7 min de lecture Nicolas Sarkozy

Les Républicains : pourquoi Nicolas Sarkozy n'est-il plus le chef qu'il était ?

ÉCLAIRAGE / INTERVIEWS - Chef de l'UMP respecté, voire adulé, Nicolas Sarkozy ne semble pas parvenir à retrouver sa place de leader au sein du parti d'opposition depuis sa défaite en 2012.

Nicolas Sarkozy a été réélu à la tête de l'UMP, devenu Les Républicains, le 29 novembre 2014. Plus de deux ans après sa défaite à la présidentielle 2012
Nicolas Sarkozy a été réélu à la tête de l'UMP, devenu Les Républicains, le 29 novembre 2014. Plus de deux ans après sa défaite à la présidentielle 2012 Crédit : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Le retour de Nicolas Sarkozy était à la fois attendu et redouté. Dans tous les cas épié et analysé. Par ses adversaires politiques, par les Français, qui l'ont d'abord élu avant de causer sa défaite, puis par son propre camp. Le 19 septembre 2014, l'ancien chef de l'État annonce son retour en politique et sa candidature à la présidence de l'UMP. Deux ans après sa défaite à la présidentielle, Nicolas Sarkozy veut donner l'image du sauveur de son parti, d'abord dirigé par un triumvirat provisoire composé des anciens premiers ministres Alain Juppé, François Fillon et Jean-Pierre Raffarin après la démission forcée de Jean-François Copé. 

L'ancien chef de l'État adopte également un discours de présidentiable. "Ce serait une forme d’abandon que de rester spectateur de la situation dans laquelle se trouve la France", écrit-il sur Facebook, assurant vouloir être le chef d'un rassemblement citoyen, "sans aucun esprit partisan". L'ex-président assure alors qu'il a changé, qu'il n'a plus rien à voir avoir "l'ancien Sarkozy" de la fin de son mandat. L'espoir de retrouver un parti uni avec l'autorité d'un chef renaît alors dans les rangs des militants. Peut-il redevenir le chef droit, autoritaire, respecté et redouté qu'il a été entre 2004 et 2007 ? 

Un retour en demi teinte

Si beaucoup l'espèrent, nombreux sont ceux qui en doutent. "Je voyais déjà son retour d'un mauvais œil, se souvient un jeune militant du bureau national qui préfère garder l'anonymat. Quand il est revenu, je me suis dit : 'J'attends de voir'. S'il est comme en 2012, c'est non, si il est comme en 2007, pourquoi pas. Mais il est revenu pire qu'en 2012". Nicolas Sarkozy est néanmoins élu sans surprise à la présidence de l'UMP, le 29 novembre, deux mois après l'annonce de son come-back. Une victoire à l'arrière-goût amer. S'il atteint la première marche qui doit le mener à la reconquête du palais présidentiel, l'ambitieux leader brille moins qu'il ne l'espère et obtient un résultat loin d'égaler son score de 2004 (85,09%). Avec 64,5% des voix, il bénéficie d'une large majorité dans son parti mais ne parvient pas à écraser la concurrence. 

Nicolas Sarkozy est revenu pire qu'en 2012

Un jeune militant du bureau national des Républicains
Partager la citation
À lire aussi
Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy à Saint-Raphaël le 15 août 2019 lors de la commémoration du débarquement de Provence Emmanuel Macron
Les infos de 12h30 - Débarquement de Provence : Macron et Sarkozy tout sourire

Certains, tel que Bruno Le Maire, ont su profiter de l'absence du "chef naturel de la droite", comme le qualifie un jeune militant pro-Sarkozy. L'ancien ministre a récolté près de 30% des suffrages et s'est offert une place de gêneur qu'il n'est pas prêt d'abandonner. Il laisse d'ailleurs encore planer le doute sur sa candidature, presque certaine, à la primaire de 2016. Il n'est pas le seul à avoir vu en l'absence de Nicolas Sarkozy l'occasion de revenir au devant de la scène. Les ambitions de chacun ont été nourries par les crises intestines du parti. Alain Juppé a gagné en autorité lors de son passage dans le triumvirat à la tête du parti. Il s'impose comme le sage de la droite, la voix "centriste" et modérée. Le maire de Bordeaux s'offre ainsi une nouvelle jeunesse politique et s'imagine en alternative. Et afin de mettre le plus de chances de son côté, il réussit à imposer son idée d'une primaire ouverte à droite et non réservée aux adhérents. 

François Fillon n'a jamais caché ses ambitions. Seulement, l'image de l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy a été ternie par sa guerre avec Jean-François Copé. Depuis que ce dernier est parti, Fillon revit. Les ténors prennent de plus en plus de place et Nicolas Sarkozy en pâtit. Son discours n'a plus l'autorité d'autrefois. En témoignent les débats sur le mariage pour tous lorsque ce dernier promet l'abrogation de la loi. Même ses fidèles, tels que Nathalie Kosciusko-Morizet ou Laurent Wauquiez, montent au créneau. Les sondages n'abondent pas forcément dans le sens de Nicolas Sarkozy non plus. Les Français ont jugé à 75% "raté" le retour du leader, dès le mois de son élection.

Sarkozy ? "Plus jamais"

Nicolas Sarkozy n'a pourtant pas chômé depuis son retour. L'UMP est devenue Les Républicains pour tirer un trait sur un parti entaché par les affaires et les dettes. Le premier parti d'opposition est surtout parvenu à remporter les élections départementales, dans la foulée du retour de Nicolas Sarkozy. "Le parti est en ordre et apaisé. On a gagné les départementales. Les adhésions repartent. On vient de dépasser la barre des 150.000 en six mois et on sera à 300.000 à la fin de l'année. Une nouvelle génération arrive (Eric Ciotti, Gérald Darmanin, Lydia Guirous, Isabelle Le Callennec). L’accord avec les centristes est fait. (...) Ce qui arrive dépasse ce que j’imaginais. Mon retour est miraculeux", se félicitait-il en juillet dernier à Paris Match

Pourtant, ses discours ne semblent plus passionner les ténors. À la Baule déjà, ni François Fillon ni Alain Juppé n'a assisté à son discours de rentrée. Ce mercredi 16 septembre encore, pour sa "journée de travail" sur le thème de l'immigration, les deux hommes étaient absents, tout comme Bruno Le Maire. Lors de ce rassemblement, l'ex-chef de l'Etat a milité pour une refonte de l'espace Schengen et une "nouvelle politique d'immigration européenne". Et ce discours très droitier sur l'immigration crée des discordes chez les militants.

Sarkozy déçoit, même dans son propre camp

Un jeune militant du bureau national Les Républicains
Partager la citation

"Il est constamment dans la surenchère avec le Front national, dans l'outrance, l'excès, avec une prise de parole pas réfléchie, pas concertée. On n'a pas besoin de ça", souffle un militant du bureau national. Après le changement de nom du parti, il attendait un débat pour en définir la ligne politique. La question principale ne se concentre ni sur l'emploi, ni sur le chômage des jeunes et encore moins sur la croissance, des "sujets qui nous concernent", mais sur "l'islam et la République". C'est à ce moment-là que le jeune militant s'est dit : "C'est terminé avec Sarkozy, plus jamais". Et ils seraient beaucoup à le penser, assure-t-il, y compris chez les "sarkozystes convaincus" qui, eux non plus, "n'y croient plus". Et de pointer du doigt la "buissonisation du discours du président, à savoir : faire de l'étranger et de l'immigré un problème et ne parler que de ça". Les critiques se font de plus en plus nombreuses. François Fillon passe carrément à l'offensive. L'ancien premier ministre publie Faire dans lequel il n'hésite pas à critiquer son président et futur adversaire, et dont Le Figaro publie un extrait : "Sa campagne électorale fut, à l'image de sa candidature, à quitte ou double : brûlante, décousue, irascible."

