2 min de lecture Orthographe

Devra-t-être ou devra pas-t-être ? Que faut-il dire ?

Les règles qui régissent les liaisons sont diaboliquement compliquées. Muriel Gilbert revient sur quelques erreurs courantes.

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Devra-t-être ou devra pas-t-être ? Que faut-il dire ? Crédit Image : RTL | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert édité par Florine Boukhelifa

Guy, de Manosque, m’a adressé un courrier furibard par lequel il entend "dénoncer le plus vigoureusement possible un phénomène lexical : le barbarisme devra-t-être, utilisé selon lui de plus en plus fréquemment par les journalistes et par les responsables politiques". Il l’a notamment entendu plusieurs fois "au cours de l’un de ses discours télévisés" par "Christophe Castaner, alors ministre de l’intérieur, qui a déclaré à deux reprises : Cela devra-t-être (fait ou respecté, peu importe)".

Au lieu de "cela devra être", bien sûr, puisque devra se termine par un A, non par un T. Cette erreur, qu’on appelle un cuir, qui consiste à ajouter un T inexistant entre deux mots, se produit sans doute par contagion avec d’autres formes du verbe devoir : devait être, devrait être, ou encore devront être, avec la liaison puisque devait, devrait ou devront se terminent, eux, par un T. Rappelons en effet que faire une liaison, c’est prononcer la consonne finale d’un mot qui d’ordinaire est muette, avec la voyelle initiale du mot suivant. Quand on dit "c’est mon croissant", on n’entend pas le n final de "mon", mais on l’entend dans "c’est moN orange" (car, à la différence du croissant, l’orange commence par une voyelle).

Peut-être que ceux qui font cette liaison fautive, "devra-t-être", pensent que devra se finit par un T… Là, la roue de secours, c’est le site leconjugueur.lefigaro.fr. Vous saisissez votre verbe dans la petite case en haut à gauche et hop, il vous le conjugue à tous les temps, tous les modes. Super pratique. Et vous verrez qu’il devra s’écrit sans T ! Ah, et tant que j’y suis, Fifi, de Paris, m’a écrit, sur  : "Julien Courbet dit toujours il est-T-onze heures, alors que je viens de lire dans votre livre Encore plus de bonbons sur la langue : on ne doit pas faire la liaison avec les chiffres."

Les liaisons interdites

En effet, on ne dit pas davantage "il est t-onze heures" qu’on ne dit "il est t’huit heures". Mais les liaisons sont une affaire très complexe, et tenez, j’en profite pour rendre hommage à un petit bulletin trimestriel rédigé par des amoureux niçois de la langue française, qui s’appelle Le Nénuphar. Il relevait récemment une erreur de liaison que je ne connaissais pas moi-même : Isabelle Balkany aurait remarqué, lors d’un conseil municipal de Levallois-Perret qu’une élue d’opposition avait "toujours z’eu un humour débridé".

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"Toujours z’eu", c’est donc une liaison interdite, ce qu’on appelle un velours, une erreur en Z. Car effectivement, après certains mots qui se terminent par deux consonnes dont une seule est sonore, tels que tard, tort, part ou toujours, on ne pratique pas la liaison. De même qu’on ne dit pas "mon mari part T-à la boulangerie", on ne dit pas "j’ai toujours z’eu un faible pour les croissants".

Les liaisons, c’est vraiment un truc infernal ! N’hésitez pas à ouvrir vos grimoires pour aller vérifier quand vous avez un doute.

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