5 min de lecture Droit du travail

Loi El Khomri : Caroline de Haas et Dominique Reynié face-à-face

REPLAY - Tous les deux ont lancé des pétitions pour s'opposer ou défendre ce projet de réforme du droit du Travail.

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Loi El Khomri : Caroline de Haas et Dominique Reynié face-à-face Crédit Image : Elodie Grégoire | Crédit Média : Marc-Olivier Fogiel | Durée : | Date : La page de l'émission
Marc-Olivier Fogiel
Marc-Olivier Fogiel
Journaliste

On refait le monde avec :
- Caroline de Haas, militante syndicale et associative
- Dominique Reynié, ancien candidat Les Républicains en Languedoc-Midi-Pyrénées

Caroline de Haas a lancé une pétition en ligne contre la loi Travail portée par la ministre Myriam El Khomri. Ce 7 mars, 1.172.000 personnes l'ont signée. De son côté, Dominique Reynié a, lui aussi lancé une pétition en ligne, mais pour défendre cette même loi. Ce document intitulé "Oui à la loi travail, non au chômage" a réuni 21.000 signataires. Une pétition qui pose une question aux opposants du projet : ne faut-il pas tout faire pour que les chômeurs retrouvent du travail quitte à ce que les salariés perdent certains avantages ? 

"Qu'il faille créer des emplois pour permettre aux 6 millions de chômeurs qui aujourd'hui n'en ont pas, je pense que globalement à peu près 100% de la population va être d'accord", répond Caroline de Haas. "La question c'est : 'est-ce que la Loi Chômage (sic) va permettre ça ?' La Loi chômage (sic) à mon avis - c'est l'analyse que je fais comme de nombreux juristes et économistes - elle va créer des chômeurs supplémentaires. Parce que j'aimerais bien qu'on m'explique comment est-ce qu'on va créer de l'emploi en permettant de licencier plus facilement ? Or le cœur de cette loi, c'est dans tous les domaines du Code du Travail de faciliter le licenciement."

Les économistes divisés sur la question

Un argument que réfute Dominique Reynié qui se dit choqué de voir des gens réclamer le retrait d'une loi qui n'a pas encore été examinée. Une loi, qui d'ailleurs ne serait pas si critiquée par les économistes : "Il ne faut pas dire que les économistes ont tranché, ce n'est pas vrai", assure-t-il. "Il y a eu un article dans Le Monde signé par Francis Kramarz, c'est quand même un des spécialistes du Droit du Travail, par le prix Nobel d'économie Jean Tirole... Ils étaient nombreux pour dire que c'était une opportunité au contraire pour aider ceux qui n'ont pas accès au marché du travail aujourd'hui, à trouver un CDI." 

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Comme il le rappelle, ils sont aujourd'hui 3.100.000 à vivre d'un emploi précaire et 5.500.000 à demander du travail. "Ils forment une masse dont personne ne se soucie et lorsqu'il y a un projet de loi défendu par la gauche, on va s'opposer, on va demander son retrait".

Actuellement "c'est un risque de recruter en CDI"

La semaine dernière, un chef de PME s'adressait justement à Manuel Valls en lui disant : "Si vous me garantissez que vous allez au bout, dans la journée j'embauche 47 personnes." Mais cela ne convainc pas Caroline de Haas, elle-même cheffe d'entreprise. "J'ai 4 salariés, je suis en train d'embaucher quelqu'un en plus et ce qui fait que j'embauche, c'est mon carnet de commandes", explique-t-elle en ajoutant que le droit du Travail permet de recruter en CDD ou en CDI avec une période d'essai pouvant aller jusqu'à 8 mois pour les cadres. 

