2 min de lecture Littérature

Comment différencier "héros", "héraut", "Hérault"… et "héroïne"

Pourquoi dit-on "les Héros" mais "les Z’héroïnes" ? Muriel Gilbert fait la lumière sur un caprice surprenant du H aspiré…

Un bonbon sur la langue - Un bonbon sur la langue Muriel Gilbert iTunes RSS
>
Comment différencier "héros", "héraut", "Hérault"... et "héroïne" Crédit Image : Karen BLEIER / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert

Amis des mots, ce dimanche, nous allons parler de héros et d’héroïnes… Quoi de mieux que de profiter de ces temps de confinement pour bouquiner. C’est ce que fait Danielle, une de nos auditrices au goût particulièrement sûr, puisqu’elle m’écrit : "Je suis plongée avec délectation dans votre ouvrage Un bonbon sur la langue, et plus précisément dans le chapitre concernant le H, aspiré ou non. Je me suis toujours étonnée de la différence de traitement entre les deux mots pourtant si proches : héros et héroïne. Pourquoi dit-on 'les héros' (sans liaison) mais 'les zéroïnes' ?".

J’adore l’explication rigolote de cette bizarrerie de la langue. Héros nous vient du grec ancien heros, "chef de guerre", en passant par le latin où le mot désignait un "demi-dieu", puis par extension un "homme de grande valeur". Il est arrivé en français sous la même forme, avec ce h que l’on appelle muet, c’est-à-dire que, à la différence du h dit "aspiré", c’est comme si ce h n’était pas là : on fait la liaison avec le mot précédent et on pratique l’élision comme avec une voyelle.

Eh oui, à l’origine, on disait "l’héros", "un n’héros", "des z’héros" Et vous avez peut-être deviné le problème : "des z’héros", ça sonne comme des "zéros", le chiffre 0. Pour qualifier des personnages exceptionnels, un chiffre qui veut dire "rien du tout", ça tombe plutôt mal ! L’Académie française l’explique d’ailleurs sur son site, en réponse à une correspondante qui s’inquiète de savoir si elle doit dire "des guerriers z’héroïques" ou "des guerriers Héroïques".

La réponse de l'Académie française

Et que répond la Coupole ? Que le h d’héroïque est muet. L’histoire, c’est que celui de héros est devenu aspiré "à l’apparition du mot zéro, pour éviter la liaison et le calembour les (z)héros / les zéros. L’aspiration n’a pas été étendue aux autres mots de cette famille : héroïne, héroïque, héroïsme, etc., puisqu’il n’y avait pas de risque de confusion. » Et voilà, tout bêtement : le zéro étant apparu en français au XVe siècle, le héros a dû rapidement se doter d’un h aspiré – mais pas l’héroïne !

À lire aussi
Joel Dicker sur RTL le mercredi 27 mai littérature
Joël Dicker sur "L'énigme de la chambre 622" : "Je voulais emmener les lecteurs en Suisse"

Ah, ça me rappelle une autre anecdote. J’ai corrigé récemment, dans la rubrique nécrologique du Monde, un "hérault flamboyant de la République". Mais ça, c’est le département de l’Hérault ! Ce que le rédacteur voulait écrire, c’est un troisième mot qui se prononce "éro", plutôt rare et littéraire, c’est celui qui s’écrit HERAUT (sans L avant le T mais avec un h aspiré : le héraut) et qui désigne un messager, un prophète. A la différence de l’Hérault, le département, qui lui prend un H muet. Ah tiens, tous ces Héros et ces z’héroïnes, ça me donne envie de passer des heures de confinement douillettes à raconter des histoires à des enfants ! Pas à vous, amis des mots ?

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Littérature Mots Orthographe
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants