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"Gilets jaunes" : les 4 options d'Emmanuel Macron pour sortir de la crise

DÉCRYPTAGE - Édouard Philippe consulte activement ses opposants politiques, Emmanuel Macron sonde à l'Élysée... Objectif : sortir de la crise des "gilets jaunes" avant l'acte IV de la mobilisation.

Yves Calvi RTL Matin Yves Calvi
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"Gilets jaunes" : quelles sont les options de Macron pour sortir de la crise ? Crédit Image : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP | Crédit Média : Vincent Derosier | Durée : | Date : La page de l'émission
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Marie-Pierre Haddad
avec AFP et Vincent Derosier

Vers un "troisième samedi noir" ? Ce scénario est inenvisageable pour Gérard Larcher. Lors du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, le président du Sénat a insisté sur le fait que le gouvernement devait fournir "une réponse rapide" aux "gilets jaunes". Après s'être rendu sur les lieux des affrontements entre les "gilets jaunes" et les forces de l'ordre, Emmanuel Macron a demandé à Édouard Philippe de recevoir leurs représentants, ainsi que tous les partis politiques.

C'est donc une longue journée de consultations, prévue ce lundi 3 décembre, durant laquelle le Premier ministre aura la lourde tâche de trouver une sortie de crise. Le silence d'Emmanuel Macron ne cesse d'être critiqué par les opposants politiques. Mais que cache-t-il ? Dans le huis clos du salon vert de l’Élysée, le président de la République a réparti les rôles pour sortir de la crise. Lui, le chef de l'État, est le garant de la sécurité des Français. Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, est chargé d’imaginer un dispositif pour en finir avec les casseurs toujours mieux organisés.

Ensuite : la contre-offensive politique. C'est le dossier d’Édouard Philippe. Le Premier ministre va devoir écouter et calmer ses adversaires. Et surtout apaiser les "gilets jaunes" modérés, ceux qui voudront bien être reçus à Matignon. Comment calmer la colère des "gilets jaunes" ? Comment éviter de nouveaux débordements tout au long de la semaine ? Autant de questions qui se recoupent sous le même enjeu : comment Emmanuel Macron peut-il sortir de cette crise sans égratigner son image de président de la République pour le reste du quinquennat ?

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1. Un moratoire

Quelles sont les portes de sortie ? Il existe plusieurs options. Tout d'abord, le moratoire sur la hausse du prix des carburants, notamment demandé par Gérard Larcher. "Le gouvernement n'a qu'une seule solution aujourd'hui : accepter le moratoire sur les taxes énergies", plaidait le président du Sénat.

Il suggère que l'Assemblée confirme, lors du retour du projet de loi de finances au Palais-Bourbon, le vote du Sénat, à majorité de droite, en faveur d'une telle annulation. "Il faut que les députés de la majorité prennent leurs responsabilités, leur liberté d'élu", abondait l'ancienne ministre Ségolène Royal.

Dans la majorité, François Bayrou avait dès le 21 novembre invité à "réfléchir" sur cette hausse du 1er janvier. "On ne peut pas gouverner contre le peuple", a insisté le président du MoDem. Certains députés de La République En Marche sont également favorables à un moratoire, notamment Bertrand Sorre et Patrick Vignal. Emilie Carriou a demandé "des solutions immédiates". "C'est le gouvernement qui tranchera et la majorité sera unie derrière", a expliqué le patron du groupe de la majorité, Gilles Le Gendre. 

2. La dissolution de l'Assemblée

Figurant parmi les revendications de "gilets jaunes", la dissolution de l'Assemblée est demandée par Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. "Je ne vois pas, au niveau où nous sommes de la gravité de cette crise politique, comment sortir par le haut, à part en retournant aux urnes", a expliqué la présidente du Rassemblement national.

Pour le leader de la France insoumise, il y a "une double légitimité" entre Emmanuel Macron, président "légitime" mais "qui ne veut rien savoir" et les manifestants. Et "il n'y a qu'une manière de trancher, c'est le vote" lors de législatives anticipées.

Aucun président n'a usé de cette prérogative depuis Jacques Chirac, dont la décision en 1997 avait conduit à la défaite de son camp aux législatives et à une cohabitation avec la gauche.  

3. Le référendum

Un référendum ? Autre piste pour "redonner la parole au peule", suggérée cette fois par le président des Républicains Laurent Wauquiez : un référendum sur les mesures contestées de transition écologique, fiscalité comprise. "Cela permettrait d'arrêter cet engrenage de colère et de violence", a-t-il fait valoir.

Gérard Larcher n'a pas "écarté" l'hypothèse référendaire, tout en soulignant le temps que prendrait une telle procédure alors qu'il faut selon lui "une réponse rapide". Un référendum dit "d'initiative populaire" peut également être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenus par un dixième des électeurs. Mais cette procédure, crée en 2008, n'a jamais été mise en oeuvre. 

4. Revenir sur la suppression de l'ISF

Le Parti socialiste demande de "passer à la vitesse supérieure". Ce qui signifie que "nous répondrons à la demande faite notamment par le Parti communiste qui est allé déposer une motion de censure, car nous ne pouvons pas accepter que (le gouvernement) ne change rien", a expliqué Olivier Faure.

Le premier secrétaire du parti réclame le rétablissement de l'ISF et des "États généraux" sur la fiscalité, le pouvoir d'achat et l'environnement. À ceux qui réclament le rétablissement de l'impôt sur la fortune, Benjamin Griveaux a répondu que l"ISF n'est pas un cadeau aux riches" : il doit "permettre aux entreprises d'avoir de l'argent réinvesti dans les territoires" au lieu de le voir "partir à l'étranger".

Emmanuel Macron envisage-t-il de démissionner ?

D'autres options, peu avantageuses pour Emmanuel Macron et son gouvernement, ont aussi été évoquées : le député insoumis François Ruffin a appelé à la démission d'Emmanuel Macron "avant de rendre notre pays fou de rage". François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine (UPR), souhaite quant à lui la "destitution" du chef de l'État.

Une motion de censure, à l'initiative des députés communistes, rapidement rejoints par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, est envisagée.Pour pouvoir être déposée, une motion de censure doit réunir 58 signatures parmi les 577 députés. Mais "nous ne nous associons pas à ce stade" à cette initiative, a indiqué dimanche à l'AFP la présidente du groupe socialiste Valérie Rabault.

Il est possible d'affirmer à 99,9%, que le gouvernement ne choisira pas les solutions que l'opposition apporte. Le président de la République ne va pas démissionner, ni dissoudre l'Assemblée. Il est aussi peu probable qu'il se plie au référendum. Mais selon plusieurs proches, le chef de l'État est parfaitement conscient qu'il faudra faire un nouveau geste fiscal, avec des mesures de pouvoir d'achat qui ne sont pas encore sur la table.

Des initiatives devraient être prises dans la semaine. Quant au moratoire sur les taxes carburants, l'exécutif espère tenir bonCertains députés réclament une très symbolique évaluation de la réforme de l'ISF. Emmanuel Macron lui consulte à l'Élysée. Édouard Philippe ira devant le groupe demain à l'Assemblée. Les idées ne manquent pas. C'est maintenant au président de la République de trancher.

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