8 min de lecture Élections municipales

Municipales à Paris, Lyon, Le Havre : 9 matches à suivre pour le 2nd tour

ÉCLAIRAGE - Les alliances politiques se sont scellées à la dernière minute avant l'échéance légale de 18h pour déposer les listes. Quelque 5.000 communes sont concernées par ce second tour, dont de nombreuses grandes villes.

Le premier tour des élections municipales s'est tenu dimanche 15 mars 2020 dans un contexte de crise sanitaire
Le premier tour des élections municipales s'est tenu dimanche 15 mars 2020 dans un contexte de crise sanitaire Crédit : AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Fusionnées ou chacune fermement ancrée dans son couloir après d'intenses tractations, les listes sont désormais en ordre de bataille pour le second tour des municipales le 28 juin, qui sera précédé d'une campagne inédite à l'heure du coronavirus.

Les grandes manœuvres en vue d'alliances se sont poursuivies jusqu'à la dernière minute avant l'échéance légale de 18 heures, dans les quelque 5.000 communes concernées par ce second tour, dont de nombreuses grandes villes.

Les grandes villes du pays constituent l'enjeu principal du second tour des municipales au cours duquel plusieurs bastions historiques, de droite comme de gauche, pourraient basculer. "Dans plusieurs villes, La République En Marche, pour reprendre la formule de François Mitterrand sur le centre, n’est 'ni de gauche, ni de gauche'. Elle est surtout avec la droite et contre les écolos", analyse Olivier Bost, éditorialiste politique chez RTL.

1. Paris : Hidalgo en position de force

La principale annonce est venue de Paris, où un accord de coalition a finalement été trouvé entre la maire socialiste Anne Hidalgo, arrivée en tête du 1er tour avec 29,3%, et les Verts emmenés par David Belliard (10,8%). "On a trouvé un accord sur les trois thèmes sur lesquels on travaillait depuis plusieurs jours: le projet, la gouvernance et les listes", a indiqué à l'AFP le directeur de campagne de la maire, Emmanuel Grégoire.

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Cet accord place plus que jamais Anne Hidalgo en position de grande favorite face notamment à Rachida Dati (LR). Pour le reste dans la capitale, les alliances sont à géométrie variable. Ainsi, la candidate Les Républicains a-t-elle reçu l'appui de la maire du Ve arrondissement Florence Berthout, issue de rangs de LR mais ralliée pour ces municipales à... La République En Marche.

Et si l'ex-LaREM Cédric Villani, arrivé 5e au premier tour, n'a noué aucun accord global, il voit ses troupes fusionner avec la liste LaREM dans le XIIe arrondissement. Placée en position de faiblesse après un premier tour très délicat, La République En Marche a penché à droite dans plusieurs villes.

2. Bordeaux : accord LaREM-LR

Le candidat LaREM Thomas Cazenave a assuré que son "accord de coalition" passé avec le maire sortant LR de Bordeaux Nicolas Florian, dont il rejoint la liste pour le second tour des municipales, allait "au-delà des étiquettes".

L'entourage du candidat de la majorité présidentielle annonçait qu'il se rangeait derrière le maire sortant, arrivé premier d'une très courte tête au premier tour devant le candidat écologiste Pierre Hurmic, dans le cadre d'une "coalition" avec un groupe indépendant de 13 personnes en position éligible. Le maire sortant Nicolas Florian a pour sa part déclaré mardi dans une interview à France Bleu Gironde que ce n'était "pas qu'un accord".

Le successeur d'Alain Juppé n'avait devancé que de 96 voix l'écologiste allié à la gauche Pierre Hurmic (34,56% contre 34,38%). Suivaient la liste de Thomas Cazenave (12,69%) et celle, "anticapitaliste", du NPA Philippe Poutou (11,77%). La désignation de Cazenave comme candidat du parti présidentiel, dans une ville dont il est originaire mais où il n'avait pas d'ancrage politique, contre un maire sortant juppéiste et considéré comme "Macron compatible" avait fait grincer des dents dans la majorité bordelaise, qui comprend notamment le MoDem, allié de LREM au plan national.

