4 min de lecture Présidentielle 2017

Présidentielle 2017 : pourquoi l'investiture de Hamon est déjà décisive pour le PS

ÉCLAIRAGE - Le candidat socialiste sera investi ce dimanche 5 février par le parti à la rose. Rue de Solférino, l'événement connaît un engouement plus nuancé qu'en 2011.

Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis et Benoît Hamon, le 29 janvier 2017
Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis et Benoît Hamon, le 29 janvier 2017 Crédit : Eric FEFERBERG / AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Quelques heures après les résultats de la primaire de la Belle Alliance populaire, le 29 janvier, les sourires sont crispés rue de Solférino. La poignée de main entre Benoît Hamon et Manuel Valls est très brève. Une semaine après sa victoire sans appel à l'issue du second tour du scrutin, Benoît Hamon entre dans le vif du sujet de la présidentielle. Dans la matinée de ce dimanche 5 février, le candidat socialiste sera officiellement investi par le parti à la rose à la Mutualité à Paris. Un événement, qui lancera officiellement la campagne de l'homme du revenu universel d'existence tant contesté dans son propre camp et du 49.3 citoyen.

Après sa victoire, Benoît Hamon s'est vite rendu compte que le plus dur était devant et non derrière lui. Après avoir été adoubé dans la douleur par le premier ministre Bernard Cazeneuve, d'abord, et le président de la République François Hollande, ensuite - à condition qu'il défende le bilan du quinquennat -, l'ancien ministre de l'Éducation nationale et son programme souffrent d'un manque de légitimité aux yeux de l'aile droite du PS.

Absents, les réformateurs attendent un discours "responsable"

Depuis la défaite de leur champion Manuel Valls, ils font entendre leur voix. Eux, ce sont les réformateurs. Ils sont aujourd'hui une vingtaine de parlementaires socialistes à faire valoir "leur droit de retrait" dans la campagne de Benoît Hamon. Dans leur majorité, les membres de ce pôle, emmené par Christophe Caresche (Paris) et Gilles Savary (Gironde), n'assisteront pas physiquement à la cérémonie d'investiture du candidat, mais ils la regarderont, assure l'un d'eux à RTL.fr, promettant de ne pas "chercher à mettre Benoît Hamon en difficulté".

"Il y a des mots à prononcer : rassembler et crédibiliser son programme", nous explique-t-on. "Benoît Hamon peut, vu le contexte, briguer le second tour de la présidentielle. Nous attendons donc un discours responsable." Mais chez les réformateurs, le ton est apaisé. Ils disent, par exemple, du "bien" de la décision de Benoît Hamon de ne pas céder à la pression de Jean-Luc Mélenchon. Le leader de la France insoumise exigeait du candidat socialiste qu'il fasse table rase des candidatures de Myriam El Khomri et Manuel Valls aux élections législatives de juin 2017 pour envisager un éventuel "accord de majorité".

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Pas question non plus de demander l'impossible à Benoît Hamon, en lui imposant l'exercice de la synthèse, si chère à François Hollande, mais "il ne doit pas s'enfermer dans une orientation qui exclurait en ajoutant à son programme des mesures comme le prolongement du Compte personnel d'activité."

Mieux à faire que de s'adresser à quelques grincheux

Mathieu Hanotin, soutien de Benoît Hamon
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Qu'importent les critiques, Mathieu Hanotin n'entend pas accorder des gages aux "réformateurs". Contacté par RTL.fr, le directeur de campagne de Benoît Hamon au cours de la primaire, estime que son candidat "a beaucoup mieux à faire que de s'adresser à quelques grincheux". Et d'ajouter : "J'ai toujours pensé qu'être mauvais joueur n'était pas une bonne chose."

Hormis cette réponse cinglante à ceux qu'il ne cherchera pas à retenir outre mesure, Mathieu Hanotin estime que cette investiture est le rendez-vous d'un "parti rassemblé dans la sérénité". Le rassemblement sera d'ailleurs le maître mot du discours du candidat socialiste, qui, à n'en pas douter, souhaite surfer sur sa percée dans les sondages. Pas question donc d'évoquer le revenu universel d'existence, la mesure phare du vainqueur de la primaire. Mathieu Hanotin le confirme : "Il ne s'agit pas là d'un discours programmatique."

Mathieu Hanotin préfère voir le verre d'eau à moitié plein en insistant sur la présence de Najat Vallaud-Belkacem. "C'est le contexte qui joue", expliquait en début de semaine une ministre de premier plan, interrogée par Pauline de Saint-Rémy, journaliste politique de RTL. "Avec Fillon, c’est l’inverse de Juppé : le candidat de la droite n’apparaît plus comme imbattable. Et le programme du candidat apparaît comme insupportable pour beaucoup de Français", disait-elle. Avant de conclure : "Donc il y a une appétence". Sous-entendu, une appétence pour Benoît Hamon. D'après Le Mondele socialiste pourra aussi compter sur le soutien de Christiane Taubira, qui prendra la parole. 

Jean-Christophe Cambadélis trop optimiste ?

Certains éléments jouent toutefois en la défaveur de Benoît Hamon, bien que Jean-Christophe Cambadélis ait pourtant tout prévu pour que l'investiture du socialiste se déroule sous la bienveillance des ténors de la rue de Solférino. D'après L'Opinion, le premier secrétaire du PS, avait prévu que l'investiture s'étale de 9h30 à 13h, avec une prise de parole du candidat investi à 12h30. Benoît Hamon s'exprimera au final un peu plus tôt que prévu, à 12h. Un détail.

Mais ce n'est pas tout. "Tout au long de la matinée, les orateurs se succéderont donc à la tribune. Huit minutes par allocution, pas une de plus. La direction du PS attend la présence de tous les leaders du parti mais aussi des perdants de la primaire", écrivait alors le journal. Un scénario aujourd'hui inenvisageable.

Manuel Valls, son ancien rival dans la dernière ligne droite de la primaire, sera aux abonnés absents. De même que la grande majorité des ministres les plus emblématiques, à l'image du premier ministre Bernard Cazeneuve et la ministre de l'Environnement, Ségolène Royal. Preuve s'il en est que le cœur des ministres balancent entre la fidélité au PS et le ralliement à Emmanuel Macron.

La cruelle comparaison avec l'investiture de Hollande en 2011

Certes, ce n'est pas la même primaire. Certes, cinq ans de gauche au pouvoir sont passés par là, et les plaies sont ouvertes entre majorité et frondeurs. Mais, contrairement à François Hollande, investi candidat socialiste en octobre 2011 sous les applaudissements de tous ses adversaires de la primaire sans exception, halle Freyssinet à Paris, Benoît Hamon comptera les chaises vides destinées aux ténors socialistes à la Mutualité.

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