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Coronavirus : il y a un an le confinement entrait en vigueur et bouleversait la vie des Français

RÉCIT - Le 17 mars 2020, à midi pile, la vie s'est arrêtée, sous une France confinée. Une situation historique annoncée la veille par Emmanuel Macron pour faire baisser la pression dans les hôpitaux saturés.

Emmanuel Macron, le 16 mars 2020
Emmanuel Macron, le 16 mars 2020
Crédit : Ludovic Marin / AFP
Un an du confinement : le récit d'une année inédite
03:33
Marie-Pierre Haddad

Crescendo. Il y a eu la fin des rassemblements, la fermeture des écoles, des collèges, des lycées, puis les restaurants et les bars, la ruée dans les supermarchés, le premier tour des municipales dans un climat tendu et le coup de massue. La France bascule dans le confinement. 

Le 17 mars 2020, il y a un an, le pays plongeait dans l'inconnu en débutant une vie sous attestation. La veille, Emmanuel Macron annonçait la nouvelle, sans ne jamais prononcer le mot "confinement", devant 35 millions de Français rassemblés devant leur télévision. "Après avoir consulté, écouté les experts, le terrain et en conscience, j'ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. Dès demain midi et pour 15 jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits", déclarait sur un ton solennel le président de la République. 

Cette allocution marque l'entrée officielle de la France dans la lutte contre la pandémie. L'heure est grave et Emmanuel Macron, visage fermé, le fait ressentir du premier au dernier mot de son discours. "Nous sommes en guerre". Quatre mots répétés à six reprises et qui enfoncent à chaque fois le pays dans la crise. 

La guerre contre "l'ennemi invisible"

Le chef de l'État se transforme alors en chef de guerre et sonne "la mobilisation générale" contre l'"ennemi invisible" et "insaisissable". Le moment est historique. "Jamais la France n'avait dû prendre de telles décisions en temps de paix", déclare Emmanuel Macron. "Je sais que je vous demande de rester chez vous. Je vous demande aussi de garder le calme dans ce contexte. J'ai vu, ces dernières heures, des phénomènes de panique en tout sens. Nous devons tous avoir l'esprit de responsabilité", ajoutera-t-il. 

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Un appel à la responsabilité qui ne cessera d'être rappelé, martelé et ressassé pendant un an, par le président et le gouvernement. Il fait référence à la ruée dans les supermarchés pour se procurer des denrées de première nécessité, mais aussi à l'exode des Franciliens ne voulant pas vivre un confinement à Paris. Des statistiques montreront que 17% des habitants de l'Île-de-France ont quitté la région entre le 13 et le 20 mars.

C'est l'effroi. On prend la mesure de la vague, et on est dans le noir absolu

Un conseiller dans Les Échos

Depuis dix jours, la pression est maximale au sein du réacteur gouvernemental. Les courbes épidémiques s'affolent, les projections donnent des sueurs froides et tous les scenarii sont envisagés et discutés. "On a alors des discussions très désagréables sur le thème : Comment ça va se traduire de refuser des gens en réanimation, Comment vont-ils mourir…", raconte un homme de l'Élysée aux Échos. Un autre témoigne : "C'est l'effroi. On prend la mesure de la vague, et on est dans le noir absolu". 

Et pour cause, la situation est urgente : les stocks de curare, médicament utilisé dans les services de réanimation, sont quasi épuisés. "En trois semaines, on vient d'en consommer l'équivalent de six mois ordinaires", indiquent Les Échos. "Là, ça a été la vraie peur. Les masques, on suivait de près, et au pire du pire, un chirurgien pouvait opérer sans masque. Mais intuber un patient qui n'est pas endormi, ça n'existe pas", raconte l'un des hauts fonctionnaires à l'avant-poste de la gestion de crise au journal.

Le confinement qui ne dit pas son nom

Tout a basculé une dizaine de jours plus tôt. Encore bercés dans "le monde d'avant", Emmanuel et Brigitte Macron se rendent au théâtre. Le couple présidentiel veut inciter les Français à continuer à vivre, malgré le coronavirus. "La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie", expliquait le président. Un autre discours, un autre temps. 

