1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. Variole du singe : chez LR, la petite phrase d'Aurélien Pradié réveille des animosités
8 min de lecture

Variole du singe : chez LR, la petite phrase d'Aurélien Pradié réveille des animosités

RÉCIT - "Une honte pour les singes !" Avec cette petite phrase, le député aux grandes ambitions vient-il de se tirer une balle dans le pied ?

Pierre-Henri Dumont, Aurélien Pradié, Sandrine Rousseau et Maxime Minot
Pierre-Henri Dumont, Aurélien Pradié, Sandrine Rousseau et Maxime Minot
Crédit : AFP / Montage RTL.fr
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

Chez les Républicains, on veut vite - très vite - passer à autre chose. La petite phrase du député Aurélien Pradié sur la variole du singe, prononcée en réaction à une question de Sandrine Rousseau en pleine Assemblée, continue de faire des remous. La députée écologiste interpellait le gouvernement sur la question de campagne vaccinale poussive contre la variole du singe. Alors qu'elle évoquait la dénomination même de "variole du singe" qui pourrait, selon la députée, amplifier la stigmatisation des personnes infectées, Aurélien Pradié a lancé : "C’est surtout une honte pour les singes !"

La phrase, contestée, a été une bombe à retardement. Et pour cause : beaucoup ne l'ont pas entendue. C'est dans le compte-rendu officiel des débats, publié quelques heures après cette saillie, que le grand public découvre ces mots. Immédiatement, c'est l'incompréhension et la colère qui envahissent les réseaux sociaux. 

Aurélien Pradié a tout d'abord opté pour la contre-offensive auprès de RTL. Sa réponse tenait en deux arguments : il n'aurait pas prononcé cette phrase et il serait la victime d'une instrumentalisation de Sandrine Rousseau qui a immédiatement demandé des sanctions au titre "de l'homophobie manifeste de cette remarque". Les huissiers de l'Assemblée qui rapportent les propos (même discrets) des députés auraient-ils mal entendu ? Sandrine Rousseau a avoué ne pas avoir entendu la phrase. Une source de RTL, présente au moment des débats, confirme la sortie telle que rapportée. Le principal intéressé reconnaissait une phrase sur les singes "mais pas exactement dans ces termes" et surtout "pas avec le sens qu'on veut lui donner"...

Quelle phrase a vraiment été prononcée ?

Ce flou artistique a donné naissance à des excuses en demi-teinte. "Il ne peut pas s'excuser de quelque chose qu'il n'a pas dit", avance son collègue des Républicains, Pierre-Henri Dumont auprès de RTL. "Ce que j'ai voulu dire, c'est que je ne comprenais pas pourquoi on affublait cette maladie du nom d'un animal, mais jamais de la vie je n'ai voulu exprimer un lien entre les singes et une orientation sexuelle", a argumenté Aurélien Pradié. Si une seule personne a été blessée par cette manipulation qui a été faite de mes propos et cette interprétation fausse, j'en suis incroyablement triste et profondément désolé", a-t-il répété dans les colonnes du Figaro

À écouter aussi

Voilà pourquoi Aurélien Pradié ne présenterait pas pleinement ses excuses, préférant une formule périphrastique qui n'arrive pas vraiment à éteindre le feu de la polémique sur les réseaux sociaux : "À ceux qui ont pu le croire et être blessés, je dis ma profonde tristesse".

Sur les bancs des Républicains, des proches d'Aurélien Pradié corroborent sa version. "Il n'a pas dit les mots qu'on lui prête, insiste Pierre-Henri Dumont. Jamais. Il a dit 'c'est emmerdant pour les singes', quelque chose comme ça. Une blague par l'absurde lancée à l'endroit de Mme Rousseau qui se prend pour la gardienne du temple du Wokistan [référence à la pensée "woke" qui caractérise certains courants progressistes, anti-racistes, féministes et pro-LBGTQ+]. Mais dans le compte-rendu on fait attention au niveau de langage, on n'écrit pas 'emmerdant', la phrase a été changée". 

