1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. 150 ans de la Commune de Paris : pourquoi divise-t-elle encore la gauche et la droite ?
5 min de lecture

150 ans de la Commune de Paris : pourquoi divise-t-elle encore la gauche et la droite ?

DÉCRYPTAGE - Le 18 mars 1871, les Communards décident de faire front contre le gouvernement Thiers, Paris est en état de siège. Cet épisode historique a été le théâtre de plusieurs avancées sociales, mais aussi d'une violente répression. Ces 72 jours continuent de faire couler beaucoup d'encre et de diviser la classe politique. Explications.

Une barricade à l'angle de l'avenue Jean-Jaurès et du boulevard Sébastopol, durant la Commune de Paris
Une barricade à l'angle de l'avenue Jean-Jaurès et du boulevard Sébastopol, durant la Commune de Paris
Crédit : SNEP / AFP
Marie-Pierre Haddad

Il y a 150 ans jour pour jour, le 18 mars 1871, débutait une période historique qui se déroulait au cœur de la capitale, la Commune de Paris. Pendant 72 jours, les Parisiens ont mené une insurrection contre le gouvernement d'Adolphe Thiers, retranché à Versailles

Cette révolution débouchera sur la constitution d'un Conseil communal par les Communards. Il sera démantelé dans un bain de sang, connu historiquement pour être "la semaine sanglante". Ce chapitre de l'histoire fait l'objet de nombreuses commémorations jusqu'à fin mai à Paris. 

Gauche et droite parisiennes s'accordent sur le fait que cette période est peu enseignée dans les manuels scolaires. Mais cela ne l'empêche pas d'être l'objet de querelles politiques, entre des accusations de récupérations politiques et un fantasme révolutionnaire.

Qu'est-ce que la Commune de Paris ?

"Cet événement est intervenu après la défaite de la France, au profit de la Prusse. Pour sortir du conflit, Napoléon III va leur céder l'Alsace et la Lorraine. Le gouvernement d'Adolphe Thiers, formé par des monarchistes en faveur de la fin de la guerre, vont tenter de remettre de l'ordre dans Paris", explique à RTL.fr Michel Cordillot, auteur du livre La Commune de Paris 1871.

À lire aussi

"Un conflit va naître entre la France profonde qui aspire à tout prix à la paix et Paris qui a résisté après un siège terrible et qui ne comprend pas qu'on arrête la guerre. Le gouvernement Thiers veut récupérer l'artillerie et les canons de la Garde nationale. A cette époque, les Parisiens étaient armés et les armes payées par souscription nationale. Le gouvernement va tenter son coup de force dans l'ouest de Paris", raconte Michel Cordillot. 

Les bataillons de la Garde nationale vont récupérer leurs armes et leurs canons situés pour les mettre à l'abri, les transférant de l'ouest à l'est parisien. C'est ainsi qu'a commencé la Commune de Paris. Le 18 mars 1871, "la population est ameutée et réveillée au petit matin par les blanchisseuses du quartier, premières à se lever. Elles sonnent l'alerte en voyant l'arrivée des troupes versaillaises. L'armée finit par se replier, c'est la débandade, certains soldats de l'armée vont fraterniser avec les insurgés", poursuit l'auteur de La Commune de Paris 1871.

Vue générale du parc d'artillerie de la Butte Montmartre le 18 mars 1871.
Vue générale du parc d'artillerie de la Butte Montmartre le 18 mars 1871.
Crédit : AFP

Des avancées politiques, sociales et féministes

Les insurgés se retrouvent seuls à Paris. Adolphe Thiers s'est enfui avec son gouvernement à Versailles. Les Communards qui comptent environ 200.000 hommes vont organiser des élections et élire un Conseil municipal, appelé la Commune. Elle gouvernera la capitale pendant 54 jours.

Selon Michel Cordillot, "son originalité et sa postérité résident dans le fait que ce Conseil a fait voter, ou a discuté, des mesures modernes politiques, sociales et sociétales" : séparation de l'Église et de l'État, possibilité pour les associations ouvrières de constituer des coopératives, égalité salariale entre les institutrices et les instituteurs, droit au divorce pour les femmes, le travail de nuit des boulangers est interdit... 

Les femmes ont d'ailleurs joué un rôle important dans cet épisode historique. "Elles ont eu un rôle politique, elles vont aussi se battre sur les barricades. Certaines seront ambulancières, d'autres journalistes comme André Léo. Sans oublier, l'une des figures de la révolution l'institutrice Louise Michel", explique l'écrivain.

