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Coronavirus et ski : mesures réalisables ou coup de com' de la part de Macron ?

DÉCRYPTAGE - Emmanuel Macron veut prendre des mesures dissuasives pour empêcher les Français d'aller skier à l'étranger. Jean Castex a précisé la pensée présidentielle. Mais dans les faits, ces restrictions s'annoncent délicates à mettre en place.

Emmanuel Macron, le 1er décembre 2020
Emmanuel Macron, le 1er décembre 2020
Crédit : Thomas COEX / AFP
Coronavirus et ski : un coup de com' signé Macron ?
01:25
Marie-Pierre Haddad

Un bras de fer avec l'Union européenne ? Emmanuel Macron a surpris en annonçant "des mesures restrictives et dissuasives" qui viseront les Français qui décident d'aller skier à l'étranger, en fin d'année. Le président de la République souhaite éviter une concurrence déloyale avec le reste de l'Europe.

Les stations de ski françaises seront ouvertes, mais les remontées mécaniques resteront fermées jusqu'au 20 janvier. L'Allemagne et l'Italie ont aussi décidé de fermer leurs stations de ski mais ce n'est pas le cas de la Suisse, l'Espagne et l'Autriche. 

Quelques heures après les déclarations du chef de l'État, le 1er décembre, ses conseillers s'interrogent sur l'application concrète de cette déclaration. Pourrait-il s'agir de contrôles aux frontières ? Sur quelle base juridique ? Quelles règles seront fixées ?

Quelles seront les restrictions ?

Jean Castex a levé le voile sur ses restrictions. Le premier ministre a indiqué sur BFMTV que des "contrôles aléatoires" seront opérés aux frontières. Pour "empêcher les Français d'aller se contaminer dans les stations" de ski des pays limitrophes, "on va instaurer une quarantaine", a ajouté le premier ministre. 

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Concrètement, les préfets des départements limitrophes "pourraient ordonner un isolement de sept jours" pour les Français qui rentreraient d'une station de ski suisse ou espagnole. "La conclusion à en tirer, c'est que je ne vais pas en Suisse" pour skier, a ajouté Jean Castex. Selon Matignon, cité par l'AFP, "les travailleurs transfrontaliers" ne seront évidemment pas concernés.  

Un coup de com' de la part de Macron ?

Avec ces mesures, Emmanuel Macron souhaite rassurer les directeurs de stations de ski. "S'il y a des pays qui maintiennent des stations ouvertes, il y aura des contrôles pour dissuader les Français" et pour "ne pas créer une situation de déséquilibre avec des stations en France", a expliqué le chef de l'État. Toutes ces modalités devraient être précisées dans un décret attendu dans les jours à venir. 

Des mesures qui paraissent compliquées à mettre en place. Pour certains spécialistes, il faudrait une nouvelle loi. Difficile à mettre en place d'ici Noël. Mais en admettant même que la loi d'urgence sanitaire, en vigueur jusqu'au 16 février le permette, ce serait immédiatement contesté devant le Conseil d'État pour rupture d'égalité. Comment faire la différence entre ceux qui sont allés skier en Suisse et les amateurs de chocolat, par exemple ? L'État n'a pas à vérifier les motifs de ceux qui se rendent à l'étranger. "Ce serait s'immiscer dans leur vie privée", souligne un sénateur. 

"Emmanuel Macron fait donc de la politique et un coup de communication. Taxé par ses adversaires de président des riches, le chef de l'État s'en prend à des Français plutôt fortunés. Il veut aussi montrer aux professionnels de la montagne qu'il les défend. C'est un moyen de pression, plus que quelque chose de réalisable, reconnaît d'ailleurs un parlementaire éminent de la majorité", explique Marie-Bénédicte Allaire, journaliste au service politique de RTL.

Des mesures vivement contestées à droite

La décision d'Emmanuel Macron suscite l'incompréhension, voire même l'exaspération de la classe politique, notamment à droite. "On ne peut pas contrôler nos frontières pour éviter la venue des terroristes (comme celui de Nice), des clandestins, des trafiquants, mais comme par magie on peut contrôler les frontières pour empêcher les Français d'aller sur un tire-fesses suisse ?!", a commenté la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen sur Twitter. 

"Emmanuel Macron va fermer les frontières pour empêcher les Français de sortir mais pas les migrants d'entrer", a également affirmé le député LR d'Eure-et-Loir Olivier Marleix, tandis que l'eurodéputée Nadine Morano qualifiait cette décision de "grotesque" alors que les frontières sont selon elle une "vraie passoire pour tous ceux qui entrent". 

"Ce pouvoir est devenu fou ! Les Français ont le droit de prendre le métro bondé, mais pas d'aller sur un télésiège en Suisse à l'air pur", a affirmé Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France, pour qui la mesure est "inapplicable et délirante". 

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