3. Lyon : Collomb avec la droite contre les écolos

À Lyon, EELV et les candidats de gauche ont officialisé leur alliance pour le second tour des élections municipales et métropolitaines, avec le sérieux espoir de l'emporter. Le scrutin du 28 juin les opposera principalement aux listes de Gérard Collomb et de la droite et à celles du président sortant de la métropole, David Kimelfeld, candidat LaREM dissident à sa succession, allié sur la Ville au premier adjoint sortant Georges Képénékian.

Face à eux, leurs adversaires ne se privent pas d'agiter le chiffon rouge du péril vert et de l'extrême gauche. "Notre alliance n'est pas une surprise, ni une alliance contre nature, contrairement à celle qui a été annoncée la semaine dernière", a rétorqué mercredi Sandrine Runel (PS).

"Celle de Collomb et Wauquiez est une coalition anti-climat, faite de bric et de broc, qui n'a pas de programme et ne propose rien", a abondé Bruno Bernard qui brigue la présidence de la Métropole, vrai siège du pouvoir lyonnais. "Il n'y a que deux choix dans cette élection, le mien ou celui de François-Noël Buffet (candidat LR adoubé par Gérard Collomb, ndlr)", a ajouté l'écologiste pour qui "les électeurs se tromperaient" en voyant en David Kimelfeld une troisième voie possible.

4. Marseille : le RN en embuscade

À Marseille, le camp LR est menacé après 25 ans de règne de Jean-Claude Gaudin. Il a échoué à se rassembler autour de Martine Vassal, arrivée juste derrière la candidate écologiste au premier tour et confrontée à la dissidence du sénateur Bruno Gilles.

Arrivé en tête à l'échelle de la ville (23,44%), le Printemps Marseillais, alliance de partis de gauche allant du PCF au PS en passant par des Insoumis, n'a inscrit de liste pour le second tour que dans sept des huit secteurs de la cité phocéenne. 

Le match du second tour risque d'être arbitré par le Rassemblement national. Tout pourrait en fait se jouer au 3e tour, lors de l'élection proprement dite du maire au conseil municipal. Un scénario que n'a jamais vécu Jean-Claude Gaudin, assuré depuis son premier mandat en 1995 d'une majorité absolue dès le soir du second tour.

5. Le Havre : élection locale, destin national pour Philippe

Au Havre où Édouard Philippe joue sa réélection, les écologistes et le député communiste Jean-Paul Lecoq se sont renvoyés la responsabilité de leur désunion. Dans cette ville industrielle et portuaire, qui fut un bastion communiste pendant trois décennies, le premier ministre a obtenu 43,6% des suffrages le 15 mars et Jean-Paul Lecoq 35,8%. EELV n'avait recueilli que 8,28% des suffrages, soit moins que les 10% requis pour se maintenir au second tour.

Les écologistes regrettent que le candidat communiste n'ait pas voulu accueillir sur sa liste leurs candidats en proportion de leur score du 1er tour. Jean-Paul Lecoq rétorque qu'il ne peut accueillir 12 écologistes sur sa liste qui compte de nombreux citoyens et a été déposée en préfecture dès le lendemain du 1er tour.

Selon Olivier Bost, éditorialiste chez RTL, estime que la clé de cette élection réside dans la participation. "À peine un électeur sur 4 s'est déplacé en mars dernier. Ça a fait seulement 3.000 voix de plus que son adversaire. 3.000 voix, c'est le score des écolos qui n'ont pas pu fusionner avec les communistes. Cette très faible participation rend difficile les pronostics", analyse-t-il.

6. Lille : échec des négociations

À Lille, la maire PS Martine Aubry, en position de force (29,8% au premier tour), a "acté" l'absence d'accord avec l'écologiste Stéphane Baly (24,5%), du fait de désaccords sur la vidéosurveillance ou encore les logements.

Le candidat tête de liste de La France insoumise (LFI) à Lille, Julien Poix, a annoncé qu'il refuserait de choisir entre le PS de Martine Aubry et EELV pour le second tour des élections municipales le 28 juin. Sa liste avait recueilli 8,84% des voix au premier tour.

