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Présidentielle 2022 : qu'est-ce que la théorie du "grand remplacement" ?

ÉCLAIRAGE - "Je ne me résigne pas aux théories d'Éric Zemmour et de l'extrême droite", s'est défendue Valérie Pécresse, après avoir prononcé les mots de "grand remplacement" lors de son meeting parisien.

Valérie Pécresse, le 13 février 2021
Valérie Pécresse, le 13 février 2021
Crédit : Alain JOCARD / AFP
Marie-Pierre Haddad

Après le Rassemblement national et Éric Zemmour, Les Républicains ? La théorie du "grand remplacement" a fait son retour dans le débat. En meeting à Paris le 13 février, Valérie Pécresse a déclaré : "Il n'y a pas de fatalité au grand remplacement et au grand déclassement"

Face au tollé déclenché par ces propos et aux critiques estimant que la candidate LR reprend les théories de l'extrême droite, Valérie Pécresse a estimé sur RTL qu'elle ne se "résignait pas justement aux théories d'Éric Zemmour et aux théories de l'extrême droite, parce que je sais qu'une autre voie est possible". 

Lors de la campagne pour le congrès LR, la candidate Les Républicains avait quant à elle déclaré : "Je déteste cette expression car elle donne le sentiment que tout est foutu"Éric Ciotti avait lui choisi de ne pas réfuter cette théorie

À quoi renvoie l'expression de "grand remplacement" ?

Qu'est-ce que la théorie du "grand remplacement" ? Elle a été popularisée par l'écrivain Renaud Camus dans les années 2000. Ce concept polémique est basé sur le fait qu'il existe "un plan de substitution de la population, notamment en Europe, préparée et coordonnée par les élites, de migrants extra-européens", expliquait en août dernier l'enseignant et chercheur à l'université de Tours Sylvain Crépon à RTL.fr.

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Invité de RTL ce lundi 14 février, Jean-Yves Camus, co-directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la fondateur Jean Jaurès et spécialiste de l’extrême droite a expliqué que l'idée de Renaud Camus est de dire qu'il "y a un peuple et en quelques générations, il y a un autre peuple". "C’est là que les propos de Valérie Pécresse sont sans doute maladroits. Le grand remplacement, ce n’est pas quelque chose dans l’esprit de ceux qui suivent Renaud Camus qui va advenir et qu’on peut donc éviter. Selon eux, c’est une réalité déjà inscrite dans le réel", a-t-il ajouté.

Et de poursuivre : "Ce qui est vrai c’est qu’une immigration et notamment extra-européenne a augmenté depuis les années 50 (…) Est-ce que pour autant, comme Renaud Camus le dit, cela est venu à bout à la fois de notre patriotisme, de notre culture (…) non". 

Un discours complotiste

Le Monde décortiquait en 2019 le concept en deux volets. Le premier se base sur le versant démographique. "Du fait d’une immigration 'massive' et d’une fécondité plus forte, les populations d’origine extra-européennes seraient en passe de surpasser numériquement les populations 'd’origine' en Europe – et, du même coup, d’imposer leur culture et leur religion au continent", peut-on lire. 

Le journal complète en ajoutant qu'il s'agit d'une "théorie" "d'essence raciste puisqu'elle se fonde sur la question de la couleur de peau et de l'ethnie comme critère d'appartenance"

L'autre volet : la théorie du "grand remplacement" "développe un discours complotiste", ajoutait Sylvain Crepon. "Le 'grand remplacement' ne serait pas un phénomène naturel, il résulterait d’une volonté, il servirait des intérêts, note France Culture dans une émission consacrée au sujet. À la manœuvre, des forces 'remplacistes' orchestreraient l’islamisation et l’africanisation de l’Europe".

Une théorie présente au FN

En août dernier, Jordan Bardella, à l'époque vice-président du Rassemblement national, déclarait sur BFMTV : "Oui, il y a un basculement démographique qui pourrait faire craindre que la France change de visage dans quelques années et c'est déjà en train d'arriver". Interrogé sur la notion de "visage", le numéro 2 du RN a précisé qu'il "parlait de culture, de l'importation sur notre sol d'une civilisation avec qui nous ne partageons rien". 

Jordan Bardella assurait pourtant ne pas "aimer" les mots "grand remplacement". Pourquoi ? "Parce qu'il n'est pas clair". "C'est un slogan très intellectuel, mais il pointe une réalité qui est juste. Allez vous balader dans tous les quartiers où j'ai grandi, en Seine-Saint-Denis", a-t-il lancé. 

Comme le rappelle nos confrères du Monde, Renaud Camus a été condamné pour provocation à la haine en 2014. Mais sa théorie, elle, est défendue depuis de nombreuses années par le Rassemblement national. "Quand je vois Les Républicains, nous dire : 'On a un problème avec l’immigration', il y a un basculement démographique. Mais ça fait quarante ans que nous disons cela", déclarait Jordan Bardella

La candidate à la présidentielle Marine Le Pen n'a elle jamais explicitement prononcé les mots de "grand remplacement". Mais cela ne l'empêche pas d'adhérer à cette théorie et de la détailler lors de différentes interviews. "Le grand remplacement est une conception courante au Front national depuis sa création dans les années 70 et promu dans les discours de Jean-Marie Le Pen". 

C'est l'ADN du Rassemblement national

Sylvain Crepon, enseignant et chercheur à l'université de Tours

Après l'attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande en mars 2019 dont le terroriste d'ultradroite avait fait référence au "grand remplacement", la présidente du Rassemblement national déclarait sur France 3 : "D’abord, je ne sais pas, je ne connais pas cette théorie du 'grand remplacement' (…) Moi, je n’ai jamais utilisé ce terme-là". Cinq ans plus tôt, elle expliquait que "le concept de 'grand remplacement' suppose un plan établi. Je ne participe pas de cette vision complotiste".

Un tournant est néanmoins opéré en 2011. "Comment pourrions-nous nous satisfaire de voir nos adversaires poursuivre leur œuvre de ruine morale et économique du pays, de le livrer à la submersion par un remplacement organisé de notre population ?", déclarait-elle. "Marine Le Pen souscrit à l'idée. Elle est sur la même ligne que Jordan Bardella. C'est l'ADN du RN", expliquait Sylvain Crépon.

Zemmour, Dupont-Aignan

Cette thèse est aussi reprise par Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan. Dans un entretien à Valeurs Actuelles en janvier 2017, le candidat à l'élection présidentielle de 2017 assurait que "l'immigration non maîtrisée (ni sérieusement régulée à l'entrée, ni correctement gérée pour ce qui concerne les éloignements du territoire) représente un mouvement de population continu et d'ampleur qui prend une place importante et croissante dans le peuplement de la France".

Cela permet au RN de répondre à la competition avec Zemmour et ne pas se laisser doubler sur sa droite

Sylvain Crepon, enseignant et chercheur à l'université de Tours

"La théorie du grand remplacement permet au RN de se distinguer des autres partis.. Le FN et par extension le RN, oscillent entre diabolisation et dédiabolisation et donc donne des gages de normalisation et aussi revient à ses fondements pour ne pas se couper de sa base", analysait Sylvain Crepon. 

Et d'ajouter : "Cela permet aussi au RN de répondre à la compétition avec Éric Zemmour et ainsi ne pas se laisser doubler sur sa droite", conclut le chercheur à l'université de Tours.

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