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Cergy : deux ans ferme pour l'homme qui a agressé un livreur noir

Le soir du 31 mai, une vidéo publiée sur les réseaux sociaux montrait l'homme agresser verbalement une femme noire, après qu'il a tabassé un homme également noir. "Pendant huit cents ans, on vous a vendus comme du bétail", avait-il notamment lancé.

Symbole de la justice (photo d'illustration).
Symbole de la justice (photo d'illustration).
Crédit : Damien MEYER / AFP
Nicolas Barreiro & AFP

Cyril Hanouna, une pizza froide, un cours d'histoire de l'esclavage… Lors d'une audience tragi-comique et survoltée, le tribunal de Pontoise a jugé jeudi un homme pour l'agression d'un livreur noir et des insultes racistes qui ont défrayé la chronique. D'un tempérament bouillant, le prévenu, un cariste intérimaire de 23 ans, a été déclaré coupable de violences à caractère racial, injures publiques et apologie de crime contre l'humanité. Il a écopé au total de deux ans de prison ferme.

"On a fait mon procès sur Insta' (Instagram), sur les réseaux, en détention, dehors…", s'agace dès l'ouverture des débats le prévenu, prompt à l'énervement. "Là, aujourd'hui, c'est le vrai", lui réplique le président du tribunal correctionnel, Pierre Auda, volontiers caustique, "donc on se calme".

Le 31 mai, vers 23h, un livreur de la plateforme UberEats vient récupérer une commande au restaurant "Le Brasco" de Cergy. Devant l'établissement, Mourad D. attend une pizza qu'il a commandée. Le jeune homme s'énerve du volume sonore de l'enceinte transportée par le livreur sur son vélo, et le tabasse.

Les réseaux sociaux s'en mêlent

Le tumulte provoqué par cette altercation alerte une voisine noire habitant au-dessus du Brasco. La femme interpelle Mourad D., qui déverse sur elle des tombereaux d'insultes racistes pendant qu'elle le filme avec son téléphone portable: "espèce de négresse, espèce de sale noire (…) Pendant huit cents ans, on vous a vendus comme du bétail".

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Mourad D. soutient qu'en raison de la nuit, il ne pouvait pas voir que la voisine était noire. C'est "à son accent (…) que j'ai tout de suite reconnu que c'est une personne qui vient des îles", dit-il de la seconde victime, de nationalités ivoirienne et sud-africaine.

Postées en ligne, les vidéos font basculer l'affaire dans l'hystérie. En quelques heures, les réseaux sociaux s'emballent. Le nom et l'adresse du suspect sont jetés en pâture sur internet. Une cagnotte en ligne est ouverte pour mettre sa tête à prix. "On a appelé mon meilleur ami et on lui a proposé 2.000 euros pour qu'il dise où j'étais !", s'emporte Mourad D., que son avocat tempère régulièrement.

Des menaces à tout va

Le prévenu dément avoir pris la fuite, assure être rentré paisiblement chez lui avec sa commande. Faux, dénonce la voisine venue témoigner: "quand il a vu que la police arriver, il a fait mine de prendre sa pizza rapidement alors qu'elle était prête depuis vingt minutes". Sur internet, le Brasco, qui n'a aucun lien avec les faits, est inondé de commentaires le taxant de racisme. La brasserie se retrouve fermée pour des raisons de sécurité. "Un cauchemar", décrit son propriétaire à la barre.

Le tribunal diffuse la vidéo d'une foule menaçante rassemblée devant le restaurant, croyant que l'agresseur y est employé. "Sors le mec, on va le cramer", y entend-t-on notamment. Moins de 24h après les faits, alors que Mourad D. n'est pas encore arrêté, la populaire émission Touche pas à mon poste rassemble sur son plateau plusieurs des protagonistes de l'affaire. "Cyril Hanouna est devenu un officier de police judiciaire !" s'étrangle David Curiel, l'avocat du prévenu.

Plusieurs associations de lutte contre le racisme et les discriminations se sont portées parties civiles contre Mourad D. Leurs avocats plaident en invoquant de grands auteurs, en dressant avec brio un panorama du racisme en France ou en dissertant sur l'héritage de l'esclavage. "On n'est pas à l'Assemblée nationale ici…", soupire le président.

Mourad D. a-t-il fait l'apologie de l'esclavage ? Non, seulement énoncer une "vérité historique", soutient son conseil. En plus de sa peine de prison, Mourad D. s'est vu infliger une interdiction de séjour dans le Val-d'Oise. Alors le président du tribunal lui prodigue un ultime conseil: "vous avez proposé trois fois pendant ce procès de vous en aller. C'est la meilleure chose que vous pouvez faire".

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