4 min de lecture Réforme des retraites

Retraites : Berger, nouvel opposant à Macron, juge la réforme "plombée"

DÉCRYPTAGE - Favorable à une réforme du système de retraite, le numéro un de la CFDT est devenu l'un des principaux opposants au projet de réforme des retraites d'Emmanuel Macron. Une relation de confiance qui s'est peu à peu brisée, depuis le début du quinquennat.

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, le 25 novembre 2019
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, le 25 novembre 2019 Crédit : ERIC FEFERBERG / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

La volonté est claire : Laurent Berger demande au gouvernement de "revenir en arrière" sur l'âge d'équilibre. C'est ce point précis qui a déclenché une levée de boucliers de la part des syndicats, après le discours ce mercredi 11 décembre d'Edouard Philippe sur les détails de la réforme des retraites

Ainsi, le Premier ministre a indiqué que les Français nés avant 1975 "ne seront pas concernés" par le futur système universel de retraites, mais a précisé que le gouvernement voulait mettre en place dès 2022, soit à partir de la génération née en 1960, un "âge d'équilibre" qui atteindra 64 ans en 2027. Les Français auront toujours la possibilité de partir à la retraite à 62 ans, actuel âge légal de départ. 

Sur RTL, Laurent Berger avait expliqué, le 4 décembre dernier, que "s'il y a une moindre mesure d'allongement de temps du travail qui est annoncé dans ce projet de loi, la CFDT s'y opposera". 

L'âge d'équilibre, un point non-négociable pour la CFDT

C'est donc chose faite : le numéro un de la CFDT appelle les Français à se mobiliser et à manifester le 17 décembre prochain. Invité du Journal Télévisé de France 2, Laurent Berger a fait preuve de fermeté face au gouvernement. "La CFDT veut que le gouvernement revienne en arrière sur cette mesure paramétrique (l'âge d'équilibre, ndlr (...) Nous ne voulons pas ces mesures d'économies qui visent à faire travailler les gens plus longtemps (...) Cette réforme est plombée". 

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Si la parole de Laurent Berger était tant attendue, au terme d'une journée décisive dans le quinquennat d'Emmanuel Macron, c'est parce que la CFDT est favorable à une réforme des retraites avec une fin des régimes spéciaux. Contrairement à la CGT qui, elle, demande un retrait pur et simple du projet présenté par Edouard Philippe. 

"La CFDT ne sera jamais l'adversaire d'une réforme universelle du système des retraites. Ce qui nous a mis en colère, c'est que le gouvernement a demandé dès 2022 plus aux travailleurs. Parce qu'il veut faire des économies. Les gens nés à partir de 1960, travailleront plus longtemps pour avoir une retraite à taux plein", a déclaré Laurent Berger sur France 2. 

Une confiance rompue entre Berger et Philippe

Le secrétaire générale de la Confédération ne mâche pas ses mots à l'encontre du gouvernement. "À force de faire du 'en même temps', on fait mal du 'moitié-moitié', dénonce Laurent Berger qui estime que le gouvernement s'est emmêlé les pinceaux", déclare-t-il. Des propos qui peuvent créer la surprise, car Laurent Berger était muet depuis le 5 décembre. Désormais, la confiance semble être rompue entre le gouvernement et le premier syndicat dans le public et dans le privé, et ce en dépit de la présence d'un ancien CFDT, Philippe Grandjeon, parmi les conseillers élyséens. Après la réaction irritée de Laurent Berger, le Premier ministre a assuré que "sa porte était ouverte" et "sa main tendue"

"La CFDT souhaitait en effet ardemment que l'exécutif revienne sur la première mauvaise manière qu'il lui a faite en juillet 2017 : écorner le compte pénibilité, une réforme made in CFDT du quinquennat Hollande. Ce compte pénibilité, devenu compte prévention, permet aux salariés du privé de cumuler des points pour partir plus tôt à la retraite", rappelle l'AFP.

En arrivant, le gouvernement a retiré quatre critères (manutention de charges lourdes, postures pénibles, vibrations mécaniques et risques chimiques), assorties de la suppression de la cotisation patronale. La CFDT avait fustigé ce changement vu comme "un droit à continuer d'abîmer la santé des salariés ayant les métiers les plus pénibles". 

Une réforme de l'assurance-chômage qui a cristallisé les tensions

Laurent Berger n'a pas été convaincu non plus par le fait qu'Édouard Philippe veuille confier la gouvernance du nouveau système de retraites aux partenaires sociaux, afin de remettre les syndicats en selle mais "sous le contrôle du Parlement". "On nous montre un chemin dont on aurait soi-disant les manettes pour le choisir. Finalement, on sait qu'on aurait un âge d'équilibre à 64 ans fixé par cette réforme", a-t-il déploré.

Autre point de crispation : l'assurance-chômage. Le gouvernement avait repris la main et imposé une réforme qui a "mis les nerfs" à Laurent Berger, comme le raconte l'AFP. "On est dans un drôle de système ! Chaque jour dans le pays, on dit 'corps intermédiaires, démocratie territoriale, démocratie sociale, laissez-nous faire'. Et quand on donne la main, on dit 'mon bon monsieur, c'est dur, reprenez-la'", avait commenté Emmanuel Macron. 

Des propos jugés comme une provocation pour les syndicats. "Rechercher des boucs émissaires peut être tentant à court terme mais contreproductif pour l'avenir", avait alors prévenu Laurent Berger.  

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