"Si un chef d'entreprise en 8 mois n'est pas capable de prévisualiser son carnet de commandes sur l'année et de savoir si un salarié ou une salariée est en adéquation avec ce qui se passe dans l'entreprise, ce chef d'entreprise a un sérieux problème d'organisation." Dominique Reynié ne partage pas cet avis, d'autant que "90% des emplois aujourd'hui se font en CDD. Ça veut dire que tous les entrepreneurs qui recrutent aujourd'hui en France ne veulent pas s'engager sur le futur. Ils ne sont pas tous idiots ni incapables." Pour l'homme politique de droite, "c'est un risque de recruter en CDI" aujourd'hui.

Une politique basée sur des clichés ?

Refuser d'embaucher par peur de licencier, c'est un argument qui revient souvent dans le débat et qui n'est pas fondé d'après Caroline de Haas. Selon elle, des chercheurs n'auraient trouvé aucune relation entre le Code du Travail et le taux de chômage dans les différents pays d'Europe. "On prend souvent l'exemple de l'Allemagne", dit-elle pour illustrer ses propos. "Le CDI y est plus protecteur qu'en France." Caroline de Haas dénonce donc une politique faite sur "des stéréotypes ou sur des mythes"

Pour Dominique Reynier, la situation du chômage en France n'a rien d'un mythe. "On est le plus mauvais pays en termes de chômage en Europe", assure-t-il. En calculant le taux de chômage en incluant ceux qui subissent un emploi précaire et ceux qui risquent de perdre leur travail, le Républicain obtient même un taux alarmant de 24%. "En Espagne, ils avaient 25% de chômage, ils sont passés à 20% après avoir assoupli le marché du travail", constate-t-il avant d'être repris par la militante associative qui note que d'autres pays s'illustrent par un taux de chômage encore plus faible, comme la Suède, en adoptant pourtant des mesures plus contraignantes pour les entreprises, comme la semaine de 30 heures.

La gauche trahie par François Hollande et Manuel Valls ?

Comme l'a expliqué Alain Duhamel, François Hollande et Manuel Valls auraient fait le bilan des promesses du Bourget et changé de ligne en constatant leur échec. "Mais quelle promesse du Bourget a été appliquée ?" demande Caroline de Haas. "Ça m'intéresse que Monsieur Duhamel nous explique. Parce qu'une des principales promesses du Bourget, c'était la grande réforme fiscale qui allait justement permettre de remettre de l'égalité, là où aujourd'hui il n'y en a pas forcément. Elle n'a pas eu lieu. L'autre grande promesse du Bourget c'était de renégocier le traiter européen, ça n'a pas eu lieu."

Quand Dominique Reynié fait le bilan de ce mandat sur le plan de l'emploi, il constate que "comme une bonne partie des majorités précédentes, on a tenté une fois de plus des emplois aidés d'une manière ou d'une autre. Ça coûte beaucoup d'argent et ça ne marche pas", regrette le professeur de Sciences Po. "Dès qu'on retire l'aide, il n'y a plus rien". Pour lui il faudrait continuer sur cette piste "prometteuse qui est d'assouplir le marché du travail, de donner plus de libertés aux salariés et aux entreprises". Il remarque que le gouvernement en place a "le mérite de s'y avancer - moi je n'ai pas voté pour eux - soutenons la discussion."

C'est une question de philosophie du projet de loi : qu'est-ce qu'on veut faire du monde du travail au XXIe siècle ?

Caroline de Haas
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La remarque de son interlocuteur fait réagir la polémiste qui parle de "non-sens démocratique" : "Il y a quand même un truc bizarre, c'est qu'ils n'ont pas été élus pour faire ça. On ne peut pas, toute la journée inviter des gens sur les plateaux télé qui disent : 'c'est terrible ce désamour du politique, c'est terrible ce Front national qui monte', et élire des gens qui font le contraire de ce pourquoi ils ont été élus." Aujourd'hui, celle qui a lancé la pétition contre le projet de loi dénonce un véritable problème politique, mais aussi philosophique "Qu'est-ce qu'on veut faire du monde du travail au XXIe siècle", demandent-elles. La réponse à sa question viendra peut-être de la rue, les 9 et 31 mars prochains.

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