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Buzyn, candidate LaREM à Paris : la mutation d'une médecin en personnage politique

DÉCRYPTAGE - Figure incontournable du gouvernement, l'ancienne ministre des Solidarités et de la Santé entre dans l'arène politique, en devenant la candidate LaREM pour les municipales à Paris.

Agnès Buzyn, le 17 février 2020
Agnès Buzyn, le 17 février 2020 Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Se mesurer au suffrage universel. L'idée trottait déjà dans la tête d'Agnès Buzyn depuis plusieurs mois. C'est désormais chose faite : la ministre des Solidarités et de la Santé se lance dans la course pour les municipales à Paris, sous la bannière La République En Marche

Première conséquence : l'hématologue de 57 ans a annoncé son départ du gouvernement. Elle est remplacée par le député de la majorité Olivier VéranEmmanuel Macron a salué un choix "de cœur et d'engagement" et "courageux". Une décision qui marque un tournant dans la carrière de l'ancienne membre du gouvernement. 

"Raccrocher la blouse". C'est ainsi qu'un haut cadre de LaREM résumait l'enjeu pour Agnès Buzyn. Attachée à son ministère qu'elle quitte les larmes aux yeux, cette technocrate s'était attelée à des dossiers lourds comme les vaccins, l'homéopathie, la bioéthique avec l'adoption de la PMA pour toutes à l'Assemblée, le prix du tabac. Avec un résultat plus que contrasté, elle était en première ligne pour résoudre la crise dans le milieu hospitalier. Un dossier qu'elle laisse désormais sur le bureau de son successeur. 

La "médecin de 66 millions de Français"

Le basculement d'Agnès Buzyn dans la sphère politique n'est pas une surprise, tant son nom avait déjà été évoqué lors de précédents scrutins. En mai 2019, lors des européennes, l'hypothèse Buzyn avait été émise afin d'incarner la liste de la majorité. L'ex belle-fille de Simone Veil avait déjà l'envie d'en découdre. Pourtant face aux micros, elle bottait en touche. "Je répondrai à cette question quand elle me sera posée et là ce n'est pas le cas. Je ne veux même pas y réfléchir. J'ai une loi Santé qui sera devant les parlementaires et je suis bien occupée sur des sujets majeurs", répondait Agnès Buzyn à RTL.

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Un agenda ministériel bien chargé. Avant de se projeter dans les combats électoraux, Agnès Buzyn misait sur son bilan. "J'ai mis longtemps à comprendre que je n'étais pas le médecin de 66 millions de Français !", disait-elle comme le rapportait Le Parisien. Peu après sa nomination au gouvernement, elle confiait au journal faire toujours le même cauchemar : "Quand n'importe quel accident se produisait en France avec des morts, je me sentais responsable. J'étais bouleversée".

Pas question donc pour elle de se laisser déconcentrer de son ministère. En septembre 2018, quand l'idée d'une éventuelle candidature à la mairie de Paris lui était soumise, Agnès Buzyn répondait dans les colonnes du journal : "Sincèrement, je n'ai aucune idée de ce que je ferai après mon ministère et ça n'a aucune importance. Ma carrière a été tellement différente de ce que je projetais que j'ai arrêté de faire des plans sur la comète".

Des européennes aux municipales

Les élections européennes passées, le plan B, comme Buzyn pour les élections municipales à Paris revient sur le devant de la scène. C'est François Bayrou qui émet l'idée de débrancher Benjamin Griveaux, constatant que sa campagne ne décolle pas, afin de privilégier une candidature de la ministre de la Santé. 

"Cette rivalité (entre Benjamin Griveaux et Cédric Villani, ndlr) est pour l'instant stérile. Aucune (personnalité) ne se détache de l'autre et on est plutôt dans une phase de stagnation", plaidait le dirigeant du MoDem, allié à LaREM, sur France Inter. "Il serait intéressant de réfléchir à un plan B à Paris", a poursuivi ce proche très écouté d'Emmanuel Macron. 

Fin janvier lors du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, la ministre de la Santé ne cachait pas ses ambitions parisiennes, contrariées par un agenda toujours aussi chargé. "Le projet de Benjamin Griveaux est un bon projet, il a énormément travaillé, il est légitime, il a des propositions très concrètes. Donc j'ai envie de rejoindre la campagne de Benjamin Griveaux. Paris, c'est ma ville. J'y suis née, j'y ai habité pratiquement toute ma vie", déclarait Agnès Buzyn. À l'époque, les conversations avec le candidat étaient en pause. "Je préfère être concentrée sur mes dossiers ministériels", précisait-elle.  

Franchir le pas

La chute accélérée et surprise de Benjamin Griveaux propulse Agnès Buzyn en sauveuse de La République En Marche pour les municipales. "Sa candidature suscite tellement de réactions, bonnes ou mauvaises, que les marcheurs, un peu grisés, y voient  la preuve que leurs rivaux sont pétrifiés. Il y a une chose qui est incontestable : cette décision est une prise de risque pour le président comme pour son ex-ministre. C'est un pari. Et ce serait bien présomptueux d'affirmer qu’il est perdu d’avance", note Pauline de Saint-Rémy, au service politique de RTL.

"Si Agnès Buzyn a fait le choix de renoncer à son ministère pour se lancer dans cette campagne, ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron lui a tordu le bras. C’est parce qu’elle croit que c’est possible", ajoute-t-elle. 

C'est d'ailleurs le message envoyé par la principale concernée, quelques heures après l'annonce de sa candidature à Paris. "J'y vais pour gagner", a-t-elle lancé. Victoire ou non pour les municipales à Paris, aucun doute qu'une nouvelle ère très politique s'est ouverte devant Agnès Buzyn.

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