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"La violence était institutionnalisée" : sur M6, il raconte son enfance sous "emprise" dans la communauté religieuse de Malrevers

Jusqu'à ses 14 ans, Joseph Fert a vécu dans une communauté à Malrevers où il a subit des violences. Tout le monde obéissait à un gourou qu'il accuse aujourd'hui de barbarie et qu'il tente de poursuivre en justice. Il témoigne au micro d'Anne-Sophie Lapix.

Joseph Fert a vécu dans une communauté à Malrevers

Crédit : M6

Joseph Fert raconte son enfance dans la communauté de Malrevers : "La violence était institutionnalisée"

00:10:13

Anne-Sophie Lapix - édité par Marine Langlois

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Grandir entre des murs sans savoir ce qui se passe dehors, tout en étant victime de violences : voici l'enfance que décrit Joseph Fert. Ce dernier, aujourd'hui âgé de 35 ans, était l'invité d'Anne-Sophie Lapix dans le 20.10 sur M6 ce dimanche 30 novembre, pour revenir sur sa jeunesse, passée jusqu'à ses 14 ans au sein d'une communauté religieuse à Malrevers, un village de Haute-Loire, jusqu'à ce que sa famille en soit exclue.

Revenant sur son quotidien de l'époque, Joseph explique n'avoir jamais été vraiment élevé par ses parents pendant cette période. "Il y avait des groupes d'enfants qui avaient été faits en fonction des âges de chacun", tous gérés par des "tantes", ce qui fait que les parents n'avaient pas forcément de rôle éducatif concernant leurs enfants. 

Une journée typique commençait dès 6 heures avec un office religieux. "Ensuite un petit-déjeuner qui était pris dans une salle commune, quelques tâches ménagères, la matinée qui se passe dans les ateliers de travail avec différents postes de travail suivants si on était un homme ou une femme". Ensuite un déjeuner accompagné de prières, avant "l'après-midi aux ateliers et ensuite le soir vers 20h, 20h30, le dîner dans la salle commune, un office religieux, tout le monde va au lit. Et le lendemain matin, 6h, on recommence et c'est pareil". 

Des "enfermements à la cave"

Aujourd'hui, Joseph décrit une organisation avec "un chef qui était identifié", en l'occurrence Joël Fert, un "cousin plus ou moins éloigné". Un "gourou" qu'il accuse aujourd'hui de barbaries. "La violence était acceptée, je dirais même qu'elle était institutionnalisée. Il était tout à fait normal pour n'importe quel adulte de lever la main sur un enfant. Il n'y avait absolument rien de choquant à cela", assure l'homme de 35 ans. 

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"En ce qui concerne Joël plus spécifiquement, il y avait un système qui avait été mis en place et qui a évolué au fur et à mesure des années avec l'instauration d'un cahier de notes. Le vendredi midi, Joël arrivait en salle de classe, il faisait le relevé du cahier de notes".

S'en suivait de "la violence physique ou alors des punitions qui pouvaient s'inscrire un peu plus longtemps dans le temps, avec des boules de pétanque, avec des séances de genoux, à devoir rester à genoux les mains sur la tête, soit au sol, soit sur des planches de gravier pointues". Joseph Fert mentionne également des "enfermements à la cave qui pouvaient aller de quelques heures à une journée entière, à des semaines entières. 

Enfermé dans le noir, avec un seau posé quelque part dans un coin pour faire nos besoins. Et parfois même, si on faisait un petit peu de bruit, si on tapait sur la porte, si on criait trop fort, un adulte descendait pour nous mettre un bout de scotch sur la bouche

Joseph Fert

"Quand on enferme des gamins de six ans dans le noir des journées, des semaines entières, ce n'est pas de la violence habituelle. Quand on en est à pouvoir casser les côtes d'un enfant ou à vouloir frapper sur un enfant tellement fort qu'on se casse la main contre un mur, ce n'est pas de la violence habituelle", martèle Joseph. 

Confié à l'aide sociale à l'enfance à 14 ans

Il faut attendre ses 14 ans pour que Joseph quitte cette communauté, après l'exclusion de sa famille. "En 2003, je commence ma troisième, j'ai l'un de mes cousins qui est en cinquième en pension. Certains de ses camarades et des membres du personnel éducatif se rendent compte qu'il a des traces de coups sur lui, ils en font état auprès de l'assistante sociale du collège. Une mesure de placement d'urgence est décidée pour lui", se souvient Joseph. 

Puis "très rapidement, ils (la communauté, NDLR) se sont rendus compte que ce placement allait générer une enquête, une procédure, et ils ont souhaité se protéger immédiatement". Quelques jours plus tard, Joseph était dans une voiture pour Dijon avec son père et son petit frère, et il a été confié à l'aide sociale à l'enfance. 

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Commence alors un premier apprentissage de la liberté pour le jeune Joseph, qu'il juge aujourd'hui "désastreux" après une construction fondée uniquement sur la peur et la violence. "Quand on ne me frappait pas, en fait, je ne comprenais rien. C'est aussi simple que ça. Il y a eu un temps d'adaptation à la société qui a été assez long, un rapport aux adultes, un rapport à la hiérarchie, toute une construction de repères qui a été très longue", décrit-il. 

Si la rupture avec la communauté a été compliquée, Joseph juge aujourd'hui que "ce qui est le plus douloureux, c'est les souvenirs de ces 14 ans passés dans cette communauté. Et le départ, en fait, finalement, ça a été très dur à l'instant T, mais il a été finalement l'une des meilleures choses qui me sont jamais arrivées". 

Le "gourou" condamné en 2008 pour violences habituelles

Joël Fert a été condamné pour violences habituelles en 2008, mais a eu une peine aménagée et n'a pas été en prison. Une sanction jugée trop légère par Joseph qui tente de le poursuivre en justice. "Je ne vais pas critiquer la condamnation que Joël a eue en 2008. Il a été condamné pour violences habituelles sur mineurs courant 2002 à 2003, il n'a d'ailleurs jamais fait appel de cette décision", commence-t-il.

Avant d'ajouter : "La seule chose que je dis, c'est qu'avec les éléments du dossier qu'il y avait à l'époque, il y avait des éléments factuels qui auraient pu permettre de le poursuivre sur des faits autrement plus graves. Et la chose principale qui me semble importante de dire, c'est que la notion de courant 2002 à 2003, n'apparaît nulle part dans le dossier. J'ai des éléments aujourd'hui d'enfants qui n'ont pas été entendus à l'époque en 2004 et qui décrivent et attestent de violences, y compris d'ailleurs ces vices de nature sexuelle qui se sont produits dans les années 90."

Aujourd'hui, Joseph assure aller "plutôt bien". Il a une compagne, un petit chien, une maison, un travail et quelques contacts très léger avec sa famille, toujours marquée par ce temps au sein de la communauté de Malrevers. "Un lien familial, je ne peux même pas dire une fois qu'il a été brisé, une fois qu'il n'a pas existé tout court, dès l'enfance, ça ne se rattrape pas, ça ne se guérit pas", termine-t-il. 

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