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INFO RTL - Dominique Pelicot a-t-il fait d'autres victimes ? Le pôle cold case ouvre un "parcours criminel"

Un juge d'instruction spécialisé va passer au crible le parcours de vie de l'homme condamné pour avoir drogué et violé sa femme Gisèle Pelicot aux cotés de 50 complices pendant 10 ans. Déjà mis en examen pour un meurtre et un viol commis dans les années 90, Dominique Pelicot, 73 ans, est soupçonné d'avoir pu commettre d'autres crimes.

Croquis d'audience du procès des viols de Mazan, montrant Dominique Pélicot le 11 octobre 2024

Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP

Thomas Prouteau

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Reconstituer avec le plus de précision possible la vie entière de Dominique Pelicot jusqu'à son arrestation en 2020, à la recherche d'autres victimes potentielles, c'est désormais la lourde tâche d'un des juges d'instruction du pôle cold case du tribunal de Nanterre. 

D'après les informations de RTL, confirmées de source judiciaire, le pôle a en en effet ouvert lundi 12 janvier un "parcours criminel" sur le violeur de Mazan, une forme d'enquête dédiée aux auteurs de crimes multiples.

Il s'agit du 14e parcours criminel confié aux juges de Nanterre spécialisés dans les affaires non élucidées. Un 15e a été ouvert le même jour, lundi 12 janvier, consacré cette fois au violeur et tueur en série François Vérove, dit "le Grêlé" un ancien gendarme aujourd'hui décédé, auteur à minima de six meurtres et viols dans les années 80 et 90.

Les 13 autres parcours déjà lancés depuis 2022 visent les plus grands tueurs et violeurs en série français parmi lesquels Michel Fourniret et Monique Olivier, Francis Heaulme, Nordahl Lelandais ou encore Jacques Rançon.

L'hypothèse d'un criminel en série prise très au sérieux

Le choix des magistrats "cold cases" n'est pas surprenant. Dominique Pelicot, en plus des dizaines de viols commis aux côtés d'autres hommes sur son épouse Gisèle, est mis en examen depuis 2022, au sein du pôle de Nanterre, pour deux affaires anciennes aux similitudes frappantes.

D'abord une tentative de viol, commis en 1999 sur Marion*, une jeune femme de 19 ans qui débutait dans une agence immobilière, pendant une visite d'appartement à Chelles (77). Dominique Pelicot a partiellement reconnu les faits et son ADN a été formellement identifié dans les scellés.

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00:25:39

Neuf ans plus tôt il est également soupçonné du viol suivi du meurtre, en 1990, de Sophie Narme, 23 ans, elle aussi employée par une agence immobilière. Dominique Pelicot nie farouchement ces faits pour lequel il n'existe pas de preuve formelle, les prélèvements de sperme ayant été perdus dès le début de l'enquête. Dans les deux cas, l'auteur a utilisé de l'éther pour endormir sa victime.

L'hypothèse d'un criminel en série qui aurait pu frapper depuis bien plus longtemps est donc prise très au sérieux. Des vérifications ont déjà été lancées sur d'autres crimes ayant touché des jeunes femmes employées dans des agences immobilières dans les années 90 et 2000 Si certains ont pu être écartés, d'autres restent en suspens du fait notamment de scellés égarés.   

Visé par une plainte pour "viols" de sa fille Caroline Darian

Condamné à une peine de vingt ans de prison en décembre 2024 pour les faits commis sur son épouse, Dominique Pelicot est également visé par une plainte pour "viols" de sa fille Caroline Darian. Âgée aujourd'hui de 47 ans, elle se dit certaine d'avoir été elle aussi victime de son père, ce qu'il nie. Il rejette par ailleurs les accusations d'une autre femme, qui l'accuse d'agression sexuelle lorsqu'elle avait 12 ans en 1995.

Pour Florence Rault, avocate de la famille de Sophie Narme et de Marion* : "On ne peut que se réjouir évidemment de ce parcours criminel, mais on peut aussi s'étonne que ça arrive aussi tard alors qu'il a déjà mis en examen dès 2022. Ce n'est que comme ça, de façon scientifique, technique qu'on pourra découvrir d'autres crimes possiblement commis par Dominique Pelicot, car il ne livre jamais rien tant qu'on ne lui présente pas des éléments incontournables d'enquête".  

Le parcours criminel, outil d'enquête unique crée en 2022

Me Rault demande depuis un an que le pole cold case se saisisse du viol et du meurtre d'une autre adolescente à Nanterre dans les années 90, qui correspond au mode opératoire et à la zone d'action du violeur de Mazan à l'époque.

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00:06:13

En réalité, la brigade criminelle de la PJ parisienne (DRPJ), qui enquête sur les cold case Pelicot, a déjà commencé ce travail de profilage individuel depuis quelques années. Il va désormais être enrichi dans un cadre procédural dédié.

Le parcours criminel, outil d'enquête unique crée en 2022 spécialement crée pour le pôle cold case, inverse la logique habituelle : au lieu d'enquêter à partir d'un crime pour en retrouver l'auteur, le justice retrace l'existence d'un criminel en série présumé, déjà mis en cause ou mis en examen dans plusieurs affaires pour déterminer s'il a pu se trouver à proximité géographique et temporelle d'autres crimes non élucidés. Ses lieux de vie, de travail, de vacances, ses habitudes de déplacements, ses véhicules, ses fréquentations sont méticuleusement reconstitués.

Faire émerger une image plus complète du violeur de Mazan

Le juge et le service d'enquête désigné ne sont pas limités par le temps. Ils peuvent faire entendre des témoins, requérir des informations administratives ou bancaires, explorer les fichiers de police ou pénitentiaires. Si un rapprochement apparaît avec un cold case, ce qui n'est pas arrivé à ce jour dans les 13 parcours criminels en cours au pole cold case de Nanterre, le magistrat saisi alors le parquet du territoire concernée pour qu'il ouvre une procédure criminelle spécifique.

Ce patient travail sur Dominique Pelicot et la comparaison du résultat avec les bases de données d'affaires non élucidés, et notamment celles que constituent depuis plusieurs mois l'Office central pour la répression pour la violence aux personnes de la PJ (OCRVP), va faire émerger une image plus complète du violeur de Mazan. Ses victimes potentielles et leurs familles attendent la vérité. 

L'avocate de Dominique Pelicot, Me Béatrice Zavarro, "a pris acte" de ce que le parquet a décidé d'ouvrir "la procédure d'examen de parcours criminels" à l'encontre de son client. "Elle attend d'ores et déjà  les résultats de cette procédure". 

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