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Loi antiterroriste : "Tout va bien, tant qu'on est dans une démocratie apaisée"

ÉDITO - Pour le journaliste politique Olivier Bost, l'inscription dans le droit de certaines mesures de l'état d'urgence représente un danger pour la démocratie.

Alba Ventura L'Edito politique Alba Ventura
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Loi antiterroriste : "Tout va bien, tant qu'on est dans une démocratie apaisée" - L'Edito politique Crédit Image : Christophe Ena / POOL / AFP | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Olivier Bost
Olivier Bost

Ce mercredi 1er novembre sonne la fin de l'état d'urgence. Une loi antiterroriste a été adoptée pour en sortir mais il n'y a pas eu de vrai débat. Emmanuel Macron avait bien dit, pendant sa campagne, qu'il sortirait de l'état d'urgence. Certes. En revanche, il n'avait jamais été question de prendre des dispositions de cet état d'urgence, ce régime d'exception, pour les mettre dans le droit commun.

Dans la version écrite du programme d'Emmanuel Macron, il n'est question que d'améliorer le renseignement et la coordination des services. Il est donc impossible, contrairement à d'autres sujets, de dire que, sur cette nouvelle loi antiterroriste, tout le monde était au courant. Il n'y a pas eu de débat pendant l'élection présidentielle et, plus embêtant, il n'y en a pas eu, non plus, après la présidentielle.

Il y a bien eu un débat à l'Assemblée nationale mais un débat décevant. L'extrême gauche a crié à la loi liberticide, la droite à une loi laxiste, l'extrême droite a expliqué à la majorité qu'elle ne comprenait rien à l'islamisme et les députés La République En Marche n'ont pas franchement apporté grand-chose.

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Terroriste ou pas, tous vos échanges sont enregistrés

En trente ans, nous avons complété, ou durci, 25 fois des lois ou des dispositions antiterroristes. 25 fois... C'est à dire presque tous les deux ans. C'est peut-être aussi pour cela que l'on n'en débat même plus. C'est devenu banal. Mais à chaque fois, la surveillance est renforcée, quelques libertés sont rognées. 

Aujourd'hui, on préfère les services que nous apportent nos smartphones que de prendre conscience que nous avons tous dans nos poches, de redoutables mouchards. Tous vos échanges internet, vos SMS, vos déplacements sont enregistrés. Que vous soyez un terroriste ou pas. Dans les faits, policiers, gendarmes, services de renseignements... Tout le monde s'en sert. Par exemple, 900.000 SMS sont interceptés toutes les semaines. Rien que pour les enquêtes. De plus, au moindre soupçon sur des décisions administratives, il peut y avoir des assignations à résidence, des perquisitions... En fait tout va bien, tant qu'on est effectivement dans une démocratie apaisée.

Une loi signée sans y associer la justice

Alors, tout cela ne semble pas choquer plus que ça. Tant que c'est la justice qui décide, ça va. Quand ce sont les politiques - ministère de l'Intérieur, administrations - qui décident de certaines mesures, c'est déjà plus compliqué. L'ancien ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas l'a habilement relevé lundi 30 octobre, lorsqu'Emmanuel Macron a scénarisé la signature de la nouvelle loi antiterroriste. "L'histoire retiendra, a-t-il écrit, qu'une loi modifiant le Code de procédure pénale fut signée par le chef de l'État, seulement en présence du ministre de l'Intérieur." L'image vaut tous les discours : la justice n'est pas associée à ce nouveau tour de vis sécuritaire.

En même temps, on traque des terroristes. Enfin... Si l'on est capable de dire ce qu'est le terrorisme... Aujourd'hui c'est assez clair, mais demain ? Si l'époque est plus trouble ? Je vous rappelle qu'au début de l'état d'urgence, des militants écologistes, par exemple, se sont retrouvés perquisitionnés ou assignés à résidence. Ils ont été considérés comme des terroristes. Au moment de l'élection présidentielle, des hauts responsables du renseignement s'étaient interrogés. Et si tous ces moyens extraordinaires de surveillance étaient utilisés demain par un pouvoir autoritaire ? Comment pourraient-ils réagir  ? C'est bien le problème avec toutes ces lois sécuritaires. C'est bien tant qu'elles sont vraiment utilisées pour lutter contre le terrorisme, par des gens bienveillants...

Nous avons tendance à oublier les écoutes de François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy qui faisait identifier des sources de journalistes. Rien de tout ça ne relève du fantasme ou de la paranoïa. Cela a bien existé, dans un État de droit, sous couvert d'antiterrorisme.

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2017-10-31 08:58:00
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