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"Gilets jaunes" : retour sur 2 ans de mobilisation, en 9 dates

RÉCIT - Il y a deux ans jour pour jour, pour la première fois, les "gilets jaunes" se rassemblaient à l'occasion de leur première occupation de terrain. Deux ans et une épidémie plus tard, retour sur une mobilisation qui a marqué.

Des "gilets jaunes" manifestent à Strasbourg
Des "gilets jaunes" manifestent à Strasbourg Crédit : FREDERICK FLORIN / AFP
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Paul Turban et AFP

Un gilet fluorescent jaune, des ronds-points occupés, des scènes de franche camaraderie, des slogans anti-Macron, des affrontements violents avec la police, des scènes de saccage. Deux ans après la première manifestation des "gilets jaunes", et une épidémie plus tard, ce sont ces images qui reviennent en mémoire à l'évocation de leur nom. 

Tout avait commencé par un choix budgétaire, annoncé dès le projet de loi de finances 2018 : une hausse de la fiscalité énergétique, et notamment de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Cela devait entraîner une hausse du prix de l'essence et du diesel pour les Français

Des vidéos des Français se réclamant du "peuple" avait alors inondé les réseaux sociaux, certaines devenant virales comme celle de Jacline Mouraud (ci-dessous). Progressivement était alors apparue l'idée de manifester et le gilet florescent jaune s'était imposé comme le signe de ralliement des mécontents. 

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17 novembre 2018 : le premier rassemblement

Le 17 novembre 2018, 282.000 personnes (selon les chiffres officiels) avaient alors manifesté dans toute la France, beaucoup plus selon les participants. Des ronds-points et des routes avaient été bloquées, des opérations escargots organisées, pour alerter le gouvernement et mobiliser les Français. 

Des "gilets jaunes" bloquent la route à Valenciennes le 17 novembre 2018
Des "gilets jaunes" bloquent la route à Valenciennes le 17 novembre 2018 Crédit : FRANCOIS LO PRESTI / AFP
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Certains avaient alors poursuivi l'occupation des ronds-points et les actions toute la semaine, et même plusieurs mois. Certains avaient allumé des feux, s'étaient installés sur des ronds-points, etc. Le 24 novembre, ils avaient été encore 166.000 personnes dans toute la France, selon le ministère de l'Intérieur. L'exécutif se montrait alors relativement silencieux. 

1er décembre : l'Arc de Triomphe vandalisé

Pour "l'acte 3", 136.000 personnes s'étaient rassemblées dans toute la France. Mais la journée avait été particulièrement marquante en raison du saccage par certains manifestants de l'Arc de Triomphe à Paris. Des œuvres avaient été cassées, d'autres taguées et des salles d'exposition avaient été taguées. L'exécutif avait alors vivement condamné ces actions.

À Marseille, une octogénaire, Zineb Redouane, avait été touchée par une grenade lacrymogène en marge d'une manifestation, alors qu'elle fermait ses volets, et était décédée le lendemain sur la table d'opération. Un rapport d'expertise a conclu en juin 2020 que le tir avait été effectué dans les règles et l'a atteinte accidentellement. 

Le 5 décembre, l'annulation de la hausse de fiscalité sur les carburants avait été actée. Toutefois, le 8 décembre, ils étaient de nouveau 136.000 personnes à manifester selon le ministère de l'Intérieur. De nombreux rassemblements avaient eu lieu dans le calme, mais de nouvelles scènes de dégradations avaient été constatées dans plusieurs villes de France. 

10 décembre 2018 : Emmanuel Macron prend la parole

Le 10 décembre 2018, après trois samedis de mobilisation, le président de la République Emmanuel Macron avait pris pour la première fois la parole. Il avait annoncé plusieurs mesures sociales fortes, comme une hausse de 100 euros du SMIC, la suppression de la CSG pour les petites retraites ou encore le retour des heures supplémentaires défiscalisées. Le tout était évalué à un geste de 10 milliards d'euros. 

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"Gilets jaunes" : la réponse d'Emmanuel Macron Crédit Image : Capture d'écran / M6 | Crédit Média : Élysée | Date :

Les samedis suivants avaient été marqués par une baisse de la participation : 66.000 manifestants le 15 décembre, 38.600 le 22 décembre et 32.000 le 29 décembre. Malgré la plus faible participation, les dégradations s'étaient poursuivies, tout comme des affrontements violents entre manifestants et policiers.

5 janvier 2019 : le porte-parolat du gouvernement forcé

Après les fêtes de fin d'année 2018, le mouvement avait repris un peu de vigueur sans toutefois parvenir à atteindre les 90.000 participants. Sur fond de conflits de chiffres avec l'Intérieur, les "gilets jaunes" avaient mis au point leur propre système de comptage qui, bien que revendiquant des chiffres différents, n'avait pu que constater la décrue régulière. 

Le 5 janvier 2019, à l'occasion de "l'acte 8", des manifestants avaient forcé avec un engin de chantier l'entrée du ministère de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement à l'époque. "Ce n'est pas moi qui est visé, c'est la République", avait-il a lors commenté. 

Les portes du ministère de Benjamin Griveaux forcées par des "gilets jaunes".
Les portes du ministère de Benjamin Griveaux forcées par des "gilets jaunes". Crédit : Images amateur / M6

26 janvier 2019 : Jérôme Rodriguez perd son œil

L'une des figures du mouvement des "gilets jaunes", qui a toujours refusé toute organisation ou représentation institutionnelle, Jérôme Rodrigues, comme d'autres avant et après lui, avait été blessé à l'œil lors de "l'acte 11". Il en avait finalement perdu l'usage. 

Jérôme Rodrigues, l'une des figures des "gilets jaunes", le 27 janvier 2019
Jérôme Rodrigues, l'une des figures des "gilets jaunes", le 27 janvier 2019 Crédit : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

La polémique avait enflé face aux blessures causées par les lanceurs de balles de défense (LBD) et grenades de désencerclement utilisés par les forces de l'ordre. L'ONU avait demandé en mars à la France "une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d'usage excessif de la force". 


L'exécutif avait toutefois annoncé le 7 février une nouvelle loi "anticasseurs", initiée par LR. Elle avait été promulguée le 11 avril, après un retoquage par le Conseil constitutionnel de l'article sur les interdictions administratives de manifester. 

15 janvier 2019 : le lancement du grand débat national

Nouvelle stratégie de l'exécutif : le président de la République avait annoncé le 15 janvier 2019 le lancement d'un Grand débat national. Le principe : des débats organisés partout en France pour réunir les citoyens et faire remonter les revendications. Un site Internet avait été mis en place. 

Emmanuel Macron et plusieurs de ses ministres n'avaient pas hésité à mouiller la chemise pour montrer leur bonne volonté. Français, maires, intellectuels, femmes, etc. Le Président avait multiplié les rencontres, n'hésitant pas parfois à rester plusieurs heures pour débattre et répondre, comme cette fois où il est resté près de 7 heures en Normandie. 

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Finalement, le site du grand débat national avait recueilli près de 2 millions de propositions en ligne, recensé plus de 10.000 réunions locales, reçu quelque 27.000 courriers et plus de 16.000 cahiers de doléance en mairie. 

Synthèse grand débat
Synthèse grand débat Crédit : Grand débat national

Mars 2019 : la violence continue

L'acte 18, le 16 mars 2019, avait été marqué par une nouvelle flambée de violences à Paris, sur les Champs-Elysées notamment. L'exécutif avait annoncé une batterie de mesures pour la sécurité : interdiction des manifestations dans les quartiers "les plus touchés" en cas de présence d'"ultras", limogeage du préfet de police de Paris, contraventions alourdies. 

Le 23 mars, à Nice, Geneviève Legay, 73 ans, avait été grièvement blessée pendant une charge. Le procureur avait démenti d'abord tout "contact" physique de la part des forces de l'ordre, propos repris par Emmanuel Macron. Puis le magistrat avait reconnu qu'elle avait été poussée par un policier. Il avait été muté à Lyon quelques mois plus tard. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a estimé en septembre 2020 que la charge policière était disproportionnée. 

25 avril 2019 : Emmanuel Macron reprend la parole

Le 25 avril 2019, Emmanuel Macron avait tenté de clore définitivement la séquence en livrant ses réponses aux conclusions du Grand débat national. Il avait alors annoncé vouloir réduire "significativement" l'impôt sur le revenu - une baisse de 5 milliards d'euros sera votée à l'automne dans le budget 2020 -, réindexer progressivement les retraites sur l'inflation, supprimer l'ENA. Selon le gouvernement, le coût total des mesures annoncées atteignait désormais 17 milliards d'euros. 

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La conférence de presse d'Emmanuel Macron du 25 avril 2019 Durée : |

1er mai 2019 : Christophe Castaner signe sa dernière polémique

"Gilets jaunes" et militants syndicaux avaient défilé ensemble pour la fête des travailleurs le 1er mai, dans une ambiance tendue à Paris en présence de "black blocs". Des dizaines de manifestants avaient pénétré dans l'hôpital parisien de La Pitié-Salpêtrière. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait parlé d'"attaque", alors que des vidéos avait rapidement appuyé l'hypothèse de personnes tentant d'échapper aux gaz lacrymogènes. Après plus de 24 heures de polémique, Christophe Castaner avait regretté l'emploi de ce mot. 

Deux listes "gilets jaunes" avaient recueilli moins de 0,6% des suffrages aux élections européennes du 26 mai. Le 14 juillet, après le défilé militaire, des manifestants étaient retournés sur les Champs-Élysées et plusieurs figures des "gilets jaunes" avaient été arrêtées. Le mouvement s'était alors éteint progressivement à l'automne. 

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