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Pourrait-on remplacer les carburants d'origine fossile dans les avions ? La réponse de Jean-Marc Jancovici

L'UE se fixe comme objectif de faire voler les avions civils avec des carburants non fossiles d'ici à 2035. Mais à ce jour, aucune alternative viable au pétrole n'émerge.

Un avion de la compagnie aérienne Iberia (image d'illustration).

Crédit : Urbanandsport / NurPhoto / NurPhoto via AFP

"Très vraisemblablement, il y aura un jour beaucoup moins d'aviation commerciale"

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Jean-Marc Jancovici - édité par Hugo Palacin

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L'avion du futur volera-t-il un jour sans pétrole ? Les compagnies aériennes jugent aujourd'hui impossible que des avions de ligne volent avec un carburant d'origine non fossile. C'est pourtant l'objectif que se fixe l'Union européenne à l'horizon 2035.

Bruxelles entend progressivement augmenter la part de carburants d'origine durable dans l'approvisionnement des avions. Aujourd'hui, il s'agit essentiellement d'huiles usagées. Mais malgré la fréquentation importante des fast-food, nous ne consommons pas suffisamment de frites et la production d'huile n'est pas assez importante dans le monde pour envisager de remplacer le kérosène par de l'huile usagée.

Aujourd'hui, moins de 1% du kérosène mondial est remplacé par de l'huile usagée. Ce qui est envisagé à l'avenir, c'est de transformer de la biomasse non alimentaire en carburant. Deux projets existent déjà en France. Des usines dans le sud du pays envisagent d'utiliser du bois, de l'eau et de l'électricité en grandes quantités pour produire du kérosène de synthèse. 

La quantité d'électricité pour produire des carburants non fossiles est démente

Mais quand on regarde les quantités de bois qui sont nécessaires pour obtenir un litre de kérosène, on se rend compte qu'on ne va jamais réussir à substituer une partie significative du pétrole actuel par ce genre de procédé. 

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La dernière solution envisagée, ce sont les e-fuels, pour "électricité fuel". Ils sont produits à partir d'hydrogène lui-même obtenu à partir d'électrolyse et de CO2 récupéré à la sortie des gros sites émetteurs. L'idée est de récupérer le carbone de ce CO2, de l'associer à l'hydrogène produit par électrolyse, afin de créer de façon artificielle des hydrocarbures qui vont servir à alimenter les avions.

Là encore, la quantité d'électricité qu'il faut pour produire ces carburants est totalement démente, de telle sorte que personne ne se risque à pronostiquer qu'on remplacera un jour le pétrole qu'on utilise aujourd'hui dans les avions par ce genre de carburant.

L'aviation civile représente jusqu'à 10% du pétrole mondial

Si aucune solution viable n'est trouvée et que la consommation de pétrole est amenée à se réduire dans l'aviation, cela veut donc dire qu'il y aura, un jour, moins d'avions dans le ciel. La question, c'est : quand ?

Aujourd'hui, les avions ne consomment que 8 à 10% du pétrole mondial. On pourrait imaginer diviser cette consommation par deux, laisser les avions voler au pétrole et imposer aux voiture de rouler à l'électricité.

Mais on peut aussi imaginer que la répartition sera différente et que les avions vont quand même devoir consommer moins de pétrole. De toute façon, quand les ressources en pétrole se raréfieront, il y aura vraisemblablement moins d'aviation commerciale. Cela risque de poser un vrai problème, parce qu'on a pensé le monde avec la facilité de se déplacer à l'autre bout de la planète. 

Les chaînes de valeur sont également pensées via ce schéma lié à la mondialisation. Nous sommes habillés, nourris par la mondialisation. Un monde dans lequel il y aura beaucoup moins d'avions et beaucoup moins de bateaux, c'est un monde qui sera fatalement très différent du monde que nous connaissons aujourd'hui.

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