Une aspiration à une "république sociale, laïque et féministe"

Ces mesures et la constitution du Conseil municipal marquent à gauche. A RTL.fr, le député La France insoumise de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière estime que "c’est indiscutablement une expérience de révolution populaire, citoyenne, dans un moment où le nouveau capitalisme industriel accroit son emprise sur le monde du travail. Le prolétariat subit la concurrence de plus en plus forte de l’entreprise capitaliste moderne, celle qui emploie systématiquement des machines, concentre le capital et la main-d’œuvre et précarise le travail". Pour lui, La Commune "est la tentative révolutionnaire de construire une République du travail, dans laquelle la démocratie politique et la démocratie sociale ne font qu’une".

Laurence Patrice, adjointe PCF à la mairie de Paris en charge de la Mémoire, évoque auprès de RTL.fr, un "épisode bref mais constitutif de l'histoire de Paris". "C'est un moment d'insurrection organisée où les Parisiens ont voulu mettre en place un projet politique", ajoute-t-elle. 

C'est justement ce projet politique qui marque le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. "La Commune de Paris a été à l'origine de nombreuses lois pour instaurer une république sociale, laïque et féministe". Joint par RTL.fr, il décrit ces 72 jours de la Commune comme "la beauté d'un peuple qui décide d'un mouvement et fraternise avec l'armée. Comme disait de Gaulle, 'le peuple se libère par lui-même et pour lui-même' et tout ceci s'est produit en 1871". 

Une ligne partagée par l'écologiste Éric Piolle. Le maire EELV de Grenoble, où des commémorations sont prévues, estime que durant la Commune de Paris il y a "eu une aspiration commune et une lutte pour ne pas sombrer dans l'excès capitaliste. Nous avons hérité de cette lutte contre l'utopie capitaliste qui est une chimère", nous explique-t-il.

La classe dominée contre la classe dominante

Michel Cordillot, auteur de "La Commune de Paris 1871"

La Commune de Paris est-elle une révolution du prolétariat sur la bourgeoisie ? Karl Marx dira de cette période qu'il s'agit de "la première révolution du prolétariat". Quelques années après, il nuancera et déclara que "la Commune n'était pas socialiste et ne pouvait pas l'être". Pour Michel Cordillot, la révolution de 1871 ne peut pas se résumer aux ouvriers contre la bourgeoisie. "Il s'agit plutôt de la classe dominée contre la classe dominante. En plus des ouvriers qui vont rejoindre la Commune, on retrouve aussi la bourgeoisie populaire. Elle correspond aux petits patrons d'atelier. Ce sont des anciens ouvriers, restés près du peuple et qui travaillent avec un ouvrier à leurs côtés dans l'atelier", ajoute-t-il. 

Plus que la condition sociale, ce sont surtout "trois dynamiques" qui rassemblent les Communards entre eux. "La première est une dynamique républicaine. Le peuple de Paris est républicain, y compris dans les milieux bourgeois. Ensuite, il y a une dimension sociale. A défaut d'être sociale, la Commune tente au moins de l'être. Dernière dynamique : le patriotisme. La Commune refuse la défaite face à la Prusse", détaille Michel Cordillot. Militaire de carrière, ouvriers, immigrés composent la révolution parisienne.

La droite parisienne évoque un épisode "meurtrier et sanguinaire"

La fin de la Commune s'est faite dans un bain de sang. "Le 21 mai 1871, les troupes versaillaises ont pu rentrer dans Paris et ont pris par surprise les Communards. 100.000 soldats ont affronté entre 10.000 et 15.000 révolutionnaires. Après chaque prise de barricade, les défenseurs étaient tués sur place. On dénombre entre 10.000 et 25.000 morts, 40.000 arrestations et 6.000 exilés. Toutes les mesures prises par le Conseil ont été abrogées", conclut Michel Cordillot. 

C'est cet épisode qui est au cœur de vives tensions entre la droite et la gauche parisiennes. Le conseiller LR du XVIIIème arrondissement de Paris Rudolph Garnier juge que "la célébration n'est pas concevable. L'hommage, oui, nuance-t-il auprès de RTL.fr. On ne célèbre pas la destruction de Paris. Le discours de la gauche vise à maquiller l'histoire et à en faire une revendication idéologique. La Commune de Paris a été une expérience courte, meurtrière, sanguinaire et destructrice". 

Alexis Corbière répond que "la légitimité de l’autorité publique ne tombe plus d’en haut, par décret d’un pouvoir supérieur lointain, mais procède d’une sorte d’investiture par en bas. Ceux qui sont investis d’un pouvoir doivent rendre des comptes, au quotidien, à leurs concitoyens. La Commune est donc très loin d’être le règne de l’anarchie et du désordre que ses ennemis décrivent dès le printemps 1871". Révolution ou lutte populaire, la question reste encore entière 150 ans après.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/