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La cour d'assises du Vaucluse à Avignon
Crédit : Angeline Desdevises / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Dimanche 16 juillet 2000, en pleine nuit, une femme appelle les pompiers du Vaucluse. La voix est tremblante. Edwige Alessandri, qui habite un mas à la sortie de Pernes-les-Fontaines, petite ville du Vaucluse, affirme que son mari vient d'être tué. Quelqu'un a tiré dans leur chambre à coucher. Les pompiers découvrent Edwige Alessandri, 41 ans, prostrée dans la salle de bains. Au premier étage, le corps entièrement nu de Richard Alessandri, 42 ans, repose sur le lit conjugal. Une décharge de chevrotines tirée à bout touchant a emporté une partie du visage.
Une dizaine d'heures après la mort de Richard Alessandri, la veuve est entendue par les gendarmes. Edwige raconte que la veille, la famille était à la maison avec son mari. Vers minuit, elle a entendu un fracas suivi d'une très forte détonation. L'épouse a respiré une odeur de poudre. Elle a écouté une voix d'homme. Elle est restée figée dans le lit, effrayée. Edwige Alessandri sentait le sang de son mari se répandre contre elle. Elle s'est réfugiée nue dans la salle de bains pour appeler les secours.
Mercredi 26 juillet, l'épouse et les deux fils, Yohann et Brice, sont conviés à une mise en situation dans la maison. Les gendarmes ne croient pas à des agresseurs extérieurs, qui auraient pu passer par la fenêtre entrouverte de la cuisine. Des intrus qui ont pourtant laissé des traces de semelles sur le plan de travail de la cuisine et des débris végétaux. Lors de la mise en situation, un gendarme est sûr d'avoir entendu Edwige prononcer ces mots : "Il ne faut pas que je craque".
Mardi 28 novembre 2000, Edwige Alessandri et ses enfants sont placés en garde à vue. Selon les gendarmes, la veuve n’aurait cessé de faire des déclarations changeantes. Ainsi, elle a fini par admettre qu'elle s'était disputée avec Richard le soir du drame. Cacherait-elle certaines choses ? C'est une piste qu'accrédite Yohann, son fils, qui va finir par l'accuser. "Il n’a pas pu quitter sa chaise pendant près d’une journée complète", explique le journaliste Geoffrey Le Guilcher avant de renchérir : "Avant d'accuser sa mère, il s'est accusé lui-même". Une semaine plus tard, Yohann se rétracte.
Edwige Alessandri est mise en examen pour homicide volontaire et écrouée. Pas de preuve matérielles mais le juge de Carpentras considère le faisceau de présomptions accablant. Selon lui, le témoignage de Yohann en garde à vue suffit à étayer l’accusation et ses rétractations ne valent rien. Des éléments confusants que Geoffrey Le Guilcher complète avec sa contre enquête. "Systématiquement, les gendarmes et le juge ont travesti les propos recueillis en audition. Ils ont déformé les résultats de leurs expertises", indique-t-il dans L'Heure du Crime, sur RTL.
Six ans plus tard, Edwige Alessandri, qui a passé 21 mois en prison avant de retrouver la liberté, est devant la cour d'assises du Vaucluse, à Avignon. Elle admet quelques altercations mais rien qui n'aurait entraîné un geste fatal. Les enfants sont partie civile mais soutiennent leur mère. Selon les gendarmes, le drame s'est joué en présence de ces seules trois personnes. La défense affirme que cette histoire "contient tous les ferments de l'erreur judiciaire". Edwige Alessandri est condamnée à douze ans de prison. Verdict confirmé trois ans plus tard en appel à Nîmes. Mais annulé en cassation.
Lundi 9 février 2009, Edwige Alessandri est rejugée par la cour d’assises du Rhône, à Lyon. Ses avocats mettent en avant deux mégots, retrouvés par les gendarmes sur la pelouse de la maison, qui curieusement n’ont jamais été expertisés. Le 20 février, elle est condamnée à dix ans de prison. Dans le même temps, un ADN relevé sur les deux mégots est identifié. Il appartient à Guillaume C., un membre de la communauté des gens du voyage. Cet homme, fiché cambriolage, se dit étranger à l'affaire. La piste est écartée. Sa présence dans le jardin des époux Alessandri ne peut être établie.
Le 16 mars 2011, Edwige Alessandri dépose une demande de révision de son procès devant la chambre criminelle de la cour de cassation. Les témoignages ne vont dès lors plus cesser. En 2012, l'enquêteur privé et ancien gendarme Jean-François Abgrall, reçoit les confidences d'un informateur. Quatre hommes sont cités comme étant les cambrioleurs de la maison. À savoir : Guillaume C., l'homme aux mégots, Romain U., un dénommé Alain R. et un individu décédé. Le défunt en question pourrait bien être Maurice Del Papa, l'ancien compagnon d'une femme entendue par les enquêteurs en 2014.
Vendredi 20 avril 2018, la juge d'instruction chargée de l'enquête Alessandri délivre un non-lieu. Les éléments recueillis lors des investigations seraient insuffisants. En décembre 2010, la cour de cassation rejette la demande de révision du procès. "La vérité n’intéresse pas la justice", estime Me Marc Geiger, avocat de Brice, le fils du couple Alessandri.
- Me Marc Geiger, avocat au barreau de Carpentras. Avocat de Brice, le fils du couple Alessandri.
- Geoffrey Le Guilcher, journaliste indépendant. Auteur du livre : Les deux mégots - La vérité sur l'affaire Alessandri, aux éditions Goutte d'Or, disponible en librairie.
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