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Variole du singe : Aurélien Pradié (LR) parle de "honte pour les singes" et provoque l'émoi

La petite phrase du député, lancé pendant une question de Sandrine Rousseau au Parlement a suscité l'indignation. Le principal intéressé s'explique.

Aurélien Pradié et Sandrine Rousseau
Aurélien Pradié et Sandrine Rousseau
Crédit : AFP / Montage RTL.fr
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

C'est une petite phrase que beaucoup ont découvert en lisant le compte rendu de séance de l'Assemblée nationale du 2 août 2022. La députée Sandrine Rousseau interpellait la Première ministre et le ministre de la Santé sur la question de campagne vaccinale contre la variole du singe. Alors qu'elle évoquait la dénomination même de "variole du singe" qui pourrait, selon l'écologiste, amplifier la stigmatisation des personnes infectées, le député Les Républicains Aurélien Pradié a lancé : "C’est surtout une honte pour les singes !"

La déclaration, repérée ce 3 août sur les réseaux sociaux, a suscité l'indignation. "Homophobie ordinaire", "#CesGensLà [en référence aux propos de Caroline Cayeux] nous ferions honte aux singes", "Aurelien Pradié affirme que les singes doivent avoir honte d'être associés aux personnes infectées par la variole du singe (qui touche majoritairement pour le moment les hommes gays et bi) #PradiéDémission"... L'incompréhension et la colère dominaient face à cette déclaration. 

Sandrine Rousseau a, elle-même reconnu ne pas avoir entendu cette phrase lors de sa prise de parole. "Je ne l’avais pas entendu dans le brouhaha du moment. Aurelien Pradié, vous devez vous excuser. Je vais saisir la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet, écrit-elle sur Twitter. Sanction demandée contre Aurelien Pradié pour homophobie suite à ses propos sur le Monkey Pox [nom anglais de la variole du singe] en hémicycle. L'homophobie est un délit. Ne rien laisser passer."

La contre-attaque d'Aurélien Pradié

Le principal intéressé, contacté par RTL, préfère la contre-attaque à la contrition. "Je n'ai pas tenu ces propos. Mme Sandrine Rousseau venait de faire un long développement sur le nom de la variole du singe et, je ne sais plus ce que j'ai dit exactement mais je pense avoir dit que 'le sujet n'était pas le nom de la maladie', se défend-il. Le sujet n'est pas l'honneur des singes mais des personnes affectées par la variole. Le terme variole est déjà suffisamment stigmatisant comme ça pour les personnes infectées. D'ailleurs, ce n'est pas un sujet qui concerne les seuls hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, mais la population dans son ensemble".

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Et Aurélien Pradié de continuer : "En aucun cas je n'ai eu de propos homophobe, en aucun cas, a-t-il confié à RTL. Et j'apprécie assez peu la méthode. Je trouve insupportable la posture de donneuse de leçons, d'inquisitrice de Mme Rousseau qui devrait aussi s'occuper des problèmes dans son camp [en référence au conflit entre la députée et Eric Coquerel dont elle a demandé la mise en retrait]."

Interrogé une nouvelle fois sur le caractère blessant de sa phrase et les réactions sur les réseaux sociaux, Aurélien Pradié concède : "Je ne pense pas avoir dit ça. Du moins, pas avec l'intention qu'on me prête. Si je pensais une chose pareille, on le saurait. Je n'ai jamais été homophobe et je n'ai jamais tenu de propos de ce genre. Mais si cette phrase a blessé qui que ce soit, bien sûr que je le regrette."

Après le rappel au règlement de Sandrine Rousseau qui appelait à sanctionné Aurélien Pradié, le député LR a répondu sur Twitter : "Je lutterai toujours contre l’homophobie et toutes formes de discriminations. Toujours. Imaginer une seule seconde que j’ai voulu dire une chose pareille est à vomir. À ceux qui ont pu le croire et être blessés, je dis ma profonde tristesse. Le respect de tous, c’est ma vie."

Un nom jugé stigmatisant par les scientifiques

Une trentaine de scientifiques, avait demandé, en juin, "une nomenclature [de la variole du singe] qui ne soit ni discriminatoire ni stigmatisante" et qui permettrait de rendre compte de la réalité actuelle de l'épidémie. Selon le virologue Oyewale Tomori, à l'origine de cette demande, la maladie n'est même pas liée aux singes" : "le nom variole du singe est trompeur". Cette appellation est en réalité une création de chercheurs danois qui ont découvert la maladie, dans les années 1950, dans leur laboratoire, chez les singes. Elle s'attrapait pourtant principalement par les rongeurs.

Le chercheur Moses John Bockarie indique lui aussi le caractère stigmatisant de l'expression "variole du singe" car "les singes sont généralement associés aux pays du Sud, en particulier l’Afrique". Le continent a souvent été ciblé comme le foyer de nombreuses maladies. L'épidémiologiste Oliver Restif poursuit : "On a surtout vu ça avec le sida dans les années 1980, Ebola lors de l’épidémie de 2013, puis avec la Covid et les supposés "variants sud-africains". L'épidémiologiste regrettait également les "vieilles photographies de patients africains" pour illustrer les articles, alors que les cas actuels "sont bien moins graves".

Depuis la propagation de cette maladie en Occident et particulièrement auprès d'hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes ou des travailleurs du sexe (populations prioritaires pour avoir accès au vaccin en France par exemple), les associations notent un regain des attaques homophobes. "Nous avons reçu des appels pour nous expliquer que nous étions des démons. Et que même si nous avions 'dépassé' le Sida, d’autres malédictions devraient encore s’abattre sur les homosexuels", expliquait le community manager de Stop Homophobie auprès de nos confères de Numerama. 

L’ONUSIDA a publié dès le mois de mai un communiqué pour alerter sur "la rhétorique stigmatisante qui met en péril la santé publique" et a dit "son inquiétude à l’égard de la rhétorique et des images utilisées dans certains rapports et commentaires publics sur la variole du singe, en particulier sur le portrait dressé des personnes LGBTI et d’origine africaine." L'organistaion a aussi signalé que cette "démarche renforçait les stéréotypes homophobes et racistes et exacerbait la stigmatisation."

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