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Coronavirus : 5 points sur StopCovid, le projet d'application de tracking du gouvernement

ÉCLAIRAGE - Olivier Véran et Cédric O ont annoncé dans "Le Monde", que la France travaillait au développement d'une application sur smartphone, utilisable "sur la base du volontariat". Objectif : identifier les personnes ayant été en contact avec une personne infectée par le coronavirus.

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Coronavirus : le gouvernement planche sur une application pour "identifier les chaînes de transmission" Crédit Image : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP | Crédit Média : Sophie Joussellin | Durée : | Date : La page de l'émission
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Au-delà des débats scientifiques et sanitaires sur le port du masque, le déconfinement et les tests de dépistages du coronavirus, un sujet inattendu a pris place dans le débat public : le tracking. À première vue, cela n'a que peu de rapport avec le coronavirus. Mais à y regarder de plus près, cela pourrait bien être le sujet des mois et des années à venir. En quoi consiste le tracking ? Il s'agit de tracer les données téléphoniques des citoyens pour lutter, dans ce contexte, contre la pandémie de coronavirus. 

L'ex-secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi a pris le sujet à bras le corps en adressant aux députés de la majorité une longue note passant en revue les usages possibles du traçage des données numériques et leurs conséquences d'un point de vue éthique. Il identifie ainsi "trois finalités" du "tracking", à savoir "l'observation des pratiques collectives de mobilité et de confinement""l'identification des sujets de 'contacts'" et "le contrôle des confinements individuels". En Corée du Sud, par exemple, les données personnelles des malades sont consultables par la population qui peut vérifier en temps réel où les porteurs se trouvent et se déplacent.

De son côté, le gouvernement a annoncé plancher sur une application, StopCovid, "sur smartphone, utilisable "sur la base du volontariat" pour identifier les personnes ayant été en contact avec une personne infectée par le coronavirus

1. Une application sur "la base du volontariat"

Quelle est la position du gouvernement ? En évoquant la possibilité de "tracker" ses concitoyens, le gouvernement utilise-t-il la fameuse technique politique du ballon d'essai, afin de préparer les esprits ou d'observer la réaction de la classe politique ? Difficile pour l'exécutif d'avoir une ligne toute tracée sur un sujet touchant directement aux libertés individuelles et abordé en période crise.

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C'est Édouard Philippe qui a lui-même glissé un pied dans la porte. Le 1er avril, devant la mission d'information de l'Assemblée, le Premier ministre évoque un possible recours au tracking sur la base "d'un engagement volontaire". Quelques jours plus tard, Christophe Castaner qui estimait pourtant que le tracking n'était "pas dans la culture française", s'est finalement dit convaincu sur France 2 qu'un outil efficace contre le virus et respectant les libertés serait soutenu par l'ensemble des Français.

Le tournant idéologique de l'exécutif semble avoir été abordé, ce mercredi 8 avril, avec le ministre de la Santé Olivier Véran et le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O. Dans un entretien au Monde, les deux membres du gouvernement ont affirmé que la France travaille actuellement au développement d'une application sur smartphone, utilisable "sur la base du volontariat" pour identifier les personnes ayant été contact avec une personne infectée par le coronavirus. 

Baptisé "StopCovid", ce projet vise à "développer une application qui pourrait limiter la diffusion du virus en identifiant des chaînes de transmission", explique Cédric O. "L’idée serait de prévenir les personnes qui ont été en contact avec un malade testé positif afin de pouvoir se faire tester soi-même, et si besoin d’être pris en charge très tôt, ou bien de se confiner".

2. Pas de géolocalisation

"L’application ne géolocalisera pas les personnes. Elle retracera l’historique des relations sociales qui ont eu lieu dans les jours précédents, sans permettre aucune consultation extérieure, ni transmettre aucune donnée", explique Cédric O. Concrètement, lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée, et à une distance rapprochée, "le téléphone portable de l’un enregistre les références de l’autre dans son historique. Si un cas positif se déclare, ceux qui auront été en contact avec cette personne sont prévenus de manière automatique".

Pressentant les craintes sur les libertés individuelles, Olivier Véran précise que cette application est "compatible avec le droit européen des données personnelles, avec des données anonymisées". "Personne n’aura accès à la liste des personnes contaminées, et il sera impossible de savoir qui a contaminé qui. Le code informatique sera public" et la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) est "étroitement" associée aux travaux.

Quand cette application verra-t-elle le jour ? "Je ne peux pas vous dire s’il nous faudra trois ou six semaines pour le développer. Nous ne sommes pas certains de réussir à franchir toutes les barrières technologiques, car le Bluetooth n’a pas été prévu pour mesurer des distances entre les personnes. Nous ne déciderons que plus tard de l’opportunité de déployer ou non une telle application", prévient le secrétaire d'Etat en charge du Numérique.

3. Des craintes sur d'éventuelles dérives

Face à ce projet d'envergure, des voix s'élèvent afin de mettre en garde contre d'éventuelles dérives. A l'image du Défenseur des droits, Jacques Toubon. Dans un entretien à L'Obs, il estime que "cette affaire ne pourra pas se régler seulement entre les industriels, les épidémiologistes et le ministre de la Santé" et préconise "d'ouvrir un débat devant la représentation nationale"

Alexandre Archambault, avocat à Paris, spécialisé dans les problématiques liées au numérique, explique dans Les Jours : "En pratique, on pourrait faire remonter beaucoup plus d’informations sur l’utilisateur, mais cette application serait développée sous le contrôle de la Cnil et, en l’état actuel, c’est probablement la solution la moins pire à disposition. Il y a tout de même des freins à son utilisation : est-ce que j’ai envie d’avoir une app du gouvernement dans mon téléphone ? C’est l’État qui entre dans ma vie privée".

4. Une majorité très divisée sur le tracking

Certaines craintes émanent aussi de la majorité. En effet, le sujet divise La République En Marche. Dans un entretien au Figarole numéro 2 du mouvement, Pierre Person, qualifie de "ligne rouge" ce genre d'application qui "peut remettre en cause mon appartenance à la majorité". Une mise en garde qu'il poursuit en ajoutant : "Que des dirigeants au centre de l’échiquier politique ouvrent cette brèche alors qu’elle peut conduire à une accoutumance de nos sociétés à des régimes illibéraux contrevient à ce que nous sommes". 

Le député LaREM Sacha Houlié s'affiche clairement "contre" le projet. Au Journal du Dimanche, il déclare que "la fiabilité d’un tel dispositif est une illusion". "Comme le confinement, ce dispositif repose sur le consentement des personnes et l’activation des données. Or, s’y soumettre m’apparaît à moi, comme à d’autres je l’espère, inacceptable", juge-t-il.

Aussi contre le projet du gouvernement, l'élu LaREM Guillaume Chiche évoque quant à lui un "rétrécissement de nos droits". Le mécontentement concerne aussi les plus proches du président de la République. L'ancien conseiller d'Emmanuel Macron, devenu député européen, Stéphane Séjourné estime qu'"il est faux de penser que Big Brother peut nous sauver".

5. Mélenchon et Le Pen prudents

Au sein de la classe politique, Jean-Luc Mélenchon estime que le tracking "ne sert à rien". Sur Europe 1, le leader de la France insoumise estime que cela "ne sert à rien si tout le monde n'est pas testé, ça ne sert à rien si tout le monde n'a pas un téléphone portable, ça ne sert à rien si on est dans une zone qui n'est pas couverte, et rien de tout cela n'est possible aujourd'hui".

Invitée à l'antenne de RTLMarine Le Pen a estimé que "bien sûr il faut être attentif aux libertés publiques, mais surtout savoir pourquoi est-ce qu'on utiliserait cette méthode". La présidente du Rassemblement national a rappelé que ce système "a été très utile" dans certains pays pour "endiguer" la première phase de l'épidémie de Covid-19, phase d'endiguement que la France n'a "pas réussie"

D'après elle, le traçage peut être utilisé "si l'objectif est de remonter la trace de ceux qui sont malades (...) pour vérifier avec qui ils ont été en contact, c'est-à-dire à qui ils ont risqué de transmettre le virus, mais traquer tout le monde je ne vois absolument pas l’intérêt".

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