La réalité finit par rattraper Emmanuel Macron et la France plus généralement. "La dentelle, ça suffit, maintenant on passe au bazooka", résume un ministre, à Franceinfo, pour décrire l'état d'esprit du chef de l'État. Le mot "confinement" est dans toutes les conversations et toutes les boucles Whatsapp depuis plusieurs jours. Mais il manque cruellement au discours du président qui ne le prononcera pas. Édouard Philippe souhaitait l'inverse, pour déclencher un électrochoc auprès des Français. 

Le président de la République a annoncé les grandes lignes des restrictions, en laissant le soin à ses ministres d'entrer dans le vif du sujet. Ministre de l'Intérieur à l'époque, c'est Christophe Castaner qui prononcera les quatre syllabes manquantes au discours du président : "confinement". "Il s'agit de mesures de confinement", dira-t-il. "C'est cohérent avec les mesures de confinement que nous prenons", ajoutera-t-il quelques phrases plus tard. 

La première ligne en souffrance

C'est officiel, les Français sont confinés. Et c'est toute la vie quotidienne qui s'en retrouve chamboulée. Sortir ne peut se faire que sous certaines conditions, avec une attestation. Le télétravail devient la règle pour tous ceux qui le peuvent. Les logiciels de visioconférence remplacent le traditionnel rendez-vous à la machine café. Les "gestes barrières" comme se laver les mains, éternuer dans son coude, aérer l'intérieur sont réenseignés. Des activités banales comme faire du sport en extérieur deviennent sources de débats, de couacs et de réajustements de la part du gouvernement. Le temps est comme suspendu.

Tout l'inverse du rythme des hôpitaux. Le personnel soignant lutte en première ligne face au coronavirus depuis déjà plusieurs semaines. Plusieurs années diront les syndicats qui estiment que cette crise met tristement en lumière le manque de personnel et de moyens. Le bilan du nombre de contaminés, de personnes dans les services de réanimation et de morts, notamment dans les Ehpad, devient un rendez-vous effroyable, où chaque soir les chiffres tombent comme un couperet. Tous ébahis par la situation mais aussi par les images des hôpitaux saturés et des cercueils qui s'accumulent en Italie et en Espagne.

L'effet de sidération se fait ressentir mais les Français n'oublient pas ceux qui sont en première ligne. Des vidéos d'applaudissements à la fenêtre à 20 heures sont publiées quotidiennement sur les réseaux sociaux. Un soutien, aussi infime soit-il. 

Et maintenant ?

Comme un souvenir qui continue de flotter au-dessus de la tête des Français, ce premier confinement paraît aussi lointain que proche. En mai 2020, c'est le déconfinement, synonyme de délivrance, mais aussi de prudence. La vie politique reprend son cours, le deuxième tour des municipales se déroule fin juin et quelques semaines plus tard en juillet, le remaniement intervient. Cette période se soldera par des couvre-feux à 21 heures, puis 20, puis 18 heures, dans certains territoires, puis dans toute la France

Le 17 mars 2021, la question d'un confinement est encore et toujours d'actualité. Le gouvernement a acté avec les élus, un confinement dans le Pas-de-Calais et les Alpes-Maritimes. Quid de l'Île-de-France ? Le nombre de malades du coronavirus hospitalisés en soins critiques atteignait 1.152 le 15 mars, selon l'agence régionale de santé (ARS), soit davantage qu'au pic de la deuxième vague épidémique, à l'automne. Les hôpitaux et cliniques franciliens n'avaient pas accueilli autant de patients Covid en réanimation depuis le 13 novembre, lorsque l'ARS en avait recensé 1.134. 

Au-delà de l'urgence sur le territoire, la France doit aussi penser à "l'après-Covid". Un pass sanitaire sera-t-il nécessaire pour aller au restaurant ou au musée ? Un passeport sanitaire sera-t-il obligatoire pour voyager à nouveau ? Première vague, deuxième vague... Face aux députés, Jean Castex a déclaré : "Nous sommes dans une forme de troisième vague". Autant de questions suspendues à l'avancée de la campagne vaccinale qui a acté une nouvelle course contre la montre. "Le maître du temps, c'est le virus, malheureusement", a fini par concéder Emmanuel Macron.

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