3 min de lecture

Refus de marier un Algérien sous OQTF : Robert Ménard face à la justice avec le soutien de David Lisnard et Bruno Retailleau

Jugé à Montpellier ce mercredi 30 septembre, Robert Ménard doit répondre de son refus de célébrer en 2023 le mariage d'un ressortissant algérien sous OQTF avec une Française à Béziers. Une affaire à forte portée politique, qui remet au premier plan la question des mariages de personnes en situation irrégulière.

Robert Ménard, le 7 janvier 2022

Crédit : PASCAL GUYOT / AFP

AFP & La rédaction numérique de RTL

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Mettre RTL en favori sur Google

Robert Ménard comparaît mercredi 30 septembre devant le tribunal de Montpellier pour avoir refusé de célébrer, en juillet 2023, le mariage d'un homme algérien sous obligation de quitter le territoire français avec une Française vivant à Béziers. Le maire d'extrême droite de Béziers encourt jusqu'à cinq ans de prison, 75.000 euros d'amende et une peine d'inéligibilité.


L'affaire est devenue bien plus qu'un simple dossier local. Elle cristallise à la fois les débats sur l'immigration, la situation des étrangers sous OQTF, la marge de manoeuvre des maires face à un mariage qu'ils estiment suspect, et l'utilisation politique de ce type d'affaires à l'échelle nationale.

Le 7 juillet 2023, Robert Ménard avait refusé de marier Eva M., citoyenne française, et Mustapha B., ressortissant algérien en situation irrégulière. L'élu avait justifié sa décision en expliquant qu'il soupçonnait un "mariage blanc". Quelques jours plus tard, Mustapha B. avait été expulsé vers l'Algérie.

Un couple marié en Algérie

Le couple s'est finalement marié cet été en Algérie. Mais leur situation reste éclatée: l'épouse vit en France avec ses enfants, tandis que son mari se trouve de l'autre côté de la Méditerranée. C'est cette séquence, entre refus de célébration, expulsion puis mariage à l'étranger, qui se retrouve aujourd'hui au coeur du procès de Montpellier.

À lire aussi


Avant cette audience correctionnelle, Robert Ménard avait déjà été convoqué une première fois en février 2025. Il avait alors refusé la procédure de "plaider coupable" qui lui était proposée, ce qui a conduit au renvoi de l'affaire devant le tribunal.

Une audience sous tension et très politique

L'audience s'annonce particulièrement tendue. Robert Ménard a appelé ses soutiens à se rendre au tribunal. Il a aussi cité à comparaître plusieurs responsables politiques, parmi lesquels David Lisnard, président de l'Association des maires de France, et Bruno Retailleau, ancien ministre de l'Intérieur et candidat à la présidentielle. L'entourage de ce dernier a confirmé à l'AFP sa présence.

Le chef de l'Etat avait lui-même contribué à donner à cette affaire une portée nationale. En 2025, Emmanuel Macron avait qualifié d'"ubuesque" la situation des maires contraints de marier des personnes en situation irrégulière. Robert Ménard avait également demandé au président de la République de venir à Montpellier, mais celui-ci ne fera pas le déplacement, selon le prévenu.


Du côté des parties civiles, l'inquiétude est palpable. L'avocate du couple, Me Vanessa Edberg, a dit à l'AFP être "très inquiète", évoquant des "menaces". Elle a aussi refusé la présence de comités de soutien, en affirmant vouloir rester sur le terrain du droit, et non de la politique.

Pour l'avocate, ses clients ont été victimes d'une manipulation politique : "Tout ça a été orchestré. Vous rendez vous compte que le jour où Eva et Mustapha arrivent à la mairie, elle arrive avec sa belle robe, lui bien habillé et il y a des journalistes, des politiques, des gens qui les huent, qui les insultent. Est-ce que vous vous rendez compte de la violence ?", lance-t-elle à RTL

Un dossier au croisement du droit et du débat sur l'immigration

Au-delà du cas Robert Ménard, ce procès intervient alors qu'une proposition de loi visant à interdire les mariages pour les personnes en situation irrégulière est examinée par la Commission des lois de l'Assemblée. Le dossier judiciaire entre ainsi en résonance directe avec le débat parlementaire.


L'Association des maires de France soutient ce texte. A l'inverse, l'Association nationale des villes et territoires accueillants juge la proposition "discriminante". Ce clivage illustre la fracture politique et institutionnelle autour d'une question sensible: jusqu'où un maire peut-il aller lorsqu'il soupçonne une fraude au mariage, et que dit le droit lorsqu'un des futurs époux est sous OQTF ?

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée