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Un tuyau d'arrosage (illustration)
Crédit : thinkstock/Maxvis
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Des élus locaux s'alarment : le projet de loi d'urgence agricole tel que voté par le Sénat va démarrer "une guerre de l'eau". Ils pointent du doigt des amendements réformant la gouvernance de cette ressource précieuse et convoitée. "Je suis très inquiet de la loi telle qu'elle a été votée au Sénat, c'est très clairement (...) une guerre de l'eau qui démarre", a déclaré mercredi Ludovic Brossard, de France Urbaine, association transpartisane des grandes villes et agglomérations.
Comme cet élu référent sur la politique de l'eau, plusieurs ont appelé lors d'une conférence de presse à retirer le volet eau, au cœur du texte, à une semaine de son passage en commission mixte paritaire (CMP). Ludovic Brossard, également président du syndicat d'eau potable du bassin rennais, une région frappée de longue date par la pollution de l'eau aux nitrates, s'inquiète d'une remise en cause des politiques de prévention alors que "le curatif, dont nous avons besoin, (...) ne pourra pas tout".
Dans la ligne de mire des élus, la réforme de la gouvernance de l'eau - au niveau des comités de bassin et des commissions locales de l'eau - qui accorderait une place plus importante aux agriculteurs. Ce, à l'heure d'enjeux de plus en plus épineux sur la disponibilité et la qualité de l'eau.
Autres mesures contestées: la volonté de confier la présidence des comités de bassin aux préfets au lieu des élus, une mesure qui reviendrait à recentraliser la gouvernance de l'eau. Et le projet de modifier la tutelle des agences de l'eau, qui dépendent à ce jour du ministère en charge de l'Environnement, en y incluant Bercy et le ministère de l'Agriculture.
"On avait, il y a quelques semaines, une situation au sortir de l'hiver tout à fait normale et plutôt favorable par rapport à certaines autres années de la ressource en eau. Deux fois dix jours de sécheresse, et surtout deux canicules, font qu'aujourd'hui on est sous pression en quelques semaines", souligne Jean-François Debat, président délégué de Villes de France. Pour appuyer sa démonstration que "la gestion quantitative de l'eau est un sujet majeur".
Un constat dressé il y a peu par le bulletin de recherches géologiques et minières: selon le BRGM, après la canicule de juin, plus de la moitié des nappes phréatiques présentent des niveaux sous les normales.
Au sein même du gouvernement, des inquiétudes se font jour également. "Le projet de loi d'urgence agricole risque d'aboutir à un bouleversement profond de la politique de l'eau actuelle en France", s'est alarmé le ministère de la Transition écologique dans une note consacrée aux "principales alertes" sur ce texte, publiée par le média Contexte. Les amendements votés au Sénat "auront des conséquences importantes sur l'avenir de la ressource", appuie la note, citant "la répartition des usages, la résilience de nos territoires au dérèglement climatique et la démocratie locale de l'eau".
Contacté par l'AFP, le cabinet de la ministre, Monique Barbut, n'a pas fait de commentaire, mais elle-même n'avait pas caché son agacement, lors des débats au Sénat. Notamment s'agissant d'un article fixant l'objectif de doubler, d'ici 2035, les volumes de stockage de l'eau destinés à l'agriculture, une ambition "pharaonique" pour la ministre, qui y voit une "priorité" donnée à l'usage agricole de l'eau au détriment par exemple de "l'eau potable et la sécurité civile".
"Les braises sont ardentes partout", a estimé Thierry Burlot, président du comité de bassin Loire-Bretagne. Lors d'un déplacement en Auvergne/Rhône-Alpes, il a constaté l'impact des sécheresses sur "l'état des cultures" agricoles, et "comprend que la profession agricole s'inquiète".
"Le stockage de l'eau, ce n'est pas un gros mot. La question c'est pour quoi faire? Pour quels usages? Et ça ne peut être discuté que dans le territoire avec de vraies écoconditions", a-t-il ajouté.
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