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Coronavirus et confinement : le gouvernement en difficulté après plusieurs couacs

DÉCRYPTAGE - Alors que le gouvernement peine à imposer sa stratégie sur le reconfinement, le voici embourbé dans une série de couacs qui vient ternir sa communication.

Olivier Véran et Jean Castex, le 4 novembre 2020
Olivier Véran et Jean Castex, le 4 novembre 2020 Crédit : Ludovic MARIN / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Une piste à l'étude ? Après le couac concernant la mise en place d'un éventuel couvre-feu à Paris, Anne Hidalgo reprend la main. La maire socialiste de la capitale a annoncé ce 5 novembre la fermeture dès 22 heures de "certains débits de boissons", épiceries et restauration à emporter, où des "attroupements" ont été constatés dans les rues de Paris.

Ces "nouvelles restrictions sur Paris et la petite couronne" ont été décidées avec le préfet de police Didier Lallement, a précisé Anne Hidalgo sur BFMTV, et un arrêté doit être publié dans les prochaines heures.

S'agit-il d'un couvre-feu ? "Je ne sais pas si c'est un couvre-feu parce que ça ne concerne pas toutes les activités de la ville", a éludé l'édile. Le gouvernement, lui, réfléchit à un éventuel durcissement des mesures, une semaine après la mise en place du confinement. En parallèle, l'exécutif semble avoir un passage à vide, après plusieurs couacs autant au sein du gouvernement, qu'à l'Assemblée nationale.

Une seule et même voix ?

Emmanuel Macron a "rappelé la gravité de la situation qui continue de se dégrader avec des services de réanimation de plus en plus proches de la saturation, avec un patient hospitalisé en raison du Covid toutes les 30 secondes en France". Comme l'a rapporté le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, le président de la République a appelé "à la responsabilité et la mobilisation absolue de chacune et de chacun".

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De son côté, le ministre de la Santé Olivier Véran prépare les esprits à un durcissement des règles sanitaires. "J'espère sincèrement que le confinement tel qu'il a été mis en place nous permettra d'enrayer l'épidémie et de ne pas avoir à poser la question", a-t-il affirmé devant les députés de la mission d'information de l'Assemblée sur la gestion de l'épidémie.

Le gouvernement tente de se serrer les coudes face aux flots de critiques émanant de l'opposition et de certains maires sur la fermeture des commerces de proximité. Le premier ministre Jean Castex a défendu devant le Sénat des décisions "adaptées et cohérentes", assurant avoir "tiré les conséquences" du confinement du printemps pour l'actuel, notamment en ce qui concerne les grandes surfaces et les écoles.

Jean Castex dépassé par son gouvernement ?

Mais cela n'a pas empêché l'arrivée de nombreux couacs qui ont parasité le message du gouvernement. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait annoncé prématurément mardi l'imposition de cette mesure. Un imbroglio retentissant qui a succédé à la polémique et aux volte-face gouvernementales sur l'ouverture des commerces - de proximité ou grande distribution, puis produit par produit.

L'impression de désordre a été encore renforcée par un imbroglio à l'Assemblée nationale, où les oppositions ont réussi à limiter à mi-décembre la prolongation de l'état d'urgence sanitaire, que le gouvernement voulait étendre à mi-février. Or, c'est précisément ce régime d'exception qui permet de restreindre drastiquement les déplacements ou confiner la population. Mais les députés de la majorité se sont retrouvés en minorité sur les bancs.

En coulisse, les tensions se renforcent au sein du gouvernement. Quelques heures avant l'annonce faite par Jean Castex de fermer les rayons des produits non-essentiels dans les supermarchés, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire lui a grillé la priorité au chef du gouvernement. Et cela malgré un rappel à un "ordre express" fait par Matignon, selon les informations du Parisien. "Le Maire joue toujours une carte personnelle, rien de nouveau sous le soleil", constate un conseiller ministériel auprès du Monde.

Des débats tendus à l'Assemblée

Le gouvernement s'embourbe dans une communication floue et parfois contradictoire depuis l'annonce du reconfinement. En effet, des voix s'élèvent en tout cas pour un durcissement des mesures face à la résurgence épidémique, comme Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris, qui s'est dit "consterné" par un confinement "complètement light".

Les députés ont donc rétabli le calendrier de l'état d'urgence sanitaire, après l'échec de la veille. L'ensemble du texte a finalement été adopté en début de soirée par 272 voix contre 108, au terme de débats souvent houleux. Il doit être examiné ce jeudi par le Sénat, puis revenir pour adoption définitive après une dernière lecture au Palais-Bourbon samedi.

Vous êtes en train de construire le sourire aux lèvres un régime autoritaire

Jean-Luc Mélenchon au gouvernement
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A l'issue d'une seconde délibération sur l'article 1er du projet de loi, le gouvernement et sa majorité ont fait table rase de deux amendements de l'opposition votés mardi soir, à la surprise générale, fixant notamment pour limite à la mi-décembre. Cette carte du règlement de l'Assemblée, abattue par le gouvernement pour effacer le camouflet essuyé de la veille, ne faisait guère de doute mais a valu à la majorité d'essuyer une nouvelle bordée de reproches de la part des oppositions.

"Tout ça est conforme avec ce que vous êtes. Vous êtes en train de construire le sourire aux lèvres un régime autoritaire", a fustigé le chef de file des députés LFI, Jean-Luc Mélenchon. A la reprise des débats mercredi, le patron des députés LR, Damien Abad, a évoqué une situation due à la "démobilisation de la majorité" à un moment-clé de l'examen du texte.

Olivier Véran "a perdu ses nerfs"

Côté La République En Marche, on estimait avoir été victime d'un "coup joué par les oppositions, c'est classique". "Tout ça n’est que de la petite politique", assurait le président du groupe LaREM à l'Assemblée Christophe Castaner, comme le rapporte Le Monde. De nombreuses voix se sont élevées à droite comme à gauche pour dénoncer, à l'instar de Philippe Gosselin (LR), un gouvernement "enfermé dans une tour d'ivoire" prenant des mesures "désordonnées" face à l'épidémie.

Plusieurs ténors de l'hémicycle se sont élevés contre le ministre de la Santé, accusé d'avoir invité des députés à "sortir d'ici" lors des débats particulièrement véhéments la veille. Olivier Véran "a perdu ses nerfs", a fustigé le communiste Sébastien Jumel. "Si vrai qu'aucun ministre ne peut inviter les parlementaires à sortir, il me semble que personne (...) ne devrait se laisser aller à des noms d'oiseaux, à des noms insultants à l'égard de membres du gouvernement et d'un certain nombre de collègues" a insisté le président LaREM de l'Assemblée Richard Ferrand.

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