Il aurait dû être plus attentif

Maxime Minot, député LR

Un autre député LR, Maxime Minot, lui aussi, dit avoir entendu cette version avec le mot "emmerdant". "Il n'y avait rien d'homophobe dans sa remarque, confie-t-il. Je le sais parce que je le connais", dit-il. Mais Maxime Minot, l'un des rares députés de sa famille politique ouvertement homosexuel, avait bien perçu le danger de la remarque d'Aurélien Pradié. "Quand je l'ai entendue, je lui ai dit : 'T'es con avec ta blague, ça peut être très mal interprété'. Et ça n'a pas raté."

Lors d'un dîner le soir-même, les deux députés évoquent ce moment et envisagent la polémique qui naîtra effectivement, le lendemain. "Il était hyper mal, très inquiet, parce qu'il n'est pas homophobe et il n'avait aucunement l'intention de blesser qui que ce soit. Ça va à l'encontre de ses valeurs. (...) Je lui ai dit qu'il aurait dû être plus attentif. On est vraiment sur une maladresse".

Une théorie, celle de l'incompréhension, pourrait éventuellement éclairer la situation. Aurélien Pradié aurait mal compris les arguments soulevés par Sandrine Rousseau sur le moment. L'écologiste évoquait le nom de "variole du singe" qui, en plus d'être sans fondement scientifique, peut contribuer à stigmatiser les malades. "Hier, je me suis rendue au grand centre de vaccination, le vaccinodrome, contre la variole dite du singe, terme que je n’emploierai plus puisqu’il contribue à la honte que peuvent ressentir les personnes infectées qui hésitent à se faire dépister", disait-elle. Aurélien Pradié pourrait avoir lancé sa petite invective en pensant que la députée cherchait à mettre en avant, d'abord, la dignité des singes, animaux injustement liés à cette infection.

En effet, certains débats sur la cause animale, peuvent hérisser des poils à droite. On se souvient de l'élue du Parti animaliste de Paris, Douchka Markovic, qui préférait le terme de "surmulot" à celui de "rat" pour parler des animaux qui peuplent les rues de la capitale. Un terme "moins connoté négativement", expliquait-elle, recueillant par là même les ricanements de l'opposition parisienne. "Aurélien [Pradié] s'est peut-être dit qu'elle nous emmerdait avec d'autres 'surmulots'... D'où son agacement. Et puis on n'entend rien quand Mme Rousseau parle, il y a toujours un insupportable brouhaha, elle crie... Mais je pense que nous sommes sur une simple maladresse, une faute d'inattention", tempère Maxime Minot.

La faute à l'ironie

"C'était une blague par l'absurde, renchérit Pierre-Henri Dumont. Une façon de balayer par le sarcasme l'argument de Sandrine Rousseau. Le problème principal n'est pas le nom de la maladie, ce n'est pas la priorité. Pas une personne au monde ne peut soupçonner [Aurélien Pradié] d'être homophobe, pas après tout son travail sur les discriminations, l'égalité homme-femme, le handicap..."

Le député LR du Pas-de-Calais préfère incriminer Sandrine Rousseau sur cette affaire : "Plutôt que de prendre contact avec Aurélien Pradié, pour se faire confirmer s'il avait dit cette phrase, elle se fait le porte-voix des réseaux sociaux. Elle aurait pu dialoguer, vérifier, avant de se lancer dans des rappels au règlement. (...) Personne ne dit que la phrase était très intelligente, elle est même plutôt bête, concède-t-il. Mais ce n'était que de l'ironie et l'ironie, on ne la perçoit pas par écrit".

Qui veut la peau d'Aurélien Pradié ?

"Aurélien Pradié, homophobe", c'est une image qui, selon ses collègues, ne tient pas. Mais un peu plus loin dans la galaxie des Républicains, d'autres sortent les couteaux. Aurane Reihanian, l'ancien président des Jeunes Républicains et désormais élu local ne veut pas laisser passer l'occasion de régler quelques comptes. 

"L’homophobie est un mal qui ronge toujours notre société, écrit-il dans un communiqué. Ces dernières semaines, de trop nombreux responsables politiques se sont adonnés à des propos à caractère homophobe (...). Les propos stigmatisants d’Aurélien Pradié auraient pu être prononcés, mot pour mot, par Jean-Marie Le Pen. Un responsable politique ne devrait pas dire cela. De tels propos peuvent constituer une infraction grave et déshonorante pour celui qui les prononce. À l’aube de l’anniversaire de la loi Badinter du 4 août 1982 qui abrogeait le 'délit d’homosexualité', ces propos ont un retentissement si particulier… Je le dis au candidat à la présidence de notre mouvement Aurélien Pradié : ne faisons plus preuve d’esprit ringard, la droite doit enfin devenir moderne !"