Malgré des rencontres avec les équipes de la maire sortante et de la liste écologiste de Stéphane Baly, "le collectif Décidez pour Lille soutenu par La France insoumise estime que les conditions politiques ne sont pas réunies pour participer à une quelconque fusion de liste".

7. Strasbourg : un accord in extremis

Coups de théâtre à Strasbourg : alors que socialistes et écologistes ont échoué à fusionner leurs listes, le candidat LaREM a fait in extremis cause commune avec LR pour le second tour des municipales, avec de bonnes chances de l'emporter. Alain Fontanel (19,86% au 1er tour) assurera la tête de la liste commune avec le candidat LR Jean-Philippe Vetter (18,2%). 

Si la liste "Unis pour Strasbourg" conduite par le LaREM Alain Fontanel venait à décrocher la septième ville de France, ce serait une prise de choix pour le parti présidentiel et l'une des rares sinon la seule grande ville à tomber dans son escarcelle.

Longtemps favori pour succéder à Roland Ries qui, après deux mandats, ne se représente pas, Alain Fontanel a subi une véritable douche froide le soir du premier tour, terminant deuxième, loin derrière la candidate écologiste Jeanne Barseghian (28%) qui semblait donc en bonne position pour s'installer dans le fauteuil de maire au soir du 28 juin prochain.

8. Montpellier : abstention élevée au premier tour et suspense pour le second

Le milliardaire montpelliérain Mohed Altrad (SE), troisième à l'issue du premier tour avec 13,3%, a conclu un accord avec trois autres listes, marquées à gauche, pour le second tour des municipales à Montpellier, a confirmé son équipe de campagne à l'AFP. 

Novice en politique, Mohed Altrad est parvenu à nouer un accord de dernière minute avec le trublion des réseaux sociaux Rémi Gaillard, qui était arrivé quatrième avec 9,5%. Il a également réussi à convaincre Alenka Doulain, qui avait recueilli 9,2% à la tête d'une liste citoyenne (DVG, soutenue par LFI) et Clothilde Ollier (7,25%), élue à l'issue d'une primaire EELV puis destituée par ce parti et ayant pris la tête d'une liste écologiste soutenue par une partie des insoumis montpelliérains.

Le 28 juin, Mohed Altrad affrontera le DVG Philippe Saurel, qui briguera sa réélection. Arrivé en tête face à 13 listes concurrentes au premier tour, l'édile, soutien de la première heure d'Emmanuel Macron et élu comme dissident socialiste en 2014, a cependant obtenu un score faible pour un maire sortant (19,1%). Son autre challenger sera le socialiste Michaël Delafosse, qui a rassemblé 16,66% des votants le 15 mars et n'a conclu un accord qu'avec la liste EELV de Coralie Mantion (7,42%), sans parvenir à convaincre les trois listes qui ont finalement rejoint Mohed Altrad.

9. Perpignan : le retour du front républicain

Les désistements de l'écologiste Agnès Langevine et du marcheur Romain Grau, arrivés 3e et 4e au 1er tour des municipales à Perpignan, ont ouvert la voie à un nouveau duel le 28 juin entre le candidat du Rassemblement national Louis Aliot et le maire LR sortant Jean-Marc Pujol, comme en 2014.

Ni Agnès Langevine, vice-présidente du Conseil régional d'Occitanie, ni Romain Grau, député et camarade de promotion d'Emmanuel Macron à l'ENA, ne pouvaient espérer remonter leur retard sur le député RN (35,6%) et Jean-Marc Pujol (18,5%). Et une triangulaire voire une quadrangulaire aurait grandement favorisé le candidat de l'extrême droite. 

Jean-Marc Pujol, un avocat de 71 ans, maire depuis 2009, a jugé "normal" le "retrait républicain" des candidats arrivés derrière lui. "J’aurais fait de même", assure-t-il. Malgré son faible score du 1er tour pour un maire sortant (18,5%), ce pied-noir pugnace est prêt à en découdre et nie se trouver en fâcheuse posture.

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