2 min de lecture langue française

"For intérieur" et "belle lurette" : l'histoire derrière ces expressions

Il est des mots qui ne sont venus jusqu’à nous que grâce à une expression française ancienne qui leur a permis de ne pas disparaître. Muriel Gilbert nous fait découvrir deux d’entre eux…

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"For intérieur" et "belle lurette" : l'histoire derrière ces expressions Crédit Image : Pixnio/pics_pd | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert

Les expressions, amis des mots, c’est mon dada. "Le plancher des vaches", "le septième ciel", "dorer la pilule"… Ce sont des délices de poésie qui permettent, quand on les décrypte, de revisiter l’histoire de la langue et notre histoire tout court, même s’il n’est pas rare que leur origine se perde dans la nuit des temps et que les spécialistes ne soient pas unanimes sur celle-ci. Vous en découvrirez quantité d’exemples dans un nouveau hors-série formidable du magazine Lire sur "Les 1001 expressions préférées des Français".

Pour allier étymologie, petite histoire et orthographe, j’ai choisi de vous parler d’expressions qui comportent des mots que nous n’utilisons plus que pour elles, ce qui bien souvent génère des erreurs de sens, mais surtout d’orthographe.

Par exemple ? Eh bien, "en mon for intérieur", amis des mots, je me demande comment vous écrivez ce for-là ? En effet, ce for ne s’écrit pas F.O.R.T comme je le vois parfois, sans doute parce qu’on l’assimile à un château fort intérieur. Il s’écrit F.O.R. Pourquoi ? Parce que, comme l’explique le magazine, il est issu du latin "forum", qui, bien avant les forums d’Internet, "désignait un lieu public, place ou marché, où se discutaient les affaires publiques et privées, ce qui explique que ce mot ait aussi pris le sens de 'tribunal', lieu où était rendue la justice".

For est donc arrivé en français avec ce sens de "tribunal" au début du XVIIe siècle, en ne s’appliquant d’abord qu’aux tribunaux ecclésiastiques. "Quant au for intérieur, il désignait à l’époque ce que l’on appelait 'le tribunal intime de la conscience', chacun jugeant (…) ses propres actes selon (…) sa conscience." Et aujourd’hui, le mot for avec cette orthographe ne s’emploie plus que dans cette expression ! C’est même grâce à elle que nous en avons gardé la trace.

"Il y a belle lurette"

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Tenez, c’est un peu la même chose, pour l’expression "il y a belle lurette". Lurette n’existe en français que dans cette expression, mais c’est pour une raison différente : la vérité, c’est que ce mot n’a jamais existé. Il est arrivé par erreur, par déformation de l’expression d’origine qui était "il y a belle heurette" (comme une "petite heure").

Le sens était "il y a une bonne petite heure". "L’expression telle que nous la connaissons est attestée dès 1877", c’est donc à ce moment-là qu’on s’est mélangé les pédales, et qu’on a créé cette "lurette" qui ne vient de nulle part. Encore une erreur qui a réussi à s’installer dans notre langue et dans nos dicos ! Joli, non ?

Et pour fêter les bonnes blagues de l’orthographe, j’attends les amis des mots de Toulouse pour lancer ensemble ce soir à 19 heures la Nuit de la lecture à la librairie L’Autre Rive avec une dictée rigolote où il est permis de copier sur son voisin !

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