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Mort de Giscard d'Estaing : un communiquant politique qui a brisé les codes

DÉCRYPTAGE - Il n'a que 48 ans lorsqu'il est élu président en 1974, battant sur le fil François Mitterrand. Valéry Giscard d'Estaing prend les rênes d'une France d'après mai-68 qui a soif de liberté.

Valéry Giscard d'Estaing, le 15 mai 1974
Valéry Giscard d'Estaing, le 15 mai 1974
Crédit : AFP
Marie-Pierre Haddad

Jouer de l'accordéon, dîner avec des inconnus, disputer un match de football. Des situations ordinaires pour les Français, mais plus originale pour un président de la République. Valéry Giscard d'Estaing a marqué la campagne présidentielle de 1974, avec une communication moderne et décontractée visant à faire oublier ses origines bourgeoises. 

Celui qui a gouverné la France de 1974 à 1981 est décédé mercredi 2 décembre "des suites du Covid", comme l'a indiqué sa famille. Son élection fera souffler un vent de liberté sur le pays, après les années De Gaulle et Pompidou. 

Le nouveau président se différencie de ses prédécesseurs par un style inédit, s'affichant au ski ou sur un terrain de football, convoquant sa fille sur ses affiches de campagne et son épouse Anne-Aymone lors de vœux télévisés pour la nouvelle année

Les coulisses de la scène de l'accordéon

L'homme à la silhouette élancée et au crâne dégarni renonce à l'apparat présidentiel pour sa photographie officielle, fait éclaircir le bleu et le rouge du drapeau tricolore et ralentir le rythme de la MarseillaiseL'Auvergnat avait joué de l'accordéon à la télévision et marqué les esprits en s'attirant les moqueries de certains. 

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Sur RTL, Danièle Gilbert racontait les coulisses de sa rencontre avec Valéry Giscard d'Estaing et son accordéon. "On est allé à Chamalières et on a enregistré dans les jardins de la mairie (...) En tant qu'Auvergnat, il a joué Je veux revoir ma Normandie. Et en tant que ministre des Finances, il a joué Je cherche fortune autour du chat noir". Deux jours après cette séquence, le réalisateur demande à Danièle Gilbert de retourner la scène à cause d'un problème technique. Le son a donc été réenregistré dans le ministère des Finances, puis monté sur les images tournées deux jours plus tôt.

il s'était aussi invité chez les Français pour dîner et avait ouvert l'Élysée à des éboueurs maliens pour un petit-déjeuner de Noël, renouvelant une communication politique encore très cadenassée. 

Le premier débat présidentiel télévisé

Le très officiel ORTF est supprimé quelques mois après son arrivée au pouvoir. Giscard d'Estaing est pourtant un pur produit de l'élite française : polytechnicien et énarque, il s'était distingué sous les ordres du maréchal de Lattre de Tassigny lors de la Libération, puis pendant huit mois en Allemagne et en Autriche jusqu'à la capitulation du Reich. 

Valéry Giscard d'Estaing a aussi innové en participant avec François Mitterrand au premier débat présidentiel télévisé. Le 10 mai 1974, environ 25 millions de Français suivent ce débat à la télévision et à la radio. Avec Jacqueline Baudrier, Alain Duhamel est l’un des deux arbitres de ce duel au sommet"Vous n’avez pas Monsieur Mitterrand le monopole du cœur". Cette phrase signée Valéry Giscard d'Estaing percute de plein fouet François Mitterrand.

"Un duel télévisé de l’entre-deux-tours on n’avait jamais vu ça, donc c’était inédit, se souvient Alain Duhamel. Je savais qu’en plus les conditions pour le journaliste seraient très difficiles, parce qu’au fond Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand voulaient avoir la main sur le débat".

À écouter

3. Alain Duhamel "persuadé" que le débat Giscard-Mitterrand a tout changé
23:14

"J’ai eu beaucoup de difficultés à convaincre François Mitterrand qui redoutait avant tout un piège (...) Il avait gardé une solide défiance de l'élection de 1965", raconte Alain Duhamel. "Je lui ai dit : 'C’est vous le challenger'. Il a été piqué", ajoute-t-il. Le face à face Giscard-Mitterrand de 1974 est "l’élection la plus étroite". 

"De ce point de vue forcément, le débat a eu une influence. Et je dirais sans doute que c’est le seul des duels présidentiels dont on puisse vraiment se dire après-coup, il a joué un rôle réel sur le choix ultime des citoyens. Je crois que l’on ne pourra plus se le dire après. Je suis persuadé que ce débat a fait la décision", confie Alain Duhamel.

Après son départ resté dans les mémoires en laissant une chaise vide lors d'une ultime allocution télévisée, Valéry Giscard d'Estaing, alors seul ex-président en vie, traverse une profonde dépression. "Ce que je ressens, ce n'est pas de l'humiliation, mais quelque chose de plus sévère : la frustration de l'œuvre inachevée", écrivait-il en 2006 dans Le pouvoir et la vie.

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