dont "Non tu n'as pas de nom", dans laquelle elle aborde le sujet de l'avortement.

La chanteuse Anne Sylvestre le 4 novembre 2003, sur la scène de l'Auditorium de Saint-Germain à Paris.
La chanteuse Anne Sylvestre le 4 novembre 2003, sur la scène de l'Auditorium de Saint-Germain à Paris. Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Non, tu n'as pas de nom". En 1974, Anne Sylvestre défend le droit à l'avortement grâce à cette chanson au texte sans équivoque. "Tu ne seras pas mon centre / Que savent-ils de mon ventre / Pensent-ils qu'on en dispose / Quand je suis tant d'autres choses", chante-t-elle sur les accords de sa guitare. Un an après, la loi Veil était adoptée à l'Assemblée nationale et l'interruption volontaire de grossesse légalisée.

Anne Sylvestre, née Anne-Marie Beugras, est décédée mardi 1er décembre à l'âge de 86 ans. Célèbre pour ses Fabulettes pour enfants, elle s'est aussi, tout au long de sa carrière, intéressée aux faits de société et aux droits des femmes, se revendiquant elle-même chanteuse "féministe". Dès ses débuts sur la scène d'un cabaret parisien, elle fait ainsi partie des premières femmes à écrire et composer leurs propres chansons. 

Jusque-là toutes les chansons sur les femmes étaient écrites par des hommes

Anne Sylvestre
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"Jusque-là toutes les chansons sur les femmes étaient écrites par des hommes et les chansons chantées par des interprètes femmes étaient écrites par des hommes, c'est-à-dire qu'elles disaient ce qu'ils avaient envie d'entendre, disait-elle il y a trois ans dans un entretien diffusé dans l'émission Entrée Libre sur France 5. Non tu n'as pas de nom, je l'ai écrite parce que je me disais 'qu'est-ce que tous ces vieux birbes ont à parler de notre ventre ?' Enfin, ils ne savent pas !"

"Une sorcière comme les autres"

Un engagement féministe qui résonne dans les textes d'une large partie de son répertoire. Parfois avec humour comme dans La Faute à Eve (1979) ou davantage de gravité dans Douce Maison (1979). 

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Dans ce dernier morceau, qui sonne très contemporain, elle dénonce les violences sexuelles et la culpabilisation des femmes victimes : "Si j'ai raconté l'histoire de la maison violentée, / C'est pas pour qu'on puisse croire qu'il suffit de s'indigner. / Il faut que cela s'arrête, on doit pouvoir vivre en paix, / Même en ouvrant sa fenêtre, même en n'ayant pas de clé". Dans le même opus, baptisé J'ai de bonnes nouvelles, elle dénonce les injonctions à la minceur avec Ronde Madeleine ou les rivalités construites entre femmes dans Frangines. Deux thèmes toujours d'actualité à l'heure de la sororité.

Au total, Anne Sylvestre aura écrit et composé plus de six cents chansons dénonçant la condition des femmes (Une Sorcière comme les autres, 1975), mais aussi le comportement des hommes infidèles (Petit bonhomme, 1977), la répartition inégalitaire des tâches domestiques (La Vaisselle, 1981) ou les stéréotypes de genre dont sont victimes les enfants (Xavier, 1986).

Un engagement contemporain

Plus récemment, Anne Sylvestre s'est illustrée avec la chanson Juste une femme (2013) inspirée de l'affaire DSK - qu'elle ne nomme par directement. La même année, sa chanson Gay marions-nous connaît un franc succès lors des débats sur le mariage pour tous. Écrite six ans auparavant, en 2007, celle-ci raconte l'histoire d'un couple de femmes désireuses de se marier. À propos des opposants de La Manif Pour Tous, elle déclare à Têtu en 2017 : "Je suis écœurée, c’est honteux, ridicule."

Dans ce même entretien, elle reprenait les personnes qui l'accusaient de refuser le qualificatif "engagée" dans son morceau Chanson dégagée (1968). "La personne qui a parlé de la chanson dégagée ne l’a pas écoutée, car elle est engagée bien sûr ! (...) Dès que quelqu’un dit une connerie, les autres la reprennent. Chanson dégagée, je l’ai écrite car tous les "grateux" qui chantaient des chansons nulles en se prétendant engagés m’énervaient".

Un héritage féministe

Aujourd'hui les hymnes féministes d'Anne Sylvestre sont repris dans les manifestations et nourrissent la culture des militantes. Beaucoup d'entre elles saluent d'ailleurs sa mémoire, ce mardi 1er décembre, en partageant leur "tristesse". 

Du côté du gouvernement, la ministre déléguée à l'égalité femmes-hommes, Élisabeth Moreno a rendu hommage à son parcours. "Ses chansons ont bercé l'enfance de nombre d'entre nous", a-t-elle écrit sur Twitter, citant un de ses derniers morceaux, Écrire pour ne pas mourir. Dans ce dernier, Anne Sylvestre chantait : "Je voudrais que ces mots qui me sont une fête / On ne se dépêche pas d'aller les oublier". Des paroles qui résonnent aujourd'hui d'une sonorité toute particulière.

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