Associer Aurélien Pradié à Jean-Marie Le Pen, la démarche a l'avantage d'être directe à défaut d'être subtile. Mais la fin de ce communiqué semble expliquer les véritables raisons de cette critique : la présidence du parti. Aurélien Pradié a, en effet, quelques ambitions qui pourraient lui valoir des ennemis en interne. S'il n'a pas encore postulé pour succéder à Christian Jacob, certains le verraient bien à ce poste. Et cette polémique pourrait bien percuter cette trajectoire vers le sommet initiée par le député de 36 ans.

Une critique... mal placée

Aurane Reihanian n'est pas un inconnu chez Les Républicains. Il se définit comme un proche de Laurent Wauquiez (qui a renoncé à conquérir la présidence) et ne fait pas vraiment l'unanimité en interne. Ces attaques et cette polémique ne sont, pour Maxime Minot, certainement pas suffisante pour atteindre la respectabilité d'Aurélien Pradié ou éteindre les ambitions de ce dernier. "Il [Aurane Reihanian] se bat contre l'homophobie ? Il faudrait qu'il en parle à Laurent Wauquiez...", ironise Maxime Minot.

Laurent Wauquiez est, en effet, plutôt le tenant d'une droite conservatrice, très opposée à la loi Taubira sur le mariage pour tous par exemple. Aurane Reihanian avait, quant à lui, déclaré en 2017 auprès de Libération que "les enfants nés de la PMA ne devraient même pas exister" avant de s'excuser : "Mes propos tels que retranscrits ont pu choquer voire blesser certains lecteurs. Je le regrette très sincèrement car telle n'était pas mon intention." Des "excuses" qui entrent en résonance avec celles d'Aurélien Pradié... Le jeune homme est-il bien placé pour se positionner en donneur de leçon aujourd'hui ? "Aurane Reihanian n'a aucun mandat. Il ne représente personne", tranche Pierre-Henri Dumont.

"Sortez les doses et piquez !"

Cette polémique devrait tranquillement s'éteindre avec le début des vacances estivales pour nos parlementaires. L'occasion de méditer sur les polémiques très vives de ces premières semaines de la nouvelle législature. Peut-être resurgira-t-elle au moment de réfléchir à une éventuelle sanction pour le député à la rentrée, ou cet hiver lorsque la présidence du parti sera en jeu... Reste à savoir si cette étiquette sulfureuse va rester collée au dos d'Aurélien Pradié. Dans un registre similaire, les ministres Caroline Cayeux, Christophe Béchu et, plus largement, tous les élus s'étant positionnés contre le mariage pour tous ou la PMA pour toutes continuent de traîner certaines déclarations et votes comme des boulets.

Aurélien Pradié mise pour l'heure sur l'action plutôt que sur des excuses plus franches et élaborées pour faire oublier la polémique. "Quand le déversement de haine prendra fin, une urgence restera : à cette heure à Paris, Marseille, on ne peut pas prendre de rendez-vous Doctolib pour la vaccination contre la variole du singe. Depuis 48h, ce scandale-là n'intéresse plus personne. La calomnie oui. L'essentiel non", a-t-il tweeté. Les Républicains s'emparent opportunément de cette question, menés notamment par le monsieur santé des LR, Philippe Juvin qui exige du gouvernement plus de transparence et d'efficacité sur la campagne vaccinale poussive actuelle. 

"La priorité, c'est vraiment de ne pas rééditer les erreurs de la période Covid, renchérit Maxime Minot auprès de RTL. Il faut arrêter la stigmatisation des gays, des bis... qui sont contaminés. Il faut communiquer. Dire au gouvernement : sortez les doses et piquez !", conclut-il. Il faut dire que le député de 35 ans, qui a milité un peu seul contre tous de son parti pour la PMA pour toutes par exemple, ne cherche pas simplement à taper sur le gouvernement ou à éteindre une polémique.

La rédaction vous recommande
À écouter aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire