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Perlimpinpin, "bottom up" et Jupiter... Le langage d'Emmanuel Macron décrypté

UN AN À L'ÉLYSÉE (7/9) - Son arrivée à l'Élysée marque aussi l'arrivée d'un renouveau dans le discours politique. Entre l'utilisation de mots anciens et l'emploi de mots issus du monde de l'entreprise, Emmanuel Macron cultive un style unique.

Édouard Philippe et Emmanuel Macron, le 13 juillet 2017 à l'Élysée
Édouard Philippe et Emmanuel Macron, le 13 juillet 2017 à l'Élysée Crédit : AFP / Julien de Rosa
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Un langage bien précis. Emmanuel Macron se démarque de ses prédécesseurs à l'Élysée, en voulant incarner un renouveau politique. Son arrivée à l'Élysée est synonyme de l'arrivée d'un nouveau genre à la tête de l'État. Mots anglais, expressions désuètes, ton franc... Le président de la République et ses soutiens ont développé le "langage Macron", c'est-à-dire des mots précis qui retranscrivent ses idéaux et sa volonté politique. 

En déplacement aux États-Unis, le chef de l'État avait détonné lors de sa rencontre avec des étudiants de l'université George Washington. "Je suis là pour vous, soyez directs", avait-il lancé aux Américains. Quelques semaines plus tôt, en visite en Inde, Emmanuel Macron déclarait, une nouvelle fois face à des étudiants, n'avoir "jamais essayé de trouver la solution parmi les certitudes des autres. Je me suis précipité dans le sens inverse. Voilà la leçon que je tire de mon parcours", avant d'ajouter : "Ne respectez jamais les règles !"

Des mots peu employés dans la langue française

Le mot le plus emblématique de la "macronie" est "perlimpinpin". L'expression avait été lâchée lors du débat de l'entre-deux-tours face à Marine Le Pen. Le candidat En Marche déclarait : "La fermeture des frontières, ça ne sert à rien. Il y a des pays, nombreux malheureusement, qui ne sont pas dans Schengen et qui ont été frappés par le terrorisme. Depuis novembre 2015, nous avons rétabli des contrôles aux frontières pour lutter contre les terroristes. Ce que vous proposez, comme d’habitude, c’est de la poudre de Perlimpinpin". Pour rappel, cette expression signifie "une poudre prétendument douée de vertus merveilleuses", peut-on lire dans le Larousse.

C'est ainsi que l'emploi de ce type de mots est devenu sa marque de fabrique. En novembre 2017, lors d'une interview sur TF1 et LCI, le chef de l'État avait assuré que "ce qui est croquignolesque dans le monde où nous vivons, c'est que nous finançons le logement social mais il augmente les loyers et nous finançons de l'autre côté les locataires les plus modestes par les APL. On dépense des deux côtés !"

Macron renoue avec des phrases plus longues façon De Gaulle, Pompidou et Giscard

Damon Mayaffre, chercheur au CNRS dans "Le Parisien"
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Dernier mot en date : "Carabistouille". Le mot a été utilisé à l'occasion de son interview sur TF1 face à Jean-Pierre Pernaut. "Né dans le plat pays, notent laconiques, Le Trésor de la langue française et Le Petit Robert, le mot 'carabistouille' signifie 'baliverne', 'galéjade' et 'calembredaine'. Il serait dérivé de la contraction de deux termes 'cara', dont l'origine demeure obscure, et 'bistouille', c'est-à-dire le 'mauvais alcool'. Un mot dont le suffixe '-ouille' indique un usage dans le langage argotique, voire populaire", détaille Le Figaro.

Dans Le Parisien, Damon Mayaffre, chercheur au CNRS à Nice explique que "jusqu’à la fin des années 80, avec François Mitterrand, le discours présidentiel essayait d’imiter le style littéraire. Puis il s’est mis à imiter le style populaire. Macron renoue avec des phrases plus longues façon De Gaulle, Pompidou et Giscard. On était passé de 33 mots par phrase chez De Gaulle à 20 chez Sarkozy". Dans le cas du président actuel, le spécialiste souligne un "élitisme lexical" qui "montre la valeur de sa parole et donc de son pouvoir". 

Constat fait par Julien Longhi, linguiste à l'université de Cergy-Pontoise : "L’effet produit, c’est qu’on est assez impressionné par cette maîtrise de la rhétorique. Il se pose en super patron du discours. Que ça ait un sens ou pas, c’est presque anecdotique".

De l'entreprise et de l'anglais

Justement le "super patron du discours" utilise aussi une rhétorique assimilée au monde de l'entreprise. L'Opinion soulignait en juin 2017 l'arrivée de la "culture du privé" dans "les palais de la République". Lors de la formation du gouvernement d'Édouard Philippe, chaque ministre a remis au chef du gouvernement une feuille de route. Cette dernière portait "une appellation révélatrice, dans les cabinets, de draft. Un brouillon, en Français", indique le journal. À Matignon, on expliquait cette méthode de travail comme étant du "bottom up (de bas en haut ndlr). On considère que ce n'est pas parce qu'on est tout en haut qu'on connaît mieux le projet".

Ainsi Emmanuel Macron cultive une vision "start-up nation" du pays. Comme le rappelle Les Échos, le président de la République avait indiqué que "la démocratie est le système le plus bottom up de la terre", lors de son discours sur l'intelligence artificielle". 

Ces mots avaient provoqué une vive réaction de Bernard Pivot. "Cette phrase dévalue la démocratie d'expression française", avait-il critiqué. Florian Philippot avait quant à lui reproché au président de la République un champ lexical "techno-bancaire"

En "macronie", "nombre d’élus sont issus du privé et des bancs des grandes écoles de commerce, on ne dit pas 'bénévoles' mais 'helpers', ni travail d’équipe mais 'team building'. Et l’on 'brainstorme' volontiers sur le 'draft' du 'speech' préparé en 'coworking' malgré des cabinets 'sous-staffés'", indique Le Parisien. Cette utilisation du langage de l'entreprise en anglais n'est pas une nouveauté. En 2014, lorsqu'on lui demandait s'il comptait quitter le monde de la politique, il répondait : "J'ai pivoté le business model".

La présidence jupitérienne

Autre terme associé au mandat du président de la République : "Jupitérien". Cette association est signée de la main d'Emmanuel Macron en personne. En octobre 2016, alors qu'il n'est encore que candidat à l'élection présidentielle, il affirme que la France a besoin d'un chef "jupitérien", dans un entretien à Challenges, taclant au passage le concept de "président normal", revendiqué par François Hollande.

Dans un entretien à La Nouvelle Revue française, retransmis dans Le Monde, le président de la République affirme assumer "totalement la 'verticalité' du pouvoir". "J'assume les choix qui sont faits, et je hais l'exercice consistant à expliquer les leviers d'une décision", ajoute-t-il. Une autre facette du langage du chef de l'État, la détermination dans ses propos coûte que coûte.

L'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée a entraîné une tornade politique, tant sur le plan des réformes lancées dans le pays, que sur le plan politique. Retour sur la première année du mandat du président de la République : réformes, style politique et suite de son mandat.

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