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Pourquoi elle ira voir son ex-mari en prison, comment elle a gardé la "joie de vivre"... Ce que nous apprend Gisèle Pelicot dans son livre

Sa détermination a marqué le monde, Gisèle Pelicot se raconte pour la première fois dans un livre, "Et la joie de vivre", traduit en 22 langues, à paraître dans le monde entier le 17 février. Figure du combat contre les violences sexuelles après le procès historique des viols de Mazan, la septuagénaire veut délivrer un message d'espoir.

Gisèle Pelicot sortira un livre, "Et la joie de vivre", le 17 février 2026

Crédit : Joel Saget / AFP

Cindy Hubert - édité par Sylvain Zimmermann

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Son courage pendant le procès des viols de Mazan a marqué les esprits. Gisèle Pelicot se raconte pour la première fois dans un livre, Et la joie de vivre, un écrit à quatre mains avec la journaliste Judith Perrignon, qui paraîtra le 17 février chez Flammarion.

Dans ses mémoires traduites en 22 langues, elle s'exprime longuement sur les viols organisés par son ex-mari et le procès historique d'Avignon. Dominique Pelicot a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Gisèle, elle, est devenue une figure de la lutte contre les violences sexuelles, une "icône" féministe globale. Même si elle préfère se voir comme un "repère, ou un symbole".

Dès les premières pages, la septuagénaire revient d'abord sur la déflagration quand l'affaire éclate. Pour elle, bien sûr, mais aussi pour toute sa famille. Elle raconte cette urgence à quitter la maison de l'horreur à Mazan. Sa fille, Caroline, envoie valser les assiettes. Elle s'attaque ensuite aux photos, "elle déchirait tout". Ses frères ne l'arrêtent pas. Les trois enfants enchaînent les allers-retours à la déchetterie, d'abord "les débris dans des sacs poubelles", puis "le salon de jardin en rotin", et "les objets et les vêtements de leur père." "Leurs souvenirs étaient devenus des mensonges", écrit Gisèle Pelicot.

"La vie ne se rejoue pas"

Elle, tente coûte que coûte de se cramponner aux bons moments de ces cinquante ans passés ensemble. "Si j'efface tout, je suis morte et depuis longtemps", car "la vie ne se rejoue pas". Gisèle est hantée par le refrain de la célèbre chanson de Michel Fugain : "C'est un beau roman c'est une belle histoire..."

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"J'avais besoin de ce qui avait été. Mes enfants ne le pouvaient pas. Impossible de distinguer leur père de l'empoisonneur et du violeur", explique-t-elle dans ses mémoires. "T'as eu une vie de merde", me disait Caroline. Non ce n'était pas vrai."

Son calme déroute les enquêteurs, la juge et même sa psychologue. "Je n'étais pas assez vindicative, pas assez en colère", explique-t-elle. Mais Gisèle Pelicot s'est construite ainsi. Depuis la mort de sa mère, emportée par une tumeur au cerveau quand elle avait 9 ans, "il fallait être invincible", et rire quoi qu'il arrive.

C'est notamment sur ce pressentiment que le titre du livre s'impose : sa "joie de vivre" est une réponse à tous ceux qui se sont demandés comment elle tenait.

Gisèle Pelicot ira voir son ex-mari en prison

Dans son livre, Gisèle fait aussi une confidence étonnante. Elle annonce qu'elle ira voir Dominique Pelicot en prison. Beaucoup lui déconseillent, mais elle en a besoin. Gisèle n'a pas revu son ex-mari en tête-à-tête depuis plus de cinq ans, depuis le moment où ils sont entrés ensemble dans le commissariat de Carpentras. Et elle a des questions. "Quand tu me regardais le matin, pas un moment tu n'as eu pitié de moi ? Pas un moment tu ne t'es dit, il faut que j'arrête ? As-tu abusé de notre fille ? As-tu tué aussi?"

"Je parlerai à celui que j'ai cru épouser", écrit la septuagénaire. S'il est encore là, il me répondra." Elle poursuit : "Cette visite ne sera pas un cadeau, pas une faiblesse, ce sera un adieu, une étape indispensable à ma reconstruction." Car Gisèle Pelicot a dû faire face à de nouvelles révélations.

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L'INTÉGRALE - Dominique P. : les 50 violeurs de la maison de Mazan

00:38:24

Dominique Pelicot est désormais mis en examen pour deux cold cases : le viol et le meurtre de Sophie Narme, en 1991, à Paris, et pour une tentative de viol sur une autre jeune femme, en 1999, à Villeparisis, en Seine-et-Marne. Le septuagénaire a reconnu la tentative de viol, confondu par son ADN. Il clame en revanche son innocence concernant le dossier de Sophie Narme.

Gisèle Pelicot ne peut pas oublier ce coup de fil... "Un policier se présente : "C'est au sujet de votre mari. J'ai acquiescé, façon de dire, oui bien sûr c'est toujours au sujet de mon mari que la police m'appelle." Une nouvelle tempête se lève. "À l'intérieur de moi, tout s'effondrait" : 'à quel moment tout cela allait-il cesser ? Combien de cercles comptait l'enfer où j'avais basculé ?'" Gisèle Pelicot n'en parle pas tout de suite à ses enfants, eux, qui verraient "le visage de leur père épinglé entre celui de Guy Georges et du Grêlé".

À écouter

Gisèle Pelicot se raconte pour la première fois dans un livre,  "Et la joie de vivre"

00:03:11

La septuagénaire ne peut pas s'empêcher de penser à l'idée "qu'un soir Dominique était rentré chez nous, dans cette maison que nous aimions tant, que nous nous étions mis à table, comme si de rien n'était, alors qu'il venait d'agresser une jeune femme de vingt ans qu'il avait laissée à l'agonie dans un placard. Elle était là désormais dans ma tête".

Elle pense aussi à Sophie Narme. "J'ai besoin de me dire que je n'ai pas vécu avec un meurtrier et je m'y accrocherai jusqu'à preuve du contraire, écrit-elle. C'est moi que je protège. La part d'illusions qui me reste, aussi ténue soit elle."

Le refus du huis clos au procès de Mazan, son "arme secrète"

Aujourd'hui, Gisèle Pelicot ne regrette pas d'avoir ouvert en grand les portes du procès. Et pourtant, pendant longtemps pour elle, le huis clos était une évidence. "Pour ma santé mentale, je veux m'abstenir de tout commentaire, je veux être la plus discrète possible", dit-elle à la juge alors que le procès s'annonce.

"Et puis un jour de mai 2024, j'ai changé d'avis." Gisèle Pelicot se balade en forêt. "La porte fermée du tribunal censée me protéger des regards, m'inquiétait. Est-ce que je n'étais pas en train de leur faire un cadeau ?" se demande-t-elle, en pensant aux 50 accusés qui vont prendre place dans la Cour, en plus de Dominique Pelicot.

Et c'est ainsi qu'elle arrive au premier jour du procès avec sa décision de lever le huis clos. "C'était notre arme secrète", confie-t-elle. Les avocats de la défense sont alors "fous de rage", "ils allaient me le faire payer. J'étais prête."

Gisèle Pelicot sera l'invitée de Marc-Olivier Fogiel le 16 février à 8h20 sur RTL.

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