Il n'y aura plus "de leader incontesté à la tête du parti"

Nicolas Sarkozy dispose toutefois toujours de sa base fidèle de militants. Sa venue à la fête de la Violette cette année, où il a été présenté comme "l'ancien et le futur président de la République", l'a encore prouvé. De quoi flatter un ego d'homme politique mais pas forcément remporter la bataille dans les urnes. Ses adversaires se font de plus en plus sérieux et coriaces. Des voix s'élèvent de plus en plus haut et de plus en plus fort, à l'image de celle d'Alain Juppé. L'ancien premier ministre de Jacques Chirac s'envole dans les sondages semaine après semaine, pour arriver, ce mois-ci, largement en tête du dernier sondage pour la primaire des Républicains. Le maire de Bordeaux est favori à 40% contre 34% pour son rival. En mai dernier, un autre sondage venait encore un peu éloigner les rêves d'un retour à l'Élysée, révélant que 72% des Français sont hostiles à la candidature de Nicolas Sarkozy.

Il n'y aura plus de leader incontesté à la tête du parti, c'est fini

Un soutien de François Fillon
Partager la citation

Pour Julien Paudoie, jeune soutien de François Fillon, si Nicolas Sarkozy n'a plus le leadership qu'on lui a connu, c'est davantage le résultat d'un changement de politique du parti. Une base militante et des cadres qui ne pensent plus de la même manière. "Il n'y aura plus de leader incontesté à la tête du parti, c'est fini", résume-t-il. La position de leader de la droite version Sarkozy peut-elle encore exister ? Dès son départ déjà, le discours adopté par Jean-François Copé ne faisait pas l'unanimité rue Vaugirard mais le chef, le vrai, dirigeait le pays et tenait l'ensemble. À sa chute, le château de cartes s'est effondré. Les petits groupes se sont affirmés. Les différences se sont creusées et les divisions multipliées entre les pro-Sarkozy, les pro-Fillon, les pro-Copé, les pro-Bertrand et les neutres. Il a fallu rassembler tout le monde sous ses ordres.

Pour arriver à rasseoir son statut de chef, l'ancien locataire de l'Élysée a tenté de diviser pour mieux régner en repensant l'organigramme du parti. Un changement qui n'a pas plu à tout le monde, comme Nadine Morano, qui lui a reproché de ne pas lui avoir attribué un poste assez prestigieux, selon le Canard Enchaîné. Ces déceptions pourraient jouer en sa défaveur. Pour preuve, la liste des candidatures pour la primaire s'allonge. Nadine Morano en fait d'ailleurs partie, alors qu'elle aurait pu être un soutien sans limite comme elle l'a été par le passé. Elle qui, avec Brice Hortefeux et Christian Estrosi, a fondé l'association Les Amis de Sarkozy, qui a finalement été enterrée en mai dernier par un vote à 97,73% en faveur de la dissolution. 

Les grands ténors et cadres du parti n'entourent plus tellement leur président et chacun semble vouloir se frayer son propre chemin. La crise des migrants en est un nouvel exemple. De nombreuses voix dissonantes se sont élevées, entre les maires, les cadres et les militants... Chacun se positionne sans consulter le chef. Une situation difficilement imaginable en 2006, où la voix du patron était celle du parti.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Nicolas Sarkozy Les Républicains Primaire Les Républicains
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7779685542
Les Républicains : pourquoi Nicolas Sarkozy n'est-il plus le chef qu'il était ?
Les Républicains : pourquoi Nicolas Sarkozy n'est-il plus le chef qu'il était ?
ÉCLAIRAGE / INTERVIEWS - Chef de l'UMP respecté, voire adulé, Nicolas Sarkozy ne semble pas parvenir à retrouver sa place de leader au sein du parti d'opposition depuis sa défaite en 2012.
https://www.rtl.fr/actu/politique/les-republicains-pourquoi-nicolas-sarkozy-n-est-il-plus-le-chef-qu-il-etait-7779685542
2015-09-17 10:00:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/y6UAiy7eefVJofb9nad26g/330v220-2/online/image/2015/0910/7779685703_nicolas-sarkozy-a-ete-reelu-a-la-tete-de-l-ump-devenu-les-republicains-le-29-novembre-2014-plus-de-deux-ans-apres-sa-defaite-a-la-presidentielle-2012.jpg