3 min de lecture Élections municipales à Perpignan

Résultats municipales à Perpignan : Aliot, frontiste historique et nouveau maire

PORTRAIT - À Perpignan, le "front républicain" en faveur du maire LR sortant a échoué à barrer la route au frontiste historique Louis Aliot. Il remporte la première préfecture et ville de plus de 100.000 habitants pour le parti depuis Toulon en 1995.

Louis Aliot (RN) a été élu maire de Perpignan, le 28 juin 2020
Louis Aliot (RN) a été élu maire de Perpignan, le 28 juin 2020 Crédit : RAYMOND ROIG / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Quatre tentatives et une élection. Louis Aliot a remporté la mairie de Perpignan, lors du second tour des élections municipales. Cadre historique du Rassemblement national, il a expérimenté avec succès dans la cité catalane une ligne plus modérée pour rassembler au-delà de son parti.  

Déjà élu en 2017 député des Pyrénées-Orientales, cet avocat de 50 ans offre au parti d'extrême droite sa première victoire dans une ville de plus de 100.000 habitants, depuis celle obtenue à Toulon (1995-2001). À Perpignan, où précarité et insécurité prospèrent, l'ancien vice-président du FN (de 2011 à 2018) a bénéficié de l'usure du maire LR sortant Jean-Marc Pujol pour s'imposer au second tour avec environ 53-54% des voix, après avoir totalisé 35,6% au 1er tour, après ses échecs de 2008, 2009 et 2014. 

Cet orateur très apprécié des militants de son parti a son franc-parler, mais au contraire de son mentor Jean-Marie Le Pen, dont il fut directeur de cabinet, pas un dérapage à mettre à son crédit lors de la campagne municipale. 

Entré au FN à 20 ans

Le député du Rassemblement national "s'est forgé à Perpignan une image différente, plus lisse que celle du RN, plus rassurante" pour les électeurs, indique Nicolas Lebourg, spécialiste de l'extrême droite et coordinateur de la chaire citoyenneté à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. "Il ne parle ni d'islam, ni d'immigration, il évite les sujets clivants. Il a un discours policé au service de la fusion des droites (entre l'extrême droite et la droite classique, ndlr). C'est un Jacobin, un conservateur compatissant, une espèce de centriste de l'extrême droite", poursuit le politologue. 

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Originaire d'Ariège, terre socialiste et département voisin des Pyrénées-Orientales, il est le fils d'un plâtrier et d'une rapatriée d'Algérie, qui faisaient partie des 0,75% de Français ayant voté pour Jean-Marie Le Pen lors de la présidentielle de 1972. Après ses études de droit à Toulouse, il s'impose comme le référent FN de la région Midi-Pyrénées, avant son implantation à Perpignan, en 2008. 

Entré au FN à 20 ans, il s'est fait remarquer au sein du parti par son activisme contre la sécession de Bruno Mégret. Il est successivement élu conseiller régional de Midi-Pyrénées (1998-2010), puis de Languedoc-Roussillon (2010-2015), député européen (2014-2017). Divorcé, père de deux enfants, il fut ensuite le compagnon de Marine Le Pen, dont il a accompagné l'ascension à la tête du FN, prônant avec elle la "dédiabolisation" du parti des accusations de racisme et d'antisémitisme. Louis Aliot partage aujourd'hui sa vie avec une Perpignanaise. 

Candidat à la tête d'une liste sans étiquette

À Perpignan, il présentait une liste sans étiquette, pour ne pas effaroucher certains de ses colistiers, gênés par le logo du Rassemblement national. Pendant la campagne des municipales, il n'a sollicité le soutien d'aucun cadre du RN. Proche de Jean-Marie Le Pen au début de sa carrière, puis de Marine Le Pen, il s'affiche plutôt aujourd'hui avec le maire de Béziers Robert Ménard, réélu dès le 1er tour. 

Jean-Marc Pujol l'accuse "d'avancer masqué et de tenter de dissimuler son appartenance à l'extrême droite" et le qualifie "d'apparatchik du FN". "Louis Aliot a beau jeu de dire qu'il va mettre fin au clientélisme à Perpignan. On oublie qu'il est mis en examen. Il est aussi contre le mariage pour tous et l'avortement", souligne l'écologiste Agnès Langevine, 14,5% au 1er tour. Elle s'est désistée au nom d'un "front républicain", qu'Aliot a qualifié "d'escroquerie". Mis en examen dans l'affaire des emplois présumés fictifs d'assistants de députés européens du parti d'extrême droite, "une affaire assez banale", selon Aliot.  

"Le FN ne peut gagner qu'en sortant du lepénisme. Aliot, pur produit du lepénisme, gagne en ayant rompu. Si sa ligne modérée gagne, ça va poser des questions au sein du parti, sur la ligne politique à mener", estime le politologue Nicolas Lebourg. Le poids de Louis Aliot s'en trouverait ainsi renforcé. Pour le sociologue Dominique Sistach, "la dédiabolisation du RN a fonctionné à Perpignan, mais cela reste un parti d'extrême droite. Ce n'est pas un parti de notables, mais il s'est fait accepter dans le paysage, c'est une nouveauté". 

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