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Coronavirus : pourquoi Emmanuel Macron n'en a pas fini avec les "gilets jaunes"

DÉCRYPTAGE - Les manifestations des "gilets jaunes" ont débuté il y a deux ans. Depuis, le mouvement de contestation qui avait balayé le pays s'est essoufflé mais retrouve un élan avec la crise économique liée au coronavirus.

Emmanuel Macron, le 17 novembre 2020
Emmanuel Macron, le 17 novembre 2020 Crédit : Ludovic MARIN / AFP / POOL
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Il y a deux ans jour pour jour, le mouvement des "gilets jaunes" émergeait des réseaux sociaux pour prendre forme dans la rue, à travers des manifestations hebdomadaires qui dureront jusqu'à l'hiver 2019. Un mouvement de colère qui s'est construit sur les craintes d'une partie des Français en terme de pouvoir d'achat et une défiance envers le quinquennat d'Emmanuel Macron

Après des mois de manifestations, le mouvement a fini par s'essouffler durant l'été et même si des tentatives de relance ont été opérées à l'automne 2019, l'impact est resté moindre. Depuis, la France a plongé dans une lutte contre le coronavirus. Deux vagues ont déjà envahi le pays et ont provoqué deux confinements et une multitude de restrictions modifiant la vie quotidienne des Français.

La crise des "gilets jaunes" a été un tournant du quinquennat Macron. En réponse aux inquiétudes exprimées, le président de la République avait lancé un Grand Débat visant à renforcer le dialogue avec les élus de terrain et les Français. Deux ans après la première manifestation des "gilets jaunes", le mouvement pourrait se voir renforcé par un nouveau souffle : la crise sociale qui découle de la crise sanitaire. 

Les commerçants, c'est du 'gilet jaune' en puissance

Un conseiller ministériel
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Les problématiques sur lesquelles les "gilets jaunes" se sont formés restent encore présentes : pouvoir d'achat, défiance envers les institutions, forte représentation sur les réseaux sociaux. Les commerçants et les restaurants, victimes économiques de l'épidémie de coronavirus et donc des annonces du gouvernement qui en ont découlé, incarnent la contestation grandissante. Une situation attentivement scrutée au sommet de l'État. "Les commerçants, c'est du 'gilet jaune' en puissance. C'est de la bombe à retardement", confiait un conseiller ministériel. 

Des "réseaux" qui peuvent être remobilisés

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Cette pression s'est intensifiée ces derniers jours pour l'exécutif depuis que la gronde des commerçants et restaurateurs a été soutenue par la classe politique, à travers les maires. Emmanuelle Reungoat, maîtresse de conférence en sciences politiques à l'université de Montpellier, estime auprès de l'AFP que le mouvement des "gilets jaunes" "est un mouvement qui a créé des liens d'entraide avec des réseaux politiques forts qui sont susceptibles de se remobiliser".

Magali Della Sudda, chargée de recherche au CNRS, analyse que "certains demandent toujours le référendum d'initiative citoyenne (RIC), d'autres se sont désengagés mais restent investis sur les réseaux sociaux". Et d'ajouter : "C'est un classique de la sociologie des mobilisations : elles naissent, entrent en veille voire déclinent. Les personnes font autre chose mais ces réseaux sont dormants, on ne peut pas prévoir sous quelle forme mais sans trop se tromper, on peut prédire que ces réseaux se réactiveront".

Quel impact pour Emmanuel Macron ?

Cette colère sociale pourrait coûter cher au chef de l'État. Selon un sondage réalisé par l'Ifop, les Français sont 88% à être favorables à la réouverture des commerces. Point sur lequel le gouvernement ne s'est pas encore engagé pour l'instant. Selon le directeur adjoint de l'Ifop Frédéric Dabi, les artisans et les commerçants "ont soutenu Emmanuel Macron sur l'assouplissement du droit du travail, sur le sentiment que le président faisait des réformes, transformait le pays". L'épidémie de coronavirus "change tout", ajoute-t-il auprès de l'AFP. Il n'y a plus de réformes, et les petits commerçants sont en souffrance". 


Tout dépend donc de la stratégie politique qu'Emmanuel Macron va choisir. Les commerçants sont des électeurs de poids pour le président de la République, "s'il confirme sa stratégie de centre droit ou de projection vers une alliance avec les Républicains", souligne Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, à l'